Zïlon, le « vandale de luxe »

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Par Chloé-Anne Touma (Initiative de journalisme local)
Zïlon, le « vandale de luxe »
Zïlon sur la causeuse qu’il a transformée. (Photo : Chloé-Anne Touma)

Jusqu’au 12 juin, le Musée des Beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire propose une exposition hors du commun, mettant en vedette Zïlon et son art urbain.

Dans la salle d’exposition ornée d’œuvres les unes plus éclatées que les autres, un homme de la soixantaine, tatoué sur les bras, et d’une simplicité presque déconcertante, fait son entrée. D’un pas silencieux mais assuré, il file s’installer sur une causeuse antique transformée, œuvre d’art centrale de la pièce, comme s’il était dans son salon. Et c’est un peu le cas, puisqu’il s’agit de Raymond Pilon, alias Zïlon, l’auteur de l’exposition intitulée « Vandale de Lüxe$$ ».

Une causeuse artistique mise à l’encan

La causeuse de style victorien a en effet été « Zïlonnée », c’est-à-dire « vandalisée » par l’artiste lui-même. Gracieusement offert par le café-boutique Esprit Vintage à Marieville, le meuble transformé en œuvre d’art sera mis à l’encan au profit de la Maison Simonne-Monet-Chartrand. Basé à Chambly, l’organisme accompagne les femmes et mères victimes de violence conjugale, une cause qui parle à l’artiste, ayant lui-même subi le contrecoup d’une enfance marquée par la violence familiale.

« Le terme art urbain décrit mieux mon travail. Le street art est un terme qu’on m’a collé (…) » – Zïlon

Des œuvres variées

Les œuvres de la série Vandale de lüxe$$ ont été créées au cours d’une semaine à Québec durant la pandémie. Excentrique et variée, l’exposition propose tantôt des toiles entièrement originales, tantôt des peintures classiques revisitées, telles qu’une Joconde relookée par l’artiste. On y découvre des visages androgynes à la David Bowie, peints à l’aérosol, et l’œuvre éponyme de l’exposition, Vandale de lüxe$$, créée l’année dernière en collaboration avec la Galerie Beauchamp de Québec, qui représente Zïlon.

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Des œuvres de Zïlon.

Fier, franc et affranchi

Lorsqu’il est bien installé, Zïlon ne remarque pas les autres visiteurs venus le saluer ou admirer son travail. Assis, il a des airs de roi du monde sur son trône, et une nouvelle contenance. Il lève plutôt les yeux pour contempler ses œuvres accrochées aux murs, et lance un « C’est tu moi ou ça manque de lumière? », donnant le ton de l’entrevue qui s’ensuivra, puisqu’il ne mâchera pas ses mots. Il est comme ça, Zïlon. Il n’a pas de filtre, pas de contrainte, et se fiche pas mal des conventions.

« Je n’aime pas le terme ‘street art’. Le terme art urbain décrit mieux mon travail. Le street art est un terme qu’on m’a collé parce que les murs des ruelles ont très longtemps été mon médium », de rapporter l’artiste autodidacte.  Et pourtant, il est celui que l’on appelle « le pionnier du street art québécois ».

C’est la première fois qu’il expose dans un musée dont la formule se veut plus traditionnelle. Pour rompre avec l’esprit classique et les conventions, l’artiste a d’ailleurs voulu mettre à la disposition des visiteurs un espace de création qui leur appartient. Des bancs ont ainsi été placés à même la salle, en vue d’être colorés et marqués librement de graffitis, dessins et autres créations artistiques du public. Des crayons et carnets de feuilles à dessin y ont également été déposés à l’attention des visiteurs, qui pourraient être inspirés d’y laisser leur trace. « C’est comme un moyen de communication entre eux et moi », d’illustrer le vandale de luxe.

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Un banc et un carnet laissés à l’attention des visiteurs pour leur permettre de s’exprimer artistiquement.

En marge de Vandale de lüxe$$

En plus de la série Vandale de lüxe$$, Le Musée propose d’y découvrir des œuvres monumentales créées en 2014 lors du festival Nuit blanche de Toronto, ainsi que la plus grande œuvre mobile de Zïlon, Méduza, réalisée en 2018 dans le cadre d’une commande du Quartier des Spectacles de Montréal. À elle seule, l’œuvre occupe 28 pieds linéaires de la salle d’exposition. Autre œuvre maîtresse, le manteau de cuir, acheté dans une friperie dans les années 2000, attire le regard. « C’est un work in progress (travail en cours) car je continue d’y ajouter des éléments au fil des années, et je continue aussi de le porter! », confie Zïlon.

Participer à l’encan

L’exposition est présentée dès maintenant jusqu’au 12 juin. Bien que l’encan pour la causeuse se tienne sur le Web, il est possible de voir le meuble artistique lors d’une visite au Musée, et de miser ensuite en ligne pour courir la chance de remporter la causeuse, tout en encourageant la cause de la Maison Simonne-Monet-Chatrand.

Les détails quant à l’encan seront disponibles sur les réseaux sociaux du Musée. Il sera possible de miser jusqu’au 5 juin, à 17h. Les résultats de l’encan seront dévoilés le lendemain. La mise de départ est fixée à 500$.

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Mélanie Cyr, coordonnatrice clinique à la Maison Simonne-Monet-Chartrand, et Zïlon.

Question aux lecteurs :

Que pensez-vous du travail de Zïlon?

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