Un mal invisible

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Par Jean-Christophe Noël
Un mal invisible
Anne Aster dans son niqab en fils d’argent et portant des lunettes de ski UV400 pour se protéger des radiations qui affectent sa santé. (Photo : courtoisie)

Anne Aster, une Carignanoise, craint la multiplication des tours de communication 5G, comme celle que Rogers implantera à Chambly près du Isatis Sports. Elle souffre d’un mal invisible méconnu, l’électrohypersensibilité.

Sa demeure, Anne Aster l’a choisie loin des tours de télécommunication. Son inquiétude, c’est de voir ces antennes émettrices et réceptrices s’installer dans son environnement. « Après une dizaine de minutes où je suis exposée à de trop fortes radiations, ça commence à me pincer aux tempes, dans la tête, mais c’est rien de majeur encore. Ça débute par des picotements, des points de chaleur, la gorge commence à faire mal. Il y a un espèce de feeling général qui crée un inconfort, mais tu ne souffres pas encore. Après un certain temps, les symptômes s’accumulent et s’intensifient à en devenir douloureux. On finit par perdre le sens de l’orientation, la mémoire à court terme, on vit un ralentissement dans la parole. Quand on essaie de faire des mouvements, on n’a plus le contrôle sur nos gestes, un peu comme quand on est très fatigué et qu’on lutte pour ne pas tomber endormi », dépeint celle qui a décelé ses premiers signes de réactions aux ondes il y a environ une vingtaine d’années.

Une radiation cumulative

Afin de démontrer ce qu’elle vit, Anne Aster utilise l’image suivante. « On se fait dire que le soleil est bien plus dangereux que le 5G. Je comprends, mais le soleil ne brille pas 24 heures sur 24. Mais nous ne sommes pas confrontés à un soleil plombant du midi 24h/24h, 7j/7j, à l’année longue. La beauté avec le soleil, c’est que tu peux te mettre à l’ombre. Il existe aussi la nuit, permettant de réparer les dommages que le soleil peut causer à la peau. Dans le cas où tu es exposé sans arrêt à des niveaux de radiations élevés, tu ne peux jamais te régénérer et ça ne fait que s’accumuler », nuance l’électrohypersensible.

« On se trouve à être ostracisée, jugée. » – Anne Aster

Tenue pour se protéger

Afin de se protéger contre les radiations de la 5G, Mme Aster doit porter une tenue en fils d’argent de la tête aux pieds. « Ce n’est pas un look qui est le fun. Je porte un niqab en fil d’argent avec des lunettes de ski UV400 miroir. Si je prends moins que ça, les lunettes ne protègent pas suffisamment et permettent aux ondes d’entrer et de demeurer prisonnières dans ma tenue. Quand, vêtue ainsi, je rencontre des gens, premièrement, ceux avec qui je parle ne voient pas mes yeux, mais aussi, ça a l’air fou. Certains se demandent si je suis malade mentalement ou si j’ai peur de la COVID-19 ou si je suis dans une religion. Je me trouve à être ostracisée, jugée. Les gens comme moi n’osent pas mettre la cage de Faraday que je porte de peur d’être jugés. Ils choisissent de demeurer enfermés chez eux et font faire leurs commissions par d’autres personnes. Ce n’est pas psychologique, c’est physiologique », décrit la femme de Carignan qui déplore le manque de respect et de considération que vivent les électrohypersensibles.

« Il faut avoir des zones où la densité de puissance est vivable pour ceux qui sont sensibles et vulnérables comme je le suis. Ne pas le faire serait de nous condamner à la torture, à la mort. Je ne le dis pas à la légère. Pour nous, l’effet neurologique est monumental », conclut Mme Aster, qui souhaite que l’électrohypersensibilité soit reconnue.

Dr Barry Greger

Le Dr Barry Greger diagnostique l’électrosensibilité et l’hypersensibilité. « Je commence à voir de plus en plus de gens sensibles à l’électromagnétisme de façon assez grave, des gens qui manifestent des symptômes multiples. Ces symptômes se répètent quand on est exposé à plusieurs systèmes, symptômes qui diminuent lorsque l’on s’éloigne de la chose qui les provoque », explique-t-il dans une vidéo publiée sur le Web et intitulée Dr Barry Breger et son combat en faveur des hypersensibles, d’une durée de cinquante minutes.

Rogers

Lorsque le journal a questionné les gens de Rogers à savoir s’ils étaient au fait de la réalité des électrohypersensibles, c’est Guy Gallant, porte-parole pour l’Association canadienne des télécommunications sans fil qui a répondu que « L’industrie des télécommunications prend la santé et la sécurité des Canadiens très au sérieux. C’est donc pourquoi nos membres respectent et suivent les exigences et les normes fondées sur des données probantes et établies par le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, qui intègrent les limites de sécurité publiées par Santé Canada. En ce qui concerne la question de l’hypersensibilité électromagnétique, nous notons que les autorités telles que Santé Canada et l’Organisation mondiale de la Santé ne reconnaissent pas l’hypersensibilité électromagnétique comme un diagnostic médical et ont conclu qu’il n’y a aucune base scientifique permettant de lier les symptômes dits à l’exposition à des radiofréquences électromagnétiques. »

Une étude appelée Les effets des champs électromagnétiques de 50/60 Hz sur la santé : bilan et perspectives de santé publique pour le Québec est accessible sur le Web. Elle s’intéresse aux effets secondaires et aux répercussions sur la santé entraînés par l’exposition aux champs électriques et magnétiques.

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Marie Guerette
Marie Guerette
1 mois

Bravo d’en parler. La réponse des autorités est toujours la même, un texte appris par coeur qui est répété chaque fois. Nous sommes au far west ici, l’industrie est plus puissante que nos gouvernements qui n’osent pas se positionner face à ce problème de santé pourtant reconnu dans certains pays scandinave, comme la Suède. C’est désolant car un jour on va constater les dommages causés à la santé, comme on l’a fait 40 ans plus tard avec la cigarette.