Une entente « historique » conclue avec les médecins omnipraticiens

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Par Chloé-Anne Touma (Initiative de journalisme local)
Une entente « historique » conclue avec les médecins omnipraticiens
(Photo : archives)

Le gouvernement du Québec a conclu une nouvelle entente de principe avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), qui permettra la refonte du système de santé en trois volets.

Avec cet accord, qu’il a qualifié d’ « historique », le ministre de la Santé Christian Dubé entend permettre à des milliers de patients orphelins d’avoir accès aux soins appropriés même s’ils n’ont pas de médecin de famille. Mais qu’est-ce qu’implique vraiment cette entente pour les Québécois?

3 volets

Dans un premier temps, il s’agira pour les médecins de famille, sur la base de leur participation volontaire, de prévoir des rendez-vous en urgence pour leurs patients dans un délai de 36 à 72 h. Dans un deuxième temps, il sera question du déploiement du Guichet d’accès à la première ligne (GAP). Finalement, la refonte implique d’inscrire progressivement des centaines de milliers de patients, qui sont présentement en attente au Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF), à un groupe de médecine familiale. Les patients inscrits à aucun guichet pourront quant à eux s’en remettre à l’offre « sans rendez-vous » des GMFR et GMFA.

« La proposition vise à permettre à tous les Québécois d’avoir accès à des soins de première ligne, qu’ils aient un médecin de famille ou non », précise en entrevue le Dr Claude Rivard, président de l’association Richelieu-Haut St-Laurent au sein de la FMOQ, médecin en soins palliatifs à l’Hôpital Pierre Boucher et médecin de famille à Sainte-Julie.

« Après un an, on aimerait que le médecin consacre 30 % de ses rendez-vous à l’accès adapté. »

Des rendez-vous réservés aux urgences

Selon le Dr Rivard, la première portion de l’entente, qui est volontaire, se veut beaucoup plus rétroactive et adaptée au contexte que ce que voulait imposer le gouvernement en évaluant la productivité des médecins. « Nous voulons faire en sorte que les patients qui ont un médecin de famille et qui sont inscrits à une clinique médicale y aient un accès adapté sur une période d’un an. C’est-à-dire qu’en cas de besoin de rendez-vous d’urgence, ils seront vus par leur médecin ou leur clinique dans un délai de 36 à 72h », explique le Dr Rivard. Pour ce faire, les médecins qui voudront appliquer ce principe pourront réserver 10 % de leurs rendez-vous aux urgences de leurs patients.

« Cela veut dire que si je donne un rendez-vous d’urgence le lundi matin, les plages vont s’ouvrir le vendredi suivant. Comme ça, si un patient doit me voir en urgence parce que sa pression est trop haute ou parce qu’il s’est fait mal au dos, et qu’il vient me voir le jeudi soir, la plage horaire n’aura pas été rendue disponible sur le site de prise de rendez-vous. Mais le vendredi soir, les rendez-vous seront ouverts. On demande aux médecins de réserver 10 % de leurs rendez-vous à cette fin pour le premier trimestre, 15 % au deuxième, et 20% au troisième. Après un an, on aimerait que le médecin consacre 30 % de ses rendez-vous à l’accès adapté. Les médecins volontaires auront des bonifications. Il sera possible de savoir quel médecin aura procédé de la manière décrite grâce à l’orchestrateur de rendez-vous (Hub), qui reconnaîtra la démarche. » Et si le médecin qui s’est rendu disponible pour donner la priorité aux urgences, se retrouve avec des plages d’horaire vides? « Il ne sera pas pénalisé parce qu’il se sera quand même rendu disponible. Il pourra alors donner un rendez-vous à un patient qui est inscrit à la clinique mais qui n’est pas le sien. On ne lui demandera pas de travailler plus, mais, tout simplement, d’être plus disponible pour ses patients à lui », conclut le médecin.

Un triage pour alléger la pression

Selon le Dr Rivard, le volet qui concerne le Guichet d’accès à la première ligne « risque d’être plus problématique » à mettre en oeuvre, « car ce sera variable d’une région à l’autre, et ne dépendra pas du médecin. Cela dépendra plutôt du ministère, qui devra trier les patients du guichet d’accès pour la clientèle orpheline. Une infirmière va les appeler pour déterminer leurs besoins et les orienter vers le spécialiste approprié. Pour une mammographie, une cytologie ou un dépistage du cancer du colon, par exemple, on pourra orienter le patient vers un médecin. Mais quelqu’un qui a un problème avec sa glande thyroïde sera plutôt orienté vers un pharmacien pour faire des tests et ajuster sa médication. »

Ceux qu’il reste

Et que fait-on des patients qui ne sont pas inscrits au guichet d’accès pour la clientèle orpheline? « Pensons à un jeune de 20 ans qui se croit invincible, et qui, un jour, après un accident de travail, a besoin de voir un médecin pour un suivi. Puisqu’il n’est pas inscrit au guichet d’accès populationnel, il s’agira, grâce au troisième volet de l’entente, de lui donner un accès aux Groupes de médecins de famille avec mission régionale et mission d’accès (GMFR et GMFA), dont les médecins qui le voudront accepteront de voir n’importe qui en ‘sans rendez-vous’. »

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