Montérégie : la fin d’un programme en immigration sème l’incertitude

L’abandon du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) crée une vague d’inquiétude et d’incertitude chez de nouveaux arrivants locaux, qui craignent de devoir regagner leur pays d’origine. 

La fin du PEQ touche un organisme chamblyen. En matière d’immigration, Intégration compétences (IC) accompagne et guide la clientèle de la Montérégie dans ses démarches d’insertion à la société.

L’organisme émet au journal le portrait général des tendances qu’il observe depuis les récents changements aux programmes d’immigration au Québec. « De nombreuses personnes immigrantes nous mentionnent un climat d’incertitude », confirme IC au journal. L’organisation affirme que plusieurs avaient planifié leur parcours professionnel, familial ou scolaire en fonction des règles précédentes. « Les changements récents, notamment la fin de l’ancien PEQ et l’introduction d’un modèle davantage aligné sur le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), les amènent à reconsidérer leur trajectoire », relate IC. Il ajoute que certains s’interrogent sur leur admissibilité future et que d’autres craignent de devoir changer d’emploi pour correspondre aux secteurs prioritaires, ou encore de faire face à des délais moins prévisibles. « Ces modifications entraînent souvent un stress important, lié à la complexité des nouvelles conditions, au manque de clarté perçu et aux impacts possibles sur la stabilité résidentielle, financière et familiale », remarque IC.

Décalage avec les anciennes règles

Le PSTQ est désormais la voie centrale utilisée pour accéder à la résidence permanente. Si le profil du demandeur obtient le nombre de points requis et correspond aux critères recherchés par Québec, la personne pourrait recevoir une invitation à présenter une demande de sélection permanente. « Plusieurs évoquent un décalage entre leur intégration réelle au Québec – emploi stable, enfants à l’école, implication locale – et les critères techniques des nouveaux mécanismes de sélection », pointe IC. Malgré cela, l’organisme dit constater de façon constante un « profond désir de s’établir durablement, de contribuer à la société québécoise et de poursuivre leur vie ici » de la part des nouveaux arrivants.

Jean-François Roberge, député de Chambly et ministre de l’Immigration, revient sur les sélections à venir. « On ne peut pas présumer qu’il y a des immigrants qui cochent toutes les cases, qui sont au Québec, qui sont intégrés, qui ont un emploi stable, qui parlent français, qui ne seront pas sélectionnés », admet le ministre.

Un nouveau système de points

IC renchérit sur l’état d’inquiétude qui règne. « Il y a des gens qui sont inquiets. Je les comprends. Il y avait des programmes qui offraient la résidence de manière automatique, dans certains cas », détermine Jean-François Roberge.

Avec ce nouveau « système de points », il oriente que chacun des candidats devra déposer sa demande à même le PSTQ afin de pouvoir être sélectionné. « Il faut d’abord qu’ils déposent leur candidature. Je lisais, dans des articles, des gens qui disaient que ça n’allait pas bien pour eux. C’est comme si quelqu’un veut fréquenter un programme universitaire, mais qu’il n’envoie pas son dossier. Il ne sera pas admis à l’université », image le député de Chambly.

Des rondes d’invitations de dépôt ont lieu d’ici Noël. Le ministre informe que d’autres vagues suivront « pratiquement » chaque mois pour procéder à des sélections à travers le bassin des candidatures. « Évidemment, il faut maîtriser la langue française, condition sine qua non. Il faut occuper un emploi. Une fois que l’on a ces deux critères, les catégories privilégiées seront les gens qui sont diplômés d’une institution québécoise et d’autres personnes qui travaillent à l’extérieur du grand Montréal », décortique Jean-François Roberge.

Il nuance qu’il y aura aussi des « personnes à Chambly, à Longueuil ou à Montréal qui seront sélectionnées parce qu’elles auront d’autres critères pour se faufiler, notamment les gens qui sont dans des secteurs en pénurie de main-d’œuvre ». Il fait entre autres allusion à des milieux tels l’éducation, la santé, la technologie ou le génie. « C’est normal. Tous les États sélectionnent des immigrants en fonction de la langue, de l’emploi et des pénuries de main d’œuvre des secteurs porteurs », observe le ministre de l’Immigration.

Courtisés par le Québec

Des immigrants nomment avoir été courtisés par Québec pour venir s’y établir. Ils appréhendent désormais qu’on leur montre la porte. « Plusieurs personnes sont ici sur un statut temporaire.

On ne peut pas avoir une garantie que toutes ces personnes, peu importe leur profil, langue parlée, l’emploi occupé ou la région, seront sélectionnées. Si on leur avait donné un statut permanent et qu’on le leur retirait, je dirais qu’il y a un enjeu. C’est comme ça. La capacité d’accueil du Québec n’est pas infinie », précise le député chamblyen.

Un clivage prononcé

Devant les actions prises en immigration, d’un côté, il y a ceux qui approuvent. Certains tiennent même des propos durs à l’endroit des immigrants.

À l’opposé du spectre, il y a ceux qui dénoncent. En matière de crise identitaire, observe-t-on le clivage le plus prononcé jamais vu au Québec? « Je me garde loin des radicaux, des propos extrêmes. Le Québec est une terre d’accueil, les Québécois sont ouverts, puis quand la capacité d’accueil est dépassée, le gouvernement a la responsabilité de bien sélectionner pour réussir l’intégration. Je ne pense pas que le discours, que les propos que je tiens, qui traduisent les politiques québécoises, sont des propos extrêmes », estime Jean-François Roberge.

Il révèle s’être fait dire, en commission parlementaire, que le Québec devrait accueillir 100 000 personnes annuellement. « Je ne pense pas que ce soit raisonnable. D’autres tiennent des propos xénophobes, racistes. Je ne cautionnerai jamais ça non plus », appuie-t-il. 

Conséquences de la fin du programme

Dans un mémoire soumis au cabinet du premier ministre, Jean-François Roberge indique que les conséquences de la fin du PEQ pourraient être plus importantes pour les étudiants étrangers diplômés du Québec puisqu’ils devront, pour la plupart, désormais acquérir un an ou deux d’expérience de travail pour être sélectionnés. Cette terminaison pourrait aussi toucher certaines entreprises qui embauchent des personnes titulaires d’un diplôme d’études collégiales techniques ou d’un diplôme d’études professionnelles. 

La fin du PEQ pourrait aussi nuire à l’attractivité des établissements d’enseignement du Québec auprès des étudiants étrangers. Une baisse du nombre de ces étudiants pourrait notamment avoir une incidence sur l’offre de cours, de même que sur les activités en recherche des établissements d’enseignement.