Salmine et son style haut 

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Par Julien Dubois (Initiative de Journalisme Local)
Salmine et son style haut 

Rap de gentil tourne sur les ondes depuis quelques jours. L’œuvre est l’un des titres phares de Salmine, un chanteur chamblyen qui fête depuis vendredi la sortie de son deuxième album, Dans votre équipe.

Chambly, terre de rap. Pas celui des ghettos, des armes, des revendications ou encore des appels à la révolte. Celui de Salmine. Le Chamblyen d’origine possède son propre style et se qualifie même de «rappeur gentil», comme le stipule le titre de l’une de ses principales chansons de son album, Dans votre équipe, sorti vendredi dernier. « C’est un pied de nez au rap, souligne-t-il. Je propose un rap qui parle des gens qui me ressemblent, la classe moyenne. Et si l’on regarde bien, aucun rappeur québécois d’origine n’a vraiment fonctionné dans la province. Ce n’est pas un lieu propice à cela. » Ainsi, l’artiste de 32 ans assure dans son titre vedette qu’il est rempli de bonne volonté. « J’passe mon temps dans le trafic, j’laisse passer les autres chars; fais comme moi, baisse ta vitre, pour tiper les clochards » ou encore « J’fais le souper, la vaisselle; je te lave même les aisselles ». On n’est pas loin du gendre idéal.

L’amour du bon mot

Le point commun que cultivent Salmine et le rap est l’amour du jeu de mots, de la bonne rime et de l’imparable syntaxe. Pour le Chamblyen, l’hyperbole, une figure de style suggérant l’exagération, est le moyen le plus utilisé. « J’en fais même énormément!, sourit-il. Je m’en sers pour dire aux autres qu’ils ne peuvent pas se défouler sur moi. Je suis tout le contraire du rappeur. Je n’appartiens pas du tout à l’univers gangsta. Je suis plutôt quelqu’un d’antimatérialiste. » Et pour cause, son monde vient d’un autre genre musical. « J’ai fait du punk-rock, un peu de folk et actuellement, je réalise de la chanson québécoise. » Il faut revenir à son enfance pour comprendre son attirance envers le verbe haut dont il use dans son album. « Mes parents aimaient le bon mot, ma mère lisait beaucoup. À la maison, on parlait bien. C’est comme cela que j’ai pu développer ces compétences en langue française. »

» J’aime particulièrement Orelsan pour ses métaphores et aussi sa capacité à tout résumer en une phrase alors que certains auraient besoin d’un paragraphe. » – Salmine

Ses influences existent pourtant dans le rap classique, même si ce n’est pas le seul domaine où il va puiser son inspiration. « J’aime particulièrement Orelsan pour ses métaphores et aussi sa capacité à tout résumer en une phrase alors que certains auraient besoin d’un paragraphe. Il dénonce plusieurs sujets et je le trouve toujours très lucide sur la société qui nous entoure. J’écoute aussi Nexfeu en France. Au Québec, je me tourne vers Manu Militari ainsi que Lova et Verdou. Au niveau international, j’essaie de m’inspirer de Stromae. »

Avec son album Dans votre équipe, Salmine aborde des sujets qui le touchent mais avec une certaine légèreté qui n’enlève en rien le sens des mots. « Les rappeurs de la nouvelle génération se prennent moins au sérieux. J’aborde le thème de l’amour et l’aventure qui m’est arrivée. » La violence de la rupture, le regard sur les autres couples… Le temps passe, la maturité arrive, mais certains ne savent pas toujours ce qu’ils feront de leur vie. « Et c’est bien correct, souligne-t-il. D’autres trouvent leur voie rapidement. Il ne faut pas se comparer avec le passé. On joue avec de nouvelles cartes. L’errance peut durer une éternité. Il faut enlever la pression du devoir exercé par les parents. Certains poussent leur enfant pour qu’il soit le meilleur. On ne peut pas tous être le meilleur. Il faut s’affranchir de cette idée-là et savoir apprécier le moment présent. »

Une musique éclectique

Salmine se veut rassembleur. D’ailleurs, le titre de l’album est dédié à ceux qui se sentent délaissés : « Je pense à la personne moyenne qui ne se reconnaît pas dans les standards du système. Tout le monde ne s’intègre pas forcément dans la société. D’ailleurs, moi aussi je me sens à part. Et comme je le disais auparavant, cela peut durer l’histoire d’une vie. »

Chanteur, il est aussi musicien. Pour la première fois, il a réalisé toutes les musiques de ses treize chansons composant l’album. Un travail dantesque qui l’a amené à repousser ses limites. « C’est la première fois que je réalisais des beats pour du rap. C’est très différent de mes habitudes, moi qui suis davantage musical que rythmique. Il a fallu trouver des textures de musique et les bons enchaînements. C’était difficile. » Pour y parvenir, il s’est imprégné de tous les styles musicaux. « C’est un ensemble très éclectique. Il y a du jazz, du rap ou un peu de rock… Chaque chanson possède un style complètement différent. »

Enfin, pour réaliser son album, Salmine s’est entouré de plusieurs artistes féminines comme Juliann pour Vivaldi, Junes dans Copier-Coller ou encore Laurianne Pothier qui collabore pour le titre Dans la lune. « Leurs collaborations se sont conclues en deux messages, souligne Salmine. Elles ont vite accepté. On se connaît bien et ça leur faisait plaisir d’embarquer dans mon univers. »

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