Viol collectif allégué camouflé

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Par Jean-Christophe Noël
Viol collectif allégué camouflé
Yves-François Blanchet a salué le travail de la libérale Pascale St-Onge, ministre des Sports. (Photo : archives)

Yves-François Blanchet, député de Beloeil – Chambly et chef du Bloc québécois, commente la gestion qu’a faite Hockey Canada (HC) du viol collectif allégué qu’auraient commis huit joueurs de hockey en 2018 dans une chambre d’hôtel à London, en Ontario.

« Peu convaincante. » C’est ainsi que plusieurs ont qualifié la prestation de HC lors de sa comparution, il y a deux semaines, devant le Comité permanent du patrimoine canadien (CPPM). « Essentiellement, HC a fait un exercice de relation publique. Cela fait en sorte que la crédibilité, la sensibilité, la compassion ou l’indignation que commande une situation comme ça n’ont même pas été perceptibles dans les témoignages », considère M. Blanchet, qui compare HC a des lobbyistes propulsant l’intérêt de leurs clients. « C’est complètement inacceptable », ajoute le chef bloquiste.

HC est l’organisation nationale régissant le hockey local partout au pays. L’organisme supervise la gestion des programmes au Canada, du niveau débutant aux équipes et aux compétitions de la haute performance, incluant les Championnats mondiaux et les Jeux olympiques d’hiver. Hockey Canada est aussi porte-parole du Canada au sein de la Fédération internationale de hockey sur glace. Au bas mot, c’est une entité qui en mène large dans le domaine. « Un peu comme l’armée, c’est une espèce de boys club où, dans la culture même de l’institution, les femmes sont instrumentalisées. Je ne suis pas convaincu qu’une chambre de hockey de joueurs soit un haut lieu du féminisme », met en reflet M. Blanchet. Il parle d’une culture qui s’installe dès l’adolescence, laissant potentiellement des traces durables. « Il serait important que les dirigeants de HC, à part se tenir dans les loges dans les matchs, aient le sens de la responsabilité d’inculquer des valeurs ayant un minimum de décence », complète-t-il.

« Un peu comme l’armée, c’est une espèce de boys club où, dans la culture même de l’institution, les femmes sont instrumentalisées. » – Yves-François Blanchet

Ministre des Sports

En 2018, HC avait conclu une entente à l’amiable avec la victime présumée du viol collectif qu’auraient commis huit joueurs juniors de la Ligue canadienne de hockey. Les événements se seraient produits dans une chambre d’hôtel après un gala de HC. La ministre des Sports, Pascale St-Onge, attendait avec impatience le témoignage de HC devant le CCPM. Comme plusieurs, elle se posait des questions sur la façon dont HC a géré le dossier. « Malheureusement, on n’a pas obtenu beaucoup de réponses lors de cette comparution. Et ce que l’on a appris au sujet de leur gestion est extrêmement troublant et préoccupant », a-t-elle déclaré lors d’une mêlée de presse à la Chambre des communes.

La ministre libérale a dès lors décidé de « suspendre le financement futur de HC » jusqu’à ce que l’organisme remplisse deux conditions : transmettre à Sport Canada le rapport du cabinet d’avocats embauché pour enquêter sur l’incident allégué et un plan qui détaille comment seront implantées les recommandations au sein de l’organisation. En second lieu sont demandés l’adhésion au Bureau du Commissaire à l’intégrité dans le sport et le principe de travailler en étroite collaboration pour changer la culture du silence et poser les gestes appropriés dans le but de lutter contre les violences sexuelles au sein de l’organisation.

« Je ne fais pas souvent de compliments aux ministres libéraux, mais j’admets candidement que, dans ce cas-ci, la ministre semble irréprochable. Je crois entièrement dans la sincérité de ses interventions », confie, bon joueur, Yves-François Blanchet.

Depuis 2020, HC a reçu 14 millions $ du gouvernement canadien. Pas moins de 3,4 millions $ proviennent des subventions d’urgence reliées aux pertes causées par la pandémie. Dernièrement, HC aurait demandé 2,2 millions $ pour se rétablir des effets de la crise sanitaire.

Identité des joueurs inconnue.

Les dirigeants de HC ont déclaré n’avoir jamais été en mesure d’identifier les huit joueurs en cause au terme d’une enquête indépendante incomplète dans laquelle lesdits athlètes n’ont jamais été contraints de témoigner. Il n’est pas impossible que certains d’entre eux soient actuellement adulés des foules à travers les différents amphithéâtres de la Ligue nationale de hockey. « Que l’identité de personnes ayant posé un geste probablement criminel soit protégée, c’est embêtant. On imagine le poids des téléphones qui se sont faits à HC pour protéger les individus, mais aussi les organisations qui les embauchent. Ces organisations qui font beaucoup d’argent avec le talent et l’insouciance de ces jeunes hommes-là », termine le député de la circonscription de Beloeil – Chambly.

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