Une loi qui ne passe pas

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Par Jean-Christophe Noël
Une loi qui ne passe pas
En cette année scolaire de négocations, il n'est pas impossible d'être témoin de grèves sur le territoire couvert par le Syndicat de Champlain. (Photo : (Photo : archives))

Les syndicats du personnel en milieu scolaire du territoire voient d’un mauvais œil la loi spéciale, votée par le gouvernement ontarien, rendant illégal le débrayage du personnel.

« On est très critiques par rapport à cette initiative du gouvernement », établit d’entrée de jeu Jean-François Guilbault, président du Syndicat de Champlain. La loi spéciale mise en place par le gouvernement de Doug Ford, premier ministre ontarien, imposait le retour au travail du personnel scolaire. Les forces syndicales ainsi qu’une partie de la population s’étaient insurgées.

Doug Ford est revenu sur sa décision. Il a demandé de mettre fin à la grève et de reprendre les négociations contractuelles en échange de l’annulation de la loi spéciale du gouvernement. « Heureusement que le gros bon sens a rattrapé le gouvernement ontarien […] c’était un affront incroyable! », renchérit M. Guilbault.

« C’est sûr que ça n’a pas de bons sens, pousse Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). La grève est un droit garanti dans la Charte canadienne. » Il souligne qu’en Ontario, le coup de force tenté par Doug Ford n’a pas passé, non seulement aux yeux des syndicats, mais également d’un point de vue du peuple. « Les gens se sont dit » Non! On ne fera pas ça aux personnes qui s’occupent de nos réseaux ». »

Loi spéciale au Québec

La convention collective du personnel enseignant arrivera à échéance au Québec à la fin du mois de mars 2023. Des négociations auront lieu. Si celles-ci en venaient à s’étirer, des moyens de pression tels des grèves peuvent être envisageables. L’utilisation d’une loi spéciale par le gouvernement Legault, comme celle vue chez le gouvernement Ford, est-elle crainte? « Dans le cadre d’un front commun, comment le gouvernement se comportera devant plus de 400 000 employés du gouvernement, c’est la variable que l’on ne connaît pas.

Mais nos gens seront mobilisés pour améliorer les conditions de travail à retravailler de façon importante », déclare Jean-François Guilbault.

« On espère qu’au Québec, on est ailleurs. Que l’on est dans le dialogue social. »  – Éric Gingras

« Il faut toujours le craindre pour se préparer, mais on espère qu’au Québec, on est ailleurs. Que l’on est dans le dialogue social. J’espère que l’on n’est pas à cette heure-là », exprime M. Gingras, enseignant au primaire de formation. Le chef syndical croit en un gouvernement « qui veut trouver des solutions plutôt que de les imposer ».

D’une province à l’autre

Le Québec et l’Ontario sont deux provinces aux enjeux distincts. Pourtant, en éducation, des parallèles sont à tisser. « Les enjeux que dénoncent les collègues ontariens sont en grande ligne comparables à ceux que nous nous préparons à réclamer comme aménagement dans le prochain contrat de travail avec le gouvernement du Québec », confirme Jean-François Guilbault.

M. Roberge ou M. Drainville?

Les négociations entre les syndicats du milieu scolaire et le Conseil du trésor s’amorceront. Cette fois, elles se feront en présence d’un nouveau ministre de l’Éducation en la personne de Bernard Drainville, qui succède au député de Chambly, Jean-François Roberge. Jean-François Guilbault dit avoir des attentes élevées au regard du nouveau ministre de l’Éducation dans le cadre des prochaines négociations. « On accueille le nouveau ministre. On souhaite que celui-ci soit proactif et, surtout, à l’écoute des revendications. On donne la chance au coureur. On tend la main pour arriver à des résultats tangibles et des solutions pour le milieu de l’éducation », dit M. Guilbault.

Dans un vocabulaire identique, Éric Gingras dit à l’unisson vouloir laisser la chance au coureur et tendre la main. « On connaît Bernard Drainville, l’animateur de radio. Maintenant, on veut apprendre à connaître Bernard Drainville, le ministre de l’Éducation », mentionne-t-il. Il sera là pour souligner autant les bons coups que faire valoir son désaccord. À savoir s’il se sent plus confiant d’amorcer les négociations avec M. Drainville à titre de ministre de l’Éducation que M. Roberge, le président de la CSQ répond que « ça prend un ministre qui soit allié de la négociation et qui interpelle la présidente du Conseil du trésor […] on connaissait bien M. Roberge. On a quand même eu de bons échanges. Des fois, ça a été plus difficile. Là, on espère que ce sera de bons échanges avec M. Drainville et qu’il travaillera avec nous ».

Pour les actuelles négociations du secteur public, la CSQ a formé un front commun avec la FTQ, la CSN et l’APTS, lequel représente plus de 420 000 travailleuses et travailleurs en éducation, en santé et services sociaux et en enseignement supérieur. À la CSQ, ce sont 125 000 des 215 000 membres qui font partie du personnel de l’éducation.

Droit de grève

Le Code du travail confère le droit au syndicat de recourir à la grève comme moyen de pression et, en contrepartie, le droit à l’employeur de décréter un lock-out. Lors d’une grève ou d’un lock-out, les parties, syndicale et patronale, doivent toutefois respecter certaines dispositions du Code du travail. Par exemple : les négociations doivent se dérouler de bonne foi; la grève et le lock-out sont interdits pendant la durée de la convention collective et tant que le droit d’y recourir n’est pas acquis; l’utilisation de briseurs de grève est interdite.

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