Chambly : mesurer les conséquences de l’installation d’un terrain synthétique de soccer

La Ville de Chambly étudie l’intégration d’un terrain synthétique à côté de l’école secondaire. Une installation attendue par beaucoup, mais redoutée par d’autres.

« Est-ce que l’on va sacrifier la santé de notre bassin et des poissons comme le chevalier cuivré? Je vous demande, s’il vous plaît, pourriez-vous reconsidérer cette décision de faire un terrain synthétique? » Jocelyne Pichette, salariée à la retraite du Jardin botanique de Montréal, est sensible à la nature. Lors du dernier conseil municipal, elle a demandé aux élus de ne pas projeter de construire un terrain synthétique, surtout attendu par le club de soccer l’Arsenal de Chambly, à côté de l’école secondaire.

Le terrain est composé en général d’herbe synthétique et de granulés en caoutchouc servant à amortir les chocs avec le sol. Une récente étude du Centre de collaboration nationale en santé environnementale (CCNSE) livre ses conclusions sur les répercussions d’un terrain de soccer sur la santé. « Les granulés en caoutchouc contiennent des métaux, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés organiques volatils et semi-volatils, des phtalates et d’autres additifs. Les fibres et l’envers du gazon synthétique ont généralement des concentrations plus faibles de ces produits chimiques, mais contiennent des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées. »

Sur l’environnement et la santé

Ce constat a poussé plusieurs études à s’intéresser aux effets de l’exposition à ces granulés sur la santé humaine. « La plupart des études ont conclu que les expositions moyennes aux granulés de caoutchouc étaient inférieures aux seuils préoccupants pour les critères d’évaluation du cancer et d’autres affections, assure le CCNSE. Les fibres et l’envers présentent généralement des concentrations de contaminants similaires ou inférieures et présentent probablement de faibles risques pour la santé. »

Concernant l’environnement, les conséquences sont encore à vérifier. « Nous avons besoin de données probantes supplémentaires pour comprendre pleinement les effets de la lixiviation des métaux, d’autres composants et des microplastiques provenant du gazon synthétique dans l’environnement proche et les étendues d’eau. »

Néanmoins, le Centre a pu se livrer à quelques conclusions que l’on pourrait associer à l’environnement du bassin de Chambly. « Le gazon synthétique peut également réduire la perméabilité à la pluie, exacerber les îlots de chaleur urbains et affecter la santé des arbres environnants. Le verdissement urbain avec du gazon naturel peut offrir de plus grands cobénéfices pour la biodiversité,l’atténuation et l’adaptation climatiques. »

Au moment de rendre son verdict, le CCNSE mentionne que des mesures peuvent être prises pour limiter les effets sur la santé et l’environnement. « On peut réduire l’exposition humaine aux produits chimiques provenant des terrains de jeu en gazon synthétique en se lavant les mains et en évitant l’ingestion de remplissage et de fibres par les nourrissons et les enfants. L’atténuation environnementale peut consister à opter pour des caractéristiques de conception comme des systèmes de gestion de la filtration des eaux de ruissellement ou, dans certains cas, d’autres matériaux de remplissage ou du gazon naturel. »

Synthétique nouvelle génération

Le terrain synthétique est une norme pour les clubs de soccer, voire de football, puisqu’il permet de jouer en extérieur dès les débuts du printemps jusqu’à la fin de l’automne. Benoit Castonguay, conseiller pour SynX, société proposant de l’herbe synthétique, souligne que les préoccupations environnementales reviennent dans les conversations avec ses clients. « On sent que les gens commencent à être sensibilisés. Des alternatives au pneu broyé sont sur le marché depuis quelques années déjà, et on peut dire qu’au moins la moitié des terrains synthétiques que nous vendons sont désormais équipés de granules provenant d’autres produits. » Des compagnies proposent déjà des alliages à base de liège, de noix de coco ou encore de noyaux d’olives. Ces matières sont plus dispendieuses et peuvent exiger un entretien supplémentaire.

La Ville de Chambly a prévu l’installation d’un terrain synthétique pour 2028, selon son Plan triennal d’immobilisations. Pour répondre à la question de Jocelyne Pichette, la mairesse, Alexandra Labbé, a souligné la prise en compte de la citoyenne. « On va très certainement prendre en compte vos remarques dans notre réflexion. Pour le moment, nous ne sommes pas encore rendus au moment où il faut reconsidérer ou non l’intégration d’un terrain synthétique. Il est néanmoins certain que nous allons prendre en compte l’aspect environnemental dans ce projet. »