Chambly : du sable dans l’engrenage en robotique
Certains parents d’élèves fréquentant l’école secondaire de Chambly (ESC) s’inquiètent quant à l’avenir du volet international du Club de robotique et ce qui touche son mécanisme de financement.
Depuis une décennie, l’ESC a l’habitude de représenter le Canada lors de la Finale internationale de robotique de l’Olympiade mondiale de robotique (WRO). Année après année, les finalistes locaux se déplacent vers une destination étrangère pour accomplir leurs défis, contre des écoles d’autres pays.
Les frais entourant cette participation sont notamment couverts grâce à l’œuvre de donateurs. Or, le Centre de services scolaire des Patriotes (CSSP) refuse désormais que les chèques soient faits au nom de l’ESC et qu’elle les encaisse, au grand dam des parents impliqués. Le CSSP explique au journal que l’encadrement sur les campagnes de financement a été modifié en novembre 2023. « Il prévoit maintenant que l’argent amassé lors de campagnes de financement pour un voyage est conservé par les participants ou doit être remis immédiatement aux élèves, selon l’activité de financement », décrit le CSSP.
Fonds à destination spéciale
Auparavant, l’argent était déposé dans un fonds à destination spéciale administré par le conseil d’établissement (CÉ). Ce n’est plus le cas. « L’encadrement a été modifié en raison de divers enjeux relatifs aux fonds à destination spéciale. Par exemple, l’école ne peut pas payer directement une agence de voyages pour alléger la facture des participants, car cette pratique empêche les participants de bénéficier du Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages. De plus, des questions se posaient lorsque l’activité ne pouvait pas avoir lieu et que l’argent du fonds à destination spéciale ne pouvait pas être utilisé comme prévu », renchérit le CSSP
Il ajoute que l’argent du fonds à destination spéciale devait être remis directement aux participants pour qu’ils effectuent eux-mêmes le paiement auprès de l’agence de voyages. « Ces actions ne sont pas posées par les membres du CÉ, mais bien par le personnel organisateur du voyage. De plus, lorsque l’activité ne pouvait avoir lieu, certains parents désiraient récupérer les sommes amassées par leur enfant. Or, il était difficile de retracer l’argent qui revenait à chaque élève », réitère le CSSP.
Loi sur l’instruction publique
L’article 94 de la Loi sur l’instruction publique (LIP) mentionne que « le CÉ peut, au nom du Centre de services scolaire, solliciter et recevoir toute somme d’argent par dons, legs, subventions ou autres contributions bénévoles de toute personne ou de tout organisme public ou privé désirant soutenir financièrement les activités de l’école ». En quoi cette façon de faire, qui dure depuis une dizaine d’années, déroge-t-elle à la LIP? « Nous considérons que les »activités de l’école » dont il est question à cet article de la LIP réfèrent à des biens, services ou activités qui sont offerts ou qui servent à tous les élèves ou à une partie des élèves, sans que l’élève ou ses parents ne soient facturés », répond le CSSP. Il donne l’exemple d’un nouveau parc-école, d’une activité festive de fin d’année ou de l’installation d’un corridor actif. « Dans un tel cas, les sommes recueillies sont déposées dans un fonds à destination spéciale. Comme les campagnes de financement pour les voyages visent à aider un élève et ses parents à acquitter, en tout ou en partie, le coût de participation de l’élève à une activité non obligatoire, nous considérons que ces campagnes de financement ne sont pas assujetties à l’article 94 de la LIP. »
« Il faut voir ça comme une délégation. L’école, la communauté, Chambly et le pays rayonnent à l’international », estiment les parents. « Nous tenons à souligner qu’il s’agit d’une activité parascolaire et non pas d’une activité tenue dans le cadre du régime pédagogique obligatoire. Ce projet permet aux élèves de vivre une belle expérience et de rayonner dans le cadre d’une activité parascolaire. Nous en sommes bien fiers, mais nous nous devons de respecter les encadrements en place », tranche le CSSP.
Des chèques personnels
Les donateurs font leurs chèques au nom de l’école/club de robotique. Pas nécessairement de chèques à des noms personnels. Des donateurs sont même parfois anonymes. Les parents craignent le pire. « C’est faire mourir la partie internationale du projet », envisagent-ils. « Les donateurs peuvent faire des chèques aux élèves directement pour financer le voyage. De plus, il existe plusieurs façons de financer ce voyage, par exemple la revente de produits, l’organisation d’une activité-bénéfice ou en ayant recours à une plateforme de sociofinancement », suggère le CSSP.
Les parents s’indignent devant cette situation. « Ce n’est pas de l’argent demandé aux payeurs de taxes. C’est du financement privé pour encourager un club de robotique que la communauté d’affaires croit porteur. Je comprendrais si l’école et/ou le CSS avaient à mettre de l’argent, mais ce n’est pas le cas », évoquent-ils. Les parents y voient un manque de leadership et de vision de la part du CSSP et de l’ESC. « L’école et le CSSP ne peuvent pas présenter la compétition de Singapour ni le voyage qui y est associé comme étant encadrés ou encouragés par l’école, étant donné qu’il ne s’agit pas d’une activité de l’école. Il s’agit plutôt d’une activité parascolaire facultative au profit de deux élèves et non pas au profit de l’école. De plus, nous voulons éviter que les participants du voyage perdent la protection juridique du fonds d’assurance. Le voyage à Singapour peut être effectué, mais il doit se faire dans le respect des encadrements », insiste le CSSP.
Dans un autre CSS
Le journal a trouvé une autre école québécoise qui participera à cette compétition internationale. Trois élèves de la polyvalente de Saint-Georges du Centre de services scolaire de la Beauce-Etchemin (CSSBE) représenteront le Canada. Les élèves qui participeront à la compétition internationale font partie d’un cours de mathématiques enrichies offert à la polyvalente. Il s’agit donc d’une activité directement liée à un cours scolaire, et non d’une activité parascolaire. Étant donné qu’il s’agit d’un cours dans la grille horaire de l’élève, le CSSBE finance une partie de ce voyage à partir d’une activité de vente de matériel informatique usagé. Le solde est absorbé par le budget de l’école. Le CSSBE et l’école défraient la totalité des dépenses, excluant les dépenses personnelles comme les repas, soit 10 153,71 $.
« C’est une immense fierté pour notre école de voir nos élèves exceller à ce niveau international. Leur réussite illustre parfaitement les valeurs de détermination, d’innovation et de collaboration que nous encourageons chez tous nos élèves », a mentionné Michel Gagnon, directeur de la polyvalente de Saint-Georges, sur le site Web du CSSBE. « La participation à la finale mondiale à Singapour représente une opportunité unique pour ces jeunes talents de confronter leurs compétences à celles des meilleurs jeunes roboticiens du monde entier, tout en faisant rayonner la polyvalente de Saint-Georges, le Centre de services scolaire de la Beauce-Etchemin et le Canada sur la scène internationale », écrit quant à lui le CSSBE.
