André Dion : Quincaillier, brasseur, horticulteur et bientôt promoteur

André Dion : Quincaillier, brasseur, horticulteur et bientôt promoteur

André Dion, propriétaire de la Ferme Guyon. (Photo : Frédéric Khalkhal)

CHAMBLY. Chaque mois, le Journal de Chambly rencontrera une personnalité connue dans le monde, au Canada, au Québec ou juste au sein de la communauté pour son implication ou ses réalisations au sein de sa municipalité. André Dion, propriétaire actuel de la Ferme Guyon à Chambly est la première personne que nous avons rencontrée.

Un gars du Lac-Saint-Jean qui arrive à Chambly, ça brasse. Mais avant de coller à cette ville la réputation d’un endroit où la bière coule à flots, André Dion a commencé sa carrière d’entrepreneur avec RONA. Comptable agrée, diplômé de l’Université Laval à Québec, il pose ses valises à Longueuil et devient président de la quincaillerie québécoise de 1972 à 1989.

Très vite, il va s’établir à Chambly. À la recherche d’une maison ancestrale. Il trouve son bonheur sur les bords de la rivière Richelieu en tombant sur une résidence de 1806. « C’est une maison historique et j’ai préservé l’intérieur comme à son origine. » Un pied-à-terre, ce nouveau Chamblyen va métamorphoser l’image de la Ville et a encore les atouts dans sa poche pour apporter les dernières retouches au tableau.

Unibroue

Avant 1990, le président de RONA, amateur de bière, reçoit la visite de petits brasseurs pour avoir des conseils pour mieux distribuer leur produit au Québec. L’entrepreneur s’intéresse alors au sujet et en voyant le chiffre d’affaires généré par l‘industrie de la bière au Québec voit là un filon à exploiter. « Je ne connaissais pas grand-chose, j’étais simplement un amateur de bière belge. Alors j’ai avisé RONA et j’ai lancé Unibroue, la contraction de l’Union des Brasseurs. »

Lancée au début des années 1990, la brasserie a connu un immense succès grâce notamment aux bières Blanche de Chambly, Maudite et La Fin du Monde.

Elle devient la plus importante microbrasserie au Québec et une des plus grandes en Amérique du Nord. La Blanche de Chambly est même proclamée par The Globe and Mail « Meilleure bière brassée au Canada » en 2000.

Unibroue, marque à laquelle s’est associé le chanteur Robert Charlebois, a donné à Chambly une réputation nationale et internationale pour sa bière. L’entreprise a inspiré un des plus gros festivals qui anime la Ville chaque année depuis 2002 : le festival Bières et Saveurs de Chambly.

Après 14 ans à la tête de l’entreprise, M. Dion a accepté, en 2004, de vendre à la brasserie Sleeman, qui à son tour, a revendu, en 2006, Sleeman Unibroue inc. à la plus vieille brasserie commerciale japonaise, Sapporo.

« On avait déjà décidé de vendre en 1998, car nous avions de gros brasseurs qui nous menaient la vie dure. Ils étaient d’ailleurs très actifs auprès du gouvernement. »

Propriétaire terrien de plusieurs espaces un peu partout à Chambly, la vente d’Unibroue a permis à l’entrepreneur d’agrandir son terrain de jeu.

« La vente d’Unibroue a été le signal de départ du projet de la Ferme Guyon qui était dans les cartons depuis longtemps. »

Ferme Guyon

L’angle des autoroutes 10 et 35 était un endroit parfait pour matérialiser la vision de M. Dion née lors de ses voyages en Europe. « Le monde agricole souffre terriblement ces dernières années. Et c’est la même chose partout dans le monde. Une des solutions avancées par plusieurs gouvernements est de favoriser l’agrotourisme. Aux États-Unis, il y a par exemple près de 500 000 fermiers qui se sont reconvertis dans l’agrotourisme en vendant leur produit et en proposant des activités sur leur ferme. Pour les aider, l’État leur donne une subvention de 500 000 $. Ici nous avons près de 300 fermiers qui disparaissent chaque année et la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) refuse qu’ils proposent des activités sur leur terrain. »

Selon Statistique Canada, le Recensement de l’agriculture de 2016 a dénombré 193 492 exploitations agricoles au Canada, en baisse de 5,9 % par rapport à 2011. Au Québec la baisse d’exploitations agricoles est de 1,8 %.

Associé dans ce projet à Ricardo, lui aussi un résidant de Chambly, M. Dion veut favoriser l’agrotourisme pour proposer une solution aux agriculteurs, mais aussi pour qu’il puisse amener sa ferme horticole là où il a toujours voulu l’amener.

« La CPTAQ conteste beaucoup de choses à mon projet : le fait que je veuille mettre en place un restaurant; un marché alimentaire; une papillonnerie; une ferme pédagogique; une section de vrac relié à l’horticulture… On nous a même refusé la confection d’un labyrinthe pédagogique de 3300 m avec 50 stations éducatives sur les insectes reliés à l’agriculture, ou encore la mise en place de jardins écologiques où l’on retrouverait des produits maraîchers, décoratifs ou encore les légumes oubliés. »

Avec ses deux fils M. Dion ne lâchera cependant rien et espère désormais beaucoup du nouveau gouvernement. « Nous avons déjà programmé une rencontre avec le ministre de l’Agriculture et notre ministre et député de Chambly Jean-François Roberge. J’ai désormais beaucoup d’espoir que le projet débloque très rapidement. » Après avoir créé Unibroue, il est en phase de mener à terme sa vision qu’il a de la Ferme Guyon. Le futur aussi est assuré dans les plans de M. Dion.

En 2013, la Ferme a remporté les honneurs lors du Gala des Grands Prix du Tourisme de la Montérégie comme lauréat dans la catégorie Agrotourisme et produits régionaux, en plus de se voir décerner le Prix du Jury. La Ferme s’est aussi distinguée au niveau provincial, au Gala des Grands Prix du Tourisme québécois, où elle a remporté le Grand Prix Bronze dans la même catégorie.

Des projets de quartiers

Au total, ce sont 33 millions de pieds carrés de terrains qui appartiennent à la famille Dion à Chambly. « C’est tout ce qui reste de disponible dans la Ville », explique M. Dion qui à 77 ans n’en a pas fini des projets donnant une identité visuelle à Chambly. « Tous ces projets me tiennent en forme. »

L’entrepreneur compte bien faire pousser de ses terres des espaces où loger les nouveaux citoyens, mais pas de n’importe quelle façon.

Autour de la Ferme Guyon beaucoup de terres agricoles qui appartiennent à l’entrepreneur et qu’il compte faire dézoner pour permettre à des habitations de voir le jour. « Nous avons un projet qui permettrait d’avoir des logements pour personnes aînées. Nous utiliserions l’énergie solaire en même temps que de mettre en place des jardins communautaires à leur disposition. Toujours à proximité de la ferme, j’ai un projet de complexe hôtelier. En plus une station à Chambly pour le futur train électrique devrait se trouver toute proche. »

Un dernier projet immobilier, et non des moindres, tient aussi à cœur à M. Dion. « Chambly la dame (le nom du projet) se bâtirait le long du canal de Chambly, sur une partie où Parcs Canada m’a déjà donné son accord. » Au pied des bâtiments les commerces pourraient s’y installer, aux étages des habitations.

L’entrepreneur n’est pas en reste dans son engagement social. Cet amoureux des plantes, qu’il cultive avec amour chez lui, organise chaque mois de septembre, une envolée de papillons monarques afin de recueillir des fonds pour des organisations locales venant en aide aux enfants dans le besoin et prête gratuitement un lot d’une superficie de 10 000 pieds carrés à un organisme sans but lucratif qui y exploite un jardin communautaire dont bénéficient plus de 50 familles de Chambly.

Hier, aujourd’hui est demain, le visage de Chambly aura été et sera transformé par ce bâtisseur invétéré aux projets multiples.