Chambly : agir avant que les proches aidants ne s’épuisent

En raison du vieillissement de la population, la proche aidance est appelé à devenir central dans le débat public. Le Mathiassois Pierre-Yves Roy porte ce rôle et l’aide pour mener à terme sa mission est la bienvenue. 

Pierre-Yves Roy, 78 ans, est proche aidant de son épouse. Depuis une dizaine, le Mathiassois accompagne son épouse Francine qui souffre d’Alzheimer et avec qui il est marié depuis 55 ans. « Prendre soin de la personne, prendre soin de ses biens, m’occuper d’elle. On vit un pour tous, tous pour un. J’en prends soin comme je pense qu’elle l’aurait fait pour moi, dans le respect et dans l’amour », décrit-il à titre de rôle. Il est reconnu officiellement comme proche aidant depuis quatre ou cinq ans. « Je pense que les gens seraient surpris du nombre de proches aidants qui ne sont pas détectés », observe-t-il

Recommencer à zéro

Francine demeurait dans une résidence intermédiaire à Saint-Césaire. Dernièrement, elle est entrée à l’hôpital. Elle a tardivement reçu le diagnostic d’agnosie. « Le patient ne reconnaît pas sa maladie », résume M. Roy.

« Le gouvernement ne peut pas donner ce qu’il n’a pas. » – Pierre-Yves Roy

Auparavant, il souligne avoir été suivi pendant au moins un an par une travailleuse sociale relativement à la proche aidance. Quand il a été défini qu’il fallait « placer » son épouse, M. Roy a saisi une complexité insoupçonnée du système. « On m’a dit que je n’étais pas dans le bon département, que j’étais avec la travailleuse sociale pour le proche aidant. Il fallait maintenant ouvrir un dossier dans le département pour les travailleuses sociales pour les résidents », indique-t-il. Cela a encouru un délai. « On a fini par m’annoncer qu’on ne connaissait pas le dossier et qu’il n’était pas possible d’accéder à celui-ci que je montais depuis plus d’un an, que le département devait tout reprendre de zéro », a-t-il reçu comme réponse. Le septuagénaire est demeuré dubitatif face à cette façon de procéder. « Tout ce qu’on a fait avant, ça ne compte plus? », se questionne-t-il abasourdi. « Il y a un problème de silos. Les départements ne se parlent pas », renchérit Sylvie Blanchard, directrice générale de l’organisme l’Entraide Plus.

De l’aide pour l’aidant

Le Mathiassois bénéficie d’aide en matière de ménage et de cuisine. « Essayer d’apporter le plus de soin et d’aide possible, au meilleur de ma connaissance, demeure un défi », convient M. Roy. Il reçoit du soutien de la part d’organismes, tels l’Entraide Plus et la Société Alzheimer. « Il faut que le proche aidant ne s’encabane pas dans son problème. Il doit aller chercher de l’aide. Il ne semble pas reconnaître le tort qu’il peut faire à vouloir aider de la mauvaise façon », remarque-t-il.

Isabelle Poliquin, intervenante psychosociale à l’Entraide Plus, en voit passer des proches aidants dans son bureau. Quand Pierre-Yves Roy est tombé entre les mains de l’intervenante, il affirme qu’il n’était « pas loin d’être complètement à terre ». Il nomme avoir atteint des phases d’épuisement mental. Mme Poliquin pointe les enjeux liés à la bureaucratie. « On ralentit beaucoup et ça déshumanise le service », blâme-t-elle. Elle affirme que les services provenant du CLSC complexifient la donne, notamment de par leur difficulté d’accès. « Nos pauvres proches aidants attendent, attendent, attendent… et s’épuisent. »

Alors que la campagne électorale bat son plein, Isabelle Poliquin ne s’emballe pas. « Le gouvernement nous promet de bien belles choses, mais rien ne bouge. Au niveau des proches aidants, il y a un gros manque », constate-t-elle. À son tour, Pierre-Yves Roy pose un regard sur le gouvernement. « Il manque énormément de connaissances, et peut-être de compétence, dans mon cas. Le gouvernement ne peut pas donner ce qu’il n’a pas. Il doit reconnaître le proche aidant et donner le support aux organismes qui font le travail qu’il ne peut pas faire », conclut-il.