Un réseau à deux vitesses

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Par Jean-Christophe Noël
Un réseau à deux vitesses
Éducatrices et parents étaient réunis devant la garderie l'Ange Rumiel et Angelus à Marieville pour dénoncer l’iniquité entre les GNS et les CPE. (Photo : Jean-Christophe Noël)

Les garderies non subventionnées (GNS) se lèvent à leur tour afin d’obtenir de meilleures conditions de travail.

C’est le cas de Renée Houle, directrice générale et propriétaire des garderies l’Ange Rumiel et Angelus, à Marieville, et Les Contes Enchantés, à Saint-Césaire. Vendredi, ses éducatrices se sont fait entendre alors qu’à midi, elles ont fermé leur milieu. « On veut négocier pour avoir des moyens financiers qui sont plus valorisants pour les milieux non subventionnés », résume la directrice générale. Mme Houle soutient qu’il est plus difficile de maintenir la main-d’œuvre en place à cause d’une compétition déloyale entre le public (CPE) et le privé (GNS) en raison des sources de financement qui diffèrent.

Places converties

Selon le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, 3 500 places existantes en garderies non subventionnées seront converties en places à 8,35 $ par jour au cours des deux prochaines années. « On parle de 3 500 places sur 70 000 places », constate Mme Houle. Cinq nouveaux projets de CPE verront le jour dans les deux prochaines années à Chambly et à Carignan. « Ça aura pour effet de déplacer des enfants de nos milieux vers les milieux subventionnés. Il en sera de même pour le personnel qui migrera vers les milieux subventionnés », dépeint-elle.

Demandes

Ce que demande en premier lieu la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec au ministre de la Famille, c’est d’être rencontrée rapidement afin de connaître le contenu de la réforme qu’il a l’intention de déposer. Concrètement, la coalition propose une augmentation du crédit des frais de garde pour remplacer le retrait de la modulation. Elle souhaite également voir un minimum de 10 000 places converties annuellement, par groupe d’âge, avec un plan pour les cinq prochaines années. « Un parent gagne à la loterie quand il a une place en CPE ou en garderie subventionnée. Quand ça arrive, ils sont chanceux, mais peu de parents ont la chance d’avoir une telle place », mentionne la DG. Selon l’âge de son enfant, un parent paie de 48 $ à 55 $ par jour, avant les crédits d’impôt, dans une garderie non subventionnée, contrairement aux 8,35 $ mentionnés précédemment en CPE.

Parmi les inégalités existantes créant un écart entre les deux milieux, Mme Houle cite également le financement que reçoivent les CPE pour l’aménagement de leur cour et pour la construction du bâtiment. Elle parle aussi d’une exonération de TPS/TVQ à 50 % pour les CPE. Elle complète en rappelant que les milieux non subventionnés paient de l’impôt foncier, contrairement aux CPE.
Selon ce qui découlera de la réforme déposée par M. Lacombe, d’autres moyens d’action sont à prévoir tels la réduction des heures du service de garde et d’autres après-midi de fermeture.

Parents et éducatrices

Quelques heures auparavant, Québec annonçait des augmentations salariales pour les éducatrices en CPE. En soutien, des parents usagers étaient aussi sur place. « Elles le méritent mais, pour les GNS, si j’étais une éducatrice, t’as beau avoir les plus belles conditions de travail au monde, la différence de salaire est notable. Ça fait bouger nos éducatrices vers les CPE. C’est de déplacer le problème », exprime Amélie Guay, une mère dont l’enfant fréquente la garderie. Elle ajoute que si une place se libérait en CPE, « ce serait un choix absolument déchirant. On va se priver pour garder notre milieu mais, un moment donné, les parents sont pris à la gorge ».

« En tant que parent, c’est inquiétant de voir que beaucoup de sous sont investis dans le réseau public contrairement au privé. Si les éducatrices se déplacent vers le public, on va perdre notre milieu de garde », complète Nathalie Sabourin, usagère de la garderie qui attend un second enfant.

« On fait le même travail que les garderies subventionnés. On est sous-payés. On exerce notre métier avec amour mais on mérite plus », s’indigne Claudia Desmarais, éducatrice.

« Nous souhaitons la même justice, la même équité. Cette équité va aider des milliers de familles au Québec », conclut Renée Houle.

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