Vente de bières pour emporter: Les microbrasseries ne sont pas toutes intéressées

Vente de bières pour emporter: Les microbrasseries ne sont pas toutes intéressées

ENJEUX. Les microbrasseries de la région ont des positions mitigées en ce qui concerne les revendications de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) auprès du gouvernement provincial sur la réglementation et la taxation de l’industrie.

Le principal élément de la réglementation provinciale sur lequel fait pression l’AMBQ depuis longtemps est la possibilité pour les broues-pub de vendre leur bière pour emporter à l’extérieur des murs de leur établissement. Une telle autorisation aiderait à la rentabilité de ces brasseurs, plaide l’association.

Les brasseurs artisans sont sur le point d’obtenir gain de cause. Le gouvernement Couillard a déposé, au début du mois de décembre, un projet de loi autorisant aux vignerons québécois de vendre en épicerie. La demande des broues-pub a été prise en considération dans ce projet de loi.

Selon le copropriétaire de La croisée des chemins, Louis Monty-Tremblay, si les broues-pub pouvaient vendre leur bière pour emporter, leurs ventes annuelles augmenteraient de 20 à 40 %. De plus, il soutient que cela serait plus sécuritaire pour les consommateurs et éviterait les cas d’alcool au volant.

Pour sa part, le propriétaire de Bedondaine et Bedons Ronds, Nicolas Bourgault, n’est pas intéressé à vendre sa bière pour emporter puisqu’il préfère garder un contrôle sur la qualité de sa production en tout temps et rencontrer les consommateurs. «J’ai toujours voulu être une brasserie artisanale et vendre sur place. Je ne vais pas offrir un service si ça dénature le produit», déclare-t-il.

Le fondateur d’Unibroue, André Dion, tient à souligner que cette nouvelle réglementation serait seulement profitable aux microbrasseries qui produisent moins de 5000 hectolitres. «Ce n’est pas pertinent pour celles qui se développent, car cela crée de la concurrence avec les clients qui vendent pour eux», soutient-il.

Des demandes concernant les taxes

L’AMBQ s’inquiétait aussi que le gouvernement provincial abolisse la réduction de la taxe spécifique accordée aux microbrasseries depuis 1996. Toutefois, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, semble avoir écarté cette idée.

«Si la réduction de cette taxe était abolie, ce serait des dizaines de milliers de dollars de plus que nous aurions à payer et nous ne pourrions pas vendre nos bières plus cher aux consommateurs», affirme M. Bourgault.

Selon M. Dion, cela affecterait non seulement les microbrasseries locales comme Bedondaine et Bedonds Ronds, mais aussi les petites et moyennes brasseries qui veulent développer dans l’ensemble du Québec.

M. Monty-Tremblay va même plus loin en indiquant que le gouvernement a envisagé cette mesure, car la réduction de la taxe spécifique facilite l’exportation de la bière. «Le gouvernement veut toucher sa part surtout dans un contexte d’explosion des microbrasseries», soutient-il.

Outre le maintien de la réduction de la taxe spécifique accordée aux microbrasseries,  l’AMBQ a aussi remporté une autre victoire. En octobre, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, a répété à quelques reprises, lors de la période de questions en chambre, qu’il n’avait pas l’intention d’augmenter la taxe spécifique sur la bière.

Toutefois, une autre demande de l’AMBQ demeure : elle désire que celle-ci soit modulée en huit paliers plutôt que trois. Dans son mémoire déposé en septembre à la Commission des finances publiques, l’AMBQ a indiqué que cela permettrait de mieux tenir compte de la progression du volume de production des microbrasseries et de stimuler la création de nouvelles entreprises.

Nicolas Bourgault et Louis Monty-Tremblay partagent cette position, car ils considèrent que cela permettrait une représentation plus juste de l’industrie.

«Ce serait plus adapté au marché, car les volumes produits par les microbrasseries sont très variables», explique M. Monty-Tremblay.

André Dion n’est pas du même avis, car il croit que cette mesure n’encouragerait pas la progression des microbrasseries.

En collaboration avec Frédéric Lacroix-Couture

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