Santé des sols : une troisième voie est-elle possible?

Santé des sols : une troisième voie est-elle possible?

Pierre Pujos, agriculteur français, M. Suzuki (importe des équipements venant du Québec), Jean-François Ridel, M. Okamoto (entrepreneur généticien dans les oignons). (Photo : courtoisie)

En matière de production agricole, opter pour une troisième voie qui ne serait ni biologique ni à base d’utilisation de pesticides est le pari que tente de relever Jean-François Ridel, un agriculteur de Saint-Césaire.

Les tenants et aboutissants de cette nouvelle façon de produire ont été présentés sous forme de conférences, par l’intéressé lui-même, au cours d’un séjour qu’il a effectué au Japon à la fin de l’an dernier.

« Ça prend une troisième voie qui sera le futur de l’agriculture. » – Jean-François Ridel

L’entreprise « Prograin fait très bien en matière de volume d’exportation; c’est fantastique, observe le Césairois. Ils sont très bien et ils ont développé le soya. Il faudra peut-être mieux le vendre avec une pratique de conservation des sols. » Celle-ci se décline, ajoute M. Ridel, par « des couvertures du sol (une plante ou un mélange de plantes semé avec la culture principale), la réduction du travail des sols et la réduction des pesticides. Ce n’est pas tout le monde qui le fait. Actuellement, il n’y a pas de valeur ajoutée à le faire. Il y a deux vitesses, bio et pas bio. Ce que je dis, c’est que ça prend une troisième voie qui sera le futur de l’agriculture. Pas nécessairement bio, quelque chose entre les deux : moins de pesticides; c’est des sols plus en santé avec une meilleure rotation, une culture de couverture et éventuellement des haies d’arbres en agroforesterie, qui sont de gros capteurs de carbone. »

En d’autres termes, illustre M. Ridel, « la captation de carbone (élément central dans la vie des végétaux et des animaux) contribuera à l’augmentation des matières organiques dans le sol : l’humus. Si ton sol n’est pas fertile, il faut mettre de l’engrais, mais on est capable d’autofertiliser son sol par le carbone. Celui-ci donnera de la nourriture pour que la vie dans le sol prenne de l’azote (composé des quatre cinquièmes de l’air) et le transforme pour que les plantes puissent fonctionner ». Un sol très compacté, à cause de l’utilisation de la machinerie lourde, à titre d’exemple, ne facilite pas ce processus.

Pourquoi le Japon?

M. Ridel a vécu pendant dix ans au Japon avant que son père lui recommande de rentrer à la maison pour s’occuper des terres. Il a élevé une famille et développé des amitiés dans ce pays, duquel il parle couramment la langue. Revisiter le Japon, c’est comme aller au chalet, dira-t-il.

Il dit vouloir tabler sur le tremplin que peut déjà constituer le travail que fait Prograin dans l’exportation de soya au Japon. Grâce à la pratique de conservation des sols, « on est capables d’avoir une valeur ajoutée pour faire acheter aux Japonais plus cher un produit de meilleure qualité et bon pour l’environnement ».

Cette première approche devra être poursuivie encore, étant donné l’état de l’agriculture dans ce pays. « Au point de vue des agriculteurs, ils ont d’autres chats à fouetter, car leur mise en marché est assez rigide et ils ont beau essayer différentes pratiques, leur union (syndicat) est très conservatrice; l’agro-industrie est assez pesante. »

Il veut privilégier les petits pas, mais il peut aussi se heurter à des agriculteurs, dit-il, de plus en plus âgés. Il dit avoir trouvé une oreille plus attentive auprès des citadins, qui ont assisté en bon nombre à ses conférences. Une expérience qu’il compte renouveler puisqu’il a été invité à revenir plaider pour une meilleure pratique de conservation des sols.

M. Ridel est vice-président de l’UPA de Rouville. Il est aussi président du Club Action Billon et à ce titre, il présentera une conférence le 2 avril à Saint-Hyacinthe sur sa mission au Japon. Il sera accompagné par d’autres conférenciers, dont Louis Robert, et un invité de France qui l’avait accompagné au Japon, Pierre Pujos, un agriculteur français récipiendaire de la médaille d’or du mérite agricole et qui fait de l’agriculture biologique. Celui-ci traitera de l’agroforesterie, de l’agriculture sans intrant et du travail minimum du sol, entre autres.

Les autres conférenciers sont Sébastien Angers et Dany Messier.

Les personnes intéressées peuvent réserver en visitant la page Facebook du Club Action Billon.

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