Une année difficile pour les écoles de danse

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Par Martine Veillette
Une année difficile pour les écoles de danse
Les danseuses s’exécutent dans leur carré dessiné au sol. (Photo : courtoisie)

Les embûches et les frais supplémentaires s’empilent dans le réseau de la danse sans que l’aide financière gouvernementale ne suive. La propriétaire d’une école de danse de Chambly témoigne de la situation depuis le début de la pandémie.

« On essaie de garder l’esprit positif », affirme d’entrée de jeu Marie-Douce Charette, propriétaire de l’école Danse ta vie, à Chambly.

Elle doit user d’ingéniosité et s’adapter pour demeurer ouverte, comme c’est le cas pour plusieurs organisations sportives. Pour cette seconde fermeture, survenue le 8 octobre et qui devrait s’étirer au moins jusqu’au 28 octobre, la propriétaire et ses professeurs étaient prêts. Les cours ont rapidement basculé en mode virtuel.

« Sans le contact humain, c’est plus difficile, dit-elle. Il n’y a pas eu d’éclosion dans les écoles de danse. On trouve ça difficile, cette deuxième fermeture. Les gens viennent à la danse pour avoir des contacts avec les autres, pour se faire des amis. »

Elle ajoute avoir reçu un courriel d’un parent dont l’enfant ne comprend pas pourquoi le cours est rendu à la télévision. « On fait plein de choses pour capter leur attention, mais en ligne, c’est plus difficile. Il y a aussi une conséquence sur la famille, qui doit arrêter ce qu’elle faisait pour le cours. »

« On trouve ça difficile, cette deuxième fermeture. Les gens viennent à la danse pour avoir des contacts avec les autres, pour se faire des amis. » – Marie-Douce Charette

Le nombre d’inscriptions a aussi chuté en début de saison. Mme Charette appréhende une hausse des demandes pour des remboursements si les cours en ligne perdurent. « Pour trois semaines, les parents ont accepté et compris la situation. Mais au-delà, ce sera plus difficile de maintenir l’intérêt des élèves et l’acceptation des parents », croit Mme Charette.

Investissement important

Depuis le début de cette session, qui a commencé en septembre, la propriétaire multiplie les investissements pour être sécuritaire et s’adapter.

Simplement pour la désinfection, elle estime les dépenses à plus de 100 $ par semaine. « Un quatre litres de désinfectant n’était pas suffisant pour une semaine. C’est dire combien on désinfecte », souligne-t-elle.

Comme l’école se trouve dans un local loué au complexe Isatis Sport, qui est fermé, chaque professeur enseigne de son domicile. Mme Charette a dû investir pour leur équipement.

Sur place, des carrés ont été tracés au sol pour délimiter les espaces où les danseurs peuvent s’exécuter de façon sécuritaire. Comme le local est loué, les tracés sont parfois à refaire.

La propriétaire affirme ne pas avoir augmenté les frais d’inscription pour pallier ses dépenses. « Je comprends l’enjeu économique des familles, ce n’est pas facile », dit-elle.

De plus, l’école, qui a ouvert ses portes il y a neuf ans, se finance habituellement par le spectacle de fin d’année, qui n’a pas eu lieu en 2020. Il a été reporté, mais la propriétaire ne sait toujours pas si ce sera possible de le présenter. « Pour l’instant, on survit bien », assure-t-elle, sans pour autant pouvoir se projeter dans le temps.

Aucune aide financière

Danse ta vie n’a pas accès à l’aide financière du gouvernement puisque les écoles de danse se retrouvent dans les « craques » du système. « On est à cheval sur différents ministères, explique Véronique Clément, directrice générale du Réseau d’enseignement de la danse (RED). La danse sportive a pu recevoir de l’argent de Sport Québec. Une dizaine d’écoles sont reconnues par le ministère de la Culture. Mais 80 % des écoles de danse n’ont pas accès à l’aide financière. »

Elle ajoute que la réalité est la même pour les écoles de danse et les associations sportives. Les parents demandent des remboursements et des dépenses sont nécessaires pour respecter les mesures sanitaires.

Le RED milite pour que le gouvernement reconnaisse la structure des écoles de danse et qu’elles puissent avoir accès à de l’aide financière. Mme Clément souligne que le problème de reconnaissance date de plusieurs années. « Ça fait longtemps que l’on fait des démarches en ce sens. Ce que l’on fait est à la fois considéré comme de l’art, du sport et du loisir. Chaque Ministère prend une partie, mais pas la totalité », résume-t-elle.

Le journal n’a pas eu de retour des ministères afin d’expliquer la situation.

Beaucoup de deuils

Mme Charette soutient que ses danseurs ont beaucoup de « petits deuils » à surmonter dans cette pandémie. Ils n’ont pu présenter leur spectacle, ils doivent respecter plusieurs nouvelles règles et ne peuvent plus coller leurs amis pour leur dire bonjour. De plus, parmi les 24 groupes, deux font maintenant des compétitions, à la demande des danseurs, depuis la dernière session. Ces groupes n’ont pas pu participer à leurs premières compétitions, qui ont été annulées.

« On enlève beaucoup aux jeunes », se désole Mme Charette. Elle espère que les cours pourront reprendre prochainement.

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