De l’écoute pour les sportifs

L’arrêt des sports, en mars et depuis le début octobre, a une incidence chez les athlètes. L’organisme Sport’Aide offre son soutien depuis le début de la pandémie.

Depuis le début de ce deuxième arrêt, les associations sportives avec qui le journal a discuté ont mentionné que leurs membres
« souffraient » de ne pouvoir pratiquer leur sport préféré. Il n’est pas toujours facile de garder la motivation à distance.

De son côté, Sport Québec a effectué un sondage auprès de 300 étudiants-athlètes de l’Alliance Sport-Études afin de vérifier à quel point les mesures sanitaires les affectaient. Un quart des répondants ont indiqué ne pas bien aller. Plus de 60 % mentionnent que le confinement affecte leurs entraînements, 45 % disent que ça mine leur motivation. Finalement, 67 % ont répondu que les cours en ligne les satisfont peu ou pas du tout. La motivation scolaire est aussi affectée pour 49 % des répondants.

« Tout en étant conscient que chacun doit faire sa part pour limiter la propagation, nous sommes préoccupés par les effets du confinement que notre consultation a démontrés sur la santé et la motivation des étudiants-athlètes. Ces résultats confirment que le sport joue un rôle fondamental dans leur bien-être, leur équilibre et leur santé physique et mentale. Nous sommes inquiets, car plus les mesures seront en place longtemps, plus la santé et la motivation des étudiants-athlètes déclineront. Nous croyons que nos partenaires sportifs seraient en mesure d’assurer un retour graduel du sport qui soit à la fois sécuritaire pour les personnes vulnérables et bénéfique pour la population, en particulier les jeunes », souligne Sport Québec.

« Depuis que le sport est de nouveau au vestiaire, il y a eu une hausse des interventions. » – Sylvain Croteau

À l’écoute

Le directeur général de Sport’Aide, Sylvain Croteau, affirme que les « sportifs s’ennuient » et qu’ils « ont de la difficulté à occuper le vide créé par cet arrêt ». « Ils sont habitués à avoir un horaire et à être encadrés par des entraîneurs. Là, ils doivent s’animer eux-mêmes. Pour certains, c’est plus difficile », indique-t-il.

En mars, l’organisme qui œuvre principalement pour prévenir la violence sous toutes ses formes et qui offre des formations aux organismes sportifs, a élargi ses services à toute la communauté sportive. « On a ajouté l’écoute liée au contexte actuel », précise-t-il. Des outils d’information et de sensibilisation, que la communauté sportive peut utiliser, ont aussi été développée. La base de cette approche est d’être à l’écoute des sportifs. « Lorsqu’ils appellent, c’est qu’ils ont besoin d’exprimer leur déception, leur amertume. C’est déjà un bon pas de demander de l’aide », souligne M. Croteau.

Au plus fort de la crise, lors de la première vague, Sport’Aide enregistrait jusqu’à 300 000 consultations en ligne. « Les gens avaient besoin de consulter et de prendre de l’information. On a senti toute la pertinence », affirme le directeur général.

Les demandes ont diminué durant l’été, bien que l’organisme n’ait pas cessé d’accompagner les athlètes qui en avaient besoin. « Depuis que le sport est de nouveau au vestiaire, il y a eu une hausse des interventions », souligne M. Croteau. Il ajoute que lorsque la ministre du Loisir et du Sport, Isabelle Charest, a fait son annonce, « elle n’avait pas terminé que le téléphone sonnait ».

Répercussions

Les répercussions majeures de cette pause forcée des sports se trouvent surtout sur le plan de la santé mentale. « Le physique, on peut continuer de bouger. Mais le mental, c’est plus difficile. On est devant l’inconnu et les scénarios changent beaucoup », commence-t-il.

Il estime que l’effet est possiblement plus important pour les jeunes. « C’est leur plus grand adversaire dans leur vie. C’est quelque chose d’unique. À leur âge, ils ne sont pas préparés à cela. Ce que l’on sent chez les jeunes, c’est le désarroi de ne pas savoir ce qui les attend », soutient M. Croteau.

Les effets se manifestent aussi chez les adultes qui sont habitués de s’entraîner dans les gyms. « Un athlète produit de la dopamine et en a besoin. Là, on n’en a pas beaucoup. Quand on passe quelques jours sans s’entraîner, on peut devenir ‘’bougon’’. Ça s’ajoute au besoin de socialiser et de voir les siens », complète-t-il.

Conseil

Le directeur général de Sport’Aide conseille d’y aller un jour à la fois. « Il faut relativiser, avance-t-il. Tout le monde vit la même situation. On est conscients que les jeunes ont souvent plus besoin de contacts et de socialiser. Pour certains jeunes, être à l‘école et dans le sport, c’est mieux qu’être à la maison », soutient-il.

L’homme ajoute que c’est « une période difficile. Il faut prendre le temps de vivre son émotion. Ensuite, il faut regarder en avant. C’est peut-être le moment de se redéfinir, de découvrir d’autres passions ou de prendre le temps d’entraîner un aspect que l’on n’avait pas le temps de développer ».

De plus, il mentionne qu’il ne faut pas négliger ses études, ni son réseau d’amis. La technologie permet d’éviter ce piège.