« Une situation extrêmement dangereuse »

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Par Jean-Christophe Noël
« Une situation  extrêmement dangereuse »
Une employée du CHSLD Sainte-Croix dénonce les conditions dans les lesquelles elle travaille. (Photo : archives)

Une infirmière auxiliaire et une préposée aux bénéficiaires (PAB) pour 22 patients non autonomes, c’est la réalité décrite par une employée qui travaille au Centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) Sainte-Croix de Marieville.

« C’est une situation extrêmement dangereuse et récurrente », soulève Marie*, infirmière auxiliaire au CHSLD Sainte-Croix. Elle dit ne plus savoir à qui s’adresser pour dénoncer la situation.

« Le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre (CISSSMC) est au courant, mais ne fait rien. Je me sens prise en otage, sur la corde raide », confie la professionnelle. Le CISSSMC confirme être bien au courant de la situation de la main-d’œuvre dans ses installations. « En hébergement, le suivi des présences des employés est fait quotidiennement, à tous les quarts de travail, par les chefs d’unité et les chefs d’activités », affirme le centre. Le CISSSMC mentionne toutefois que c’est le ministère de la Santé et des Services sociaux qui établit les ratios et non les chefs de service du CHSLD. Les ratios se fondent selon le moment de la journée, l’acuité des soins et le type de clientèle. « Le ratio mentionné est un exemple pour la nuit où il est sécuritaire […] d’avoir 1 PAB et 1 infirmière auxiliaire pour 15 à 30 résidants. Les ratios sont adaptés la nuit aux besoins des résidants, qui dorment », dit le CISSSMC.

« Imaginez-vous : deux personnes pour alimenter 22 personnes. Pensez-vous qu’il mangent tous à 17 h 15 et qu’ils mangent tous chaud? » – Marie, infirmière auxiliaire

À l’étage de Marie, il y a des patients nécessitant des mesures alternatives. Ceux-ci sont à risque de chuter. Les lits dans lesquels ils se trouvent permettent de détecter quand ils se lèvent afin de prévenir ceux qui travaillent à l’étage. « Mais s’il n’y a pas de personnel pour entendre sonner et réagir, tu pries pour ne pas que deux patients se lèvent en même temps », met en garde Marie. L’infirmière auxiliaire rapporte que « c’est tout le temps ainsi. Ça en est décourageant de rentrer travailler ». Le CISSSMC réplique que de jour et de soir, il y a un plus grand nombre de PAB et d’infirmières auxiliaires dans chaque section, qui compte chacune un maximum de 21 résidants. « Nous utilisons divers moyens pour assurer une offre de service de qualité et sécuritaire à nos résidants », se défend le centre.

« Imaginez-vous deux personnes pour alimenter 22 personnes. Pensez-vous qu’ils mangent tous à 17 h 15 et qu’ils mangent tous chaud? », fait comprendre Marie.

Prendre une pause

Ce ratio de deux travailleuses sur le plancher pour 22 patients chuterait à 1 pour 22 lorsque l’une des deux prend sa pause. « Elle (collègue de Marie) me dit ‘’tu viendras me chercher ou en chercher une autre dans une autre aile’’ », évoque Marie. Elle souligne toutefois que si un patient est au sol, il n’est pas réaliste de laisser le patient à lui-même et d’aller chercher du renfort. « Un employé n’est jamais seul sur une unité. Les remplacements de pauses sont planifiés. Nous avons aussi des aides de service (ADS) et des infirmières dans l’équipe », prétend le CISSSMC à ce sujet.

Marie ajoute qu’une portion des patients ne sont pas levés pour souper en raison du manque de personnel pour les coucher. « Le personnel a besoin d’aide et les patients sont en situation de négligence et/ou dangereuse », lance en cri du cœur l’infirmière auxiliaire.

Manque de matériel

À travers le manque de ressources humaines, Marie identifie également des lacunes en ce qui a trait au matériel. « Il n’y a plus de plateau stérile pour irrigation, qui, normalement, se fait avec du sérum physiologique », blâme-t-elle. « Le traitement d’irrigation est très rarement requis et le manque de matériel serait surprenant, puisque le magasin pour s’approvisionner est situé au sous-sol du CHSLD », rétorque à cet effet le CISSSMC.

« On a l’impression que la population pense que tout va bien maintenant que la COVID n’est plus dans nos pattes. On est tellement bien intentionnées et on travaille tellement fort qu’on finit par les combler, les vides. Les boss sont assis sur leur cul et se disent ‘’ben, ils vont y arriver pareil!’’ », termine Marie en se disant complètement à bout de souffle.

*Marie est un prénom fictif afin de préserver l’anonymat du sujet.

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