Carignan : résidence permanente après deux ans de démarches

Après deux ans de démarches et d’attente, la Carignanoise Christine Hallé et Iran Enrique Dumenigo Chaviano, son mari cubain, vivent désormais ensemble en sol québécois.

Le couple s’est rencontré en 2016 et s’est marié en 2023. Après deux ans de démarches et de parrainage familial, le Cubain Iran Enrique Dumenigo Chaviano a obtenu son visa pour résidence permanente canadienne. Depuis la mi-mai, il demeure à Carignan, avec son épouse Christine Hallé. « J’ai tellement pleuré ma vie. C’était un soulagement », confie Mme Hallé quant à l’aboutissement du dossier.

Parrainage coûteux

Elle chiffre que ce parrainage lui a coûté environ 50 000 $. L’achat d’un appartement à Cuba, d’un cyclomoteur, et les multiples billets d’avion ont fait partie des dépenses. La Carignanoise, native de Chambly, a oscillé entre Carignan et Cuba. Elle a l’occasion de faire du télétravail. Elle passait donc deux mois ici, suivis de deux mois à Cuba, et a répété le manège en alternance.

Un délai qui augmente

Si le délai a été de deux ans dans leur cas, il a presque doublé depuis, au Québec, en ce qui a trait au programme d’immigration en regroupement familial. Selon l’outil de calcul d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada permettant de vérifier les délais de traitement pour un époux, un conjoint de fait ou un partenaire conjugal vivant à l’étranger vers le Québec, le délai de traitement est maintenant de 41 mois. Ailleurs au pays, il se situe à 13 mois. « C’est inhumain de séparer des gens comme ça pour une question d’administration publique », considère Mme Hallé.

Plus de demandes que d’admissions

Le volume de personnes ressortissantes étrangères visées par des demandes de regroupement familial est généralement plus élevé que la cible d’admissions que fixe le gouvernement du Québec. Ses cibles d’admissions dans cette catégorie ont légèrement augmenté ces dernières années, passant de 8 900 à 9 400 personnes en 2019 à entre 10 200 et 10 600 à partir de 2022. Toutefois, en ce qui a trait aux demandes, entre 2018 et 2023, la moyenne annuelle du nombre de personnes ayant présenté une demande de résidence permanente dans le regroupement familial a été de 17 000, excepté en 2020, première année de la crise sanitaire.

Exclure les quotas

Christine Hallé est coautrice du Mémoire – Pour une politique de regroupement familial équitable, prévisible et conforme aux standards internationaux. Il a été préparé dans le cadre de la Consultation sur la planification pluriannuelle de l’immigration 2026-2029 et a été soumis au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). Dans celui-ci, il est notamment recommandé d’exclure le regroupement familial des quotas de sélection du Québec. « Les gens n’arrêteront pas de trouver l’amour parce qu’il y a des quotas. Ça n’a pas de sens », affirme-t-elle.

Québec dit « devoir agir pour assurer le respect de sa capacité d’accueil et d’intégration, et ce, afin d’atténuer les enjeux observés en matière d’accès au logement et de réduire la pression sur les services publics ». « En regroupement familial, on n’est pas un fardeau, on est la solution. Mon mari arrive ici, chez moi, il n’a pas besoin d’un logement et il travaille déjà en construction. Il paie ses taxes et impôts, et a tout de suite une job. On n’est pas une catégorie difficile à subventionner », fait remarquer Christine Hallé. Sa démarche l’engage à subvenir financièrement aux besoins de son mari pendant trois ans. « S’il demande de l’aide sociale, je suis obligée de rembourser les prestations », ajoute-t-elle. 

Réduire l’immigration

La Commission des relations avec les citoyens tiendra des auditions publiques à compter du 16 septembre dans le cadre d’une consultation générale sur le cahier intitulé La planification de l’immigration au Québec pour la période 2026-2029. Dans ce document, pour l’immigration permanente, trois scénarios sont soumis à la consultation publique. Dans le premier scénario, les admissions permanentes projetées en regroupement familial passent de 10 600 à 5 800. Conséquemment, peut-on s’attendre à ce que le temps d’attente de 40 mois double pratiquement? « Il n’est pas possible de se prononcer sur le scénario qui sera retenu. La décision sera rendue en temps et lieu », répond le Cabinet de Jean-François Roberge, ministre de l’Immigration et député de Chambly.

À savoir si le MIFI est ouvert à recevoir d’autres scénarios de la part de la population et à en évaluer la faisabilité dans le cadre de ces auditions publiques, le Cabinet affirme que « la présentation des scénarios est à la discrétion du gouvernement du Québec. Les groupes auront l’occasion de se prononcer sur le scénario qu’ils préfèrent lors des consultations prévues le 16 septembre prochain. Il n’est pas prévu de proposer d’autres scénarios que ceux déjà présentés ». « C’est déjà tout décidé », soutient avec dépit Christine Hallé.

Pétition à l’Assemblée nationale

Iran Enrique Dumenigo Chaviano a débuté ses cours de francisation la semaine dernière. Une pétition est actuellement accessible sur le site Web de l’Assemblée nationale du Québec pour l’amélioration de l’accès au regroupement familial.

Au moment de publier ces lignes, le nombre de signataires était de 2989.