Chambly : reconnaître la violence à travers des consultations individuelles

Devant le huitième féminicide en contexte de violence conjugale de 2026, la Maison Simonne-Monet-Chartrand (MSMC) remet de l’avant ses consultations individuelles, entièrement gratuites, avec une intervenante psychosociale.

Katerine Alejandra Mejia Salinas, 18 ans, est devenue le huitième féminicide en contexte de violence conjugale de 2026. Heberth Gudiel Martinez Ramirez, son conjoint, a été accusé de meurtre non prémédité. « Ça bouleverse de voir qu’à un si jeune âge, des hommes ont de la difficulté à gérer leur colère », déplore France Racicot, directrice générale (DG) de la MSMC. Elle rappelle que le féminicide est le geste ultime. « Ça veut dire qu’avant, il y a déjà un contrôle exercé ou des actions de violence commises. Le féminicide est le dernier geste », met-elle en reflet.

Identifier le danger

La MSMC saisit l’occasion dramatique pour mettre de l’avant son offre de service en consultations individuelles avec une intervenante psychosociale. Sans frais, l’initiative s’adresse aux femmes de Chambly et des villes environnantes qui vivent ou qui ont vécu de la violence conjugale. Le service propose une série de six à huit rencontres personnalisées, en présentiel, par téléphone ou en visioconférence, de jour, de soir et même les fins de semaine. Les thèmes abordés sont adaptés aux réalités vécues par ces femmes : affirmation de soi, types de violence, cycle de la violence, mettre ses limites, sécurité, estime de soi et la réalité des enfants dans un contexte de violence conjugale.

En manque d’effectifs, le projet avait été mis sur la glace lors des Fêtes. Depuis l’embauche de deux intervenantes, le service est offert à nouveau. Lorsqu’il est identifié qu’une femme est en danger, elle est invitée à se mettre à l’abri. « Il est arrivé où l’on a dû déclencher le cellulaire éclair lorsqu’on constate un risque imminent pour sa vie », soutient France Racicot.

Dommages collatéraux nombreux

Isabelle Massé est bachelière en sexologie et thérapeute en relation d’aide. La Césairoise a travaillé pendant 18 ans comme intervenante dans les centres jeunesse. Depuis 2021, elle exerce comme thérapeute et accompagne des couples, des individus, en particulier des femmes prises dans des dynamiques de violence. Elle affirme avoir été aux « premières loges » de la violence conjugale et familiale, par le passé. « J’ai vu la détresse, mais aussi les impacts physiques et psychologiques de cette violence, tant chez les femmes que chez les enfants victimes ou exposés. Les dommages collatéraux sont nombreux », souligne-t-elle.

« Elle aurait dû le quitter avant! »

Dans un contexte de violence conjugale pouvant mener au féminicide, la phrase « Oui, mais elle aurait dû le quitter avant! » se fait encore entendre. « C’est plus complexe que ça en raison des enjeux de toutes sortes. Il faut comprendre que ces femmes sont dans un état d’alerte constant », indique Mme Massé. Elle ajoute que cet « état d’alerte » a des conséquences physiques et morales. Elle énumère le trouble du sommeil, le trouble digestif et l’anxiété. « Quand on est toujours en hypervigilance, l’idée de devoir prendre une si grosse décision peut paraître insurmontable », explique-t-elle. La thérapeute met également l’accent sur l’installation préalable « insidieuse » de la violence. « Elles s’isolent socialement, ont honte, se sentent jugées, prises dans le cycle de violence. » Elle soulève aussi les moments de réconciliation, entre deux crises. « Ça vient parfois avec des promesses. Ça peut rendre le jugement confus », situe-t-elle.

Le bris de la famille, de perdre les enfants ou même l’avenir de l’animal domestique entrent également en ligne de compte. Le dépendance financière pèse aussi dans la balance. « Il y a la peur de ne pas arriver. Elles se sont fait dire souvent qu’elles n’étaient rien sans lui. »

Isabelle Massé cible que lorsque la femme annonce la séparation, le risque peut escalader en termes de comportements violents. « C’est là que monsieur est en perte de contrôle. Il va chercher à le reprendre », cadre-t-elle. Elle renchérit, ajoutant que de précipiter le départ d’une femme est l’une des « pires choses » à faire. « Ces femmes sont bousculées 24/7, psychologiquement et physiquement. La dernière chose dont elles ont besoin, c’est que l’on ne respecte pas leur rythme, même si l’on veut la protéger et que ça nous brasse par en-dedans. Ce dont elle a besoin, c’est d’être accueille dans ce qu’elle vit », déclare-t-elle. Dans certains cas, la préparation du départ, avec un plan de sécurité, demeure une stratégie à privilégier.

Thérapie de couple contrindiquée

À titre de thérapeute en relation d’aide, Mme Massé accompagne donc des couples. Dans ces cas, est-ce que l’homme reconnaît la dynamique de violence installée? « Quand on a des indices qu’il y a de la violence conjugale, la thérapie de couple est contrindiquée », recadre Isabelle Massé. Elle s’explique.

« Selon ce qui est abordé en thérapie de couple, le risque est quand même que, lors du retour à la maison, hors du cadre sécuritaire, ça peut devenir très dangereux pour la conjointe. » Elle dit qu’en général, l’homme sera plutôt orienté vers une ressource appropriée pour travailler sa colère.

« Il faut aussi que les hommes obtiennent du soutien pour la régulation des émotions; qu’ils aient accès à des ressources pour consulter », estime-t-elle. Mme Massé soutient qu’il faut aussi que les hommes fassent partie de la solution en se mobilisant et en intervenant. « Hey, les boys, ce n’est pas acceptable de traiter sa conjointe de même. Ça va trop loin. Comment puis-je t’aider? Mais je ne peux pas laisser passer ça », personnifie-t-elle, d’un point de vue masculin.

Un pas vers la bienveillance

Depuis le mois de mars dernier, pour la Journée internationale des droits des femmes, Unibroue a créé un chandail « Blanche de Chambly » vintage en édition limitée. Il est en vente au coût de 60 $ et la totalité des sous amassés est versée à la MSMC. « Chaque chandail acheté, c’est un pas de plus vers un milieu sûr et bienveillant », termine France Racicot.