Haut-Richelieu – Rouville : les organismes rassemblés pour manifester

Le 25 mars dernier, à Saint-Jean-sur-Richelieu, les organismes communautaires du Haut-Richelieu-Rouville ont fait entendre leur mécontentement dans le cadre du mouvement de grève Le communautaire à boutte!.

« On nous parle de vocation. On nous parle de passion. Oui, nous sommes habités par des valeurs profondes. Mais la vocation ne paie pas l’épicerie, la passion ne paie pas le loyer et les valeurs ne remplissent pas le réservoir d’essence », a clamé Johanne Audet, directrice générale (DG) du Centre d’action bénévole (CAB) de la Seigneurie de Monnoir, devant environ 150 travailleurs du milieu communautaire issus de la Corporation de développement communautaire du Haut-Richelieu-Rouville (CDCHRR).

Mercredi dernier, en avant-midi, ils se sont réunis au parc Laurier, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Le rassemblement était en lien avec le mouvement de grève Le communautaire à boutte!.

Les travailleurs dénoncent le sous-financement chronique vécu par le milieu. « Nous sauvons l’humanité! », ont scandé certains, encouragés par le klaxon de véhicules passant tout près.

À la marche, ils ont traversé le pont Gouin, en tenant un long ruban rouge commun. L’accessoire représente le filet social, qui est en train de s’effriter, que tiennent à bout de bras les organismes. De l’autre côté du pont, le groupe a pris part à une allocution revendicatrice à la Place publique du Vieux-Saint-Jean.

« Des miracles avec rien »

« Le gouvernement nous dit qu’il nous donne une cenne et que l’on fait des miracles avec. C’est pour ça qu’il faut arrêter de faire ce que l’on fait présentement : doubler nos services avec rien. Là, on va faire vraiment ce avec quoi on est financés et pas plus », affirme fortement Mme Audet. La porte-parole du comité local commente le travail de Chantal Rouleau, ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire. Elle se dit clairement insatisfaite. « Quand elle est arrivée, elle était supposée nous aider. Elle nous a dit de faire plus d’autofinancement. On en a déjà fait assez. On l’a fait, notre part. »

Nathalie Boucher et Sophie Thewys, codirectrices de l’organisme Aux sources du Bassin de Chambly, étaient aussi présentes. « Il (gouvernement) ne le dit pas ouvertement, mais il est parfaitement conscient que notre existence est nécessaire. Sans nous, je ne vois pas comment il s’en sortirait », conviennent les deux femmes. Elles s’affirment satisfaites, « jusqu’à une certaine limite », du travail de la ministre. « Elle a pensé un peu à nous. C’est sûr qu’elle a des budgets à respecter, mais de nous dire de nous tourner vers les fondations ou autres ressources pour nous aider, ça déresponsabilise le gouvernement », considèrent les codirectrices.

Au début du mois de février, Chantal Rouleau avait fait part que, cette année, le milieu communautaire bénéficiait d’un financement total de 2,2 milliards de dollars, soit le double du montant accordé lors de son arrivée au pouvoir.

Des cellules autonomes

Chaque organisme communautaire a son propre conseil d’administration (CA). Nathalie Boucher et Sophie Thewys mentionnent qu’il leur aura fallu se montrer convaincantes envers leur CA pour appuyer la grève.

Localement, la Table régionale des organismes communautaires de la Montérégie (TROCM) les unit. « Ça reste que l’on est des organismes autonomes. Ça, on ne veut pas le perdre, c’est important », soutient Mme Audet. La TROCM regroupe près de 300 organismes communautaires autonomes œuvrant en santé et services sociaux sur le territoire. Elle défend et promeut notamment les intérêts communs des organismes communautaires autonomes et des populations qu’ils desservent. Elle représente également ses membres auprès de l’Agence, des diverses instances gouvernementales et autres interlocuteurs, à l’intérieur de son mandat et en respectant l’autonomie des secteurs. Elle indique favoriser la réflexion, la concertation et la prise de position sur les tenants et aboutissants de la santé et des services sociaux aux niveaux local, régional et national. 

D’autres événements

Johanne Audet a aussi participé à la mobilisation régionale qui s’est tenue le 27 mars à Longueuil. Elle prendra part au point culminant de l’événement le 2 avril devant l’Assemblée nationale à Québec, où des milliers de participants sont attendus, transportés en autobus à partir de plusieurs régions de la province. Nathalie Boucher et Sophie Thewys assistaient à la manifestation à Longueuil. Au moment d’écrire ces lignes, elles hésitaient pour Québec. « On sera en distribution alimentaire. Sinon, on sera là », avancent-elles. De leur côté, la demande a augmenté d’environ dix usagers de plus hebdomadairement en matière de paniers alimentaire. Il y a deux semaines, leur organisme a remis 125 paniers.