Une mission éprouvante pour la policière Jennifer Chevalier

Par Josianne Desjardins
Une mission éprouvante pour la policière Jennifer Chevalier

Des policiers sans autopatrouille et très souvent sans arme. Voici les piètres conditions de travail auxquelles a été confrontée l’agente Jennifer Chevalier du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) en arrivant dans son milieu de travail

« Les bureaux ne sont pas nécessairement fonctionnels. Pas de véhicule, pas d’argent, tu veux faire quoi? Il y a parfois un véhicule pour 12 policiers. Certains se déplacent en tap tap (taxi collectif) », décrit celle qui a participé à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) de février 2014 à mai 2015. La résidente de Boucherville reviendra en poste au SPAL comme agente affectée à la sécurité routière dès le 17 juin.

Mme Chevalier a donc travaillé les six premiers mois de son mandat en compagnie des policiers du commissariat de Fort National à Port-au-Prince, avant de travailler comme chef de l’Unité du Genre au Delta camp dans la capitale (voir autre texte). Après quelques semaines passées au bureau sans accès à l’Internet, elle a finalement proposé à la sergente de payer pour le service… par ses propres moyens.

« C’est pour le travail et il n’aurait pas fallu me demander de l’argent pour autre chose non plus, je ne suis pas une banque », justifie-t-elle, en précisant que ce geste était basé sur « une belle relation de confiance ». « Avant tout, il fallait que je sois proche d’elle pour qu’elle l’accepte ».

Gagner la confiance de son équipe n’a pas été une mince affaire, mais le temps et l’adaptation lui ont permis de se sentir acceptée par ses collègues. « Il y a de très bons policiers avec qui je travaillerais n’importe quand. Il faut juste leur donner l’occasion de faire leur travail ».

Consciente du manque de ressources des policiers haïtiens, Mme Chevalier a tout de même suggéré à ses collègues haïtiens d’être plus visibles sur le terrain en effectuant un travail similaire à celui des policiers communautaires au Québec. Visites d’écoles, de centres médicaux ou de tout autre lieu de rassemblement ont alors été ajoutées graduellement au programme. « Ce n’était pas acquis pour eux [de faire ce travail]. Je suis là pour les guider, pas pour imposer », considère-t-elle.

Ne pas être pressé

Mme Chevalier se souviendra toujours de sa première journée de travail au commissariat, qui s’est avérée  pour le moins particulière. « C’était un dimanche et ils écoutaient la messe à la radio. C’est donc ce que j’ai fait aussi cette journée-là ».

L’agente a rapidement constaté qu’elle devait aussi s’adapter au rythme de travail. « Il ne faut pas être pressé. Ce n’est pas la même chose. Il y a des fois où je me suis dit que ça aurait déjà dû être fini. Des fois, on  se décourage, mais dès que tu as la confiance des gens avec qui tu travailles, c’est 90% du travail ».

Les policiers canadiens affectés à la MINUSTAH n’ont pas un mandat exécutif. Ils sont armés, contrairement à plusieurs de leurs homologues haïtiens, mais n’ont pas le mandat de mettre en application les lois du pays. « On est dans la planification et le développement et on travaille pour qu’ils soient autonomes », souligne Mme Chevalier.

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