Quand le paiement tarde

Photo de Jean-Christophe Noël
Par Jean-Christophe Noël

Un couple d’aînés de l’immeuble Les Brises du canal de Richelieu a dû se battre avec ténacité pour obtenir l’argent promis par Gestion Zagora inc. en échange de leur déménagement.

Une somme de 9 000 $, c’est ce qu’offrait Gestion Zagora au couple de 80 et 84 ans. En retour, le duo de personnes aînées devait quitter les lieux rapidement. Tel qu’il est stipulé au contrat, Gestion Zagora s’engageait à verser la totalité du montant le jour du déménagement. Les locataires ont déménagé le 2 septembre. Lorsque Sophie, fille du couple, a contacté le journal en date du 21 septembre, la somme n’avait pas encore été versée. « Une chance que l’on a des enfants qui s’occupent de nous et qui voient à notre bien-être. Ce n’est pas tout le monde qui a cette chance-là », convient le couple âgé.

Depuis le rachat de l’immeuble, des locataires encaissent la pression de la part de Gestion Zagora. Des rénovations majeures, rendant la vie dans l’immeuble désagréable, puis d’importantes augmentations de loyer lors de la période de renouvellement en 2023 constituent ce qui pendrait au bout du nez des locataires qui ne quitteront pas les lieux. Or, en septembre dernier, le journal apprenait que Gestion Zagora avait procédé à des hausses mensuelles frôlant les 250 $ sans même avoir rénové des lieux devenus vacants.

Étirer le temps

Du 2 au 21 septembre, le frère de Sophie, impliqué dans le dossier, a contacté pratiquement quotidiennement Gestion Zagora pour assurer le suivi du paiement. Le journal a pris acte de certains échanges de courriels entre le frère de Sophie et Gestion Zagora. Le 8 septembre, Gestion Zagora explique que plusieurs résidants de Les Brises du canal ont décidé de quitter en même temps et qu’elle ne peut faire qu’une indemnité par jour en raison de l’importance des montants. Elle ajoute avoir un maximum de transfert de 10 000 $ par jour pour le compte relié à l’immeuble.

Le 12 septembre, le frère relance. Gestion Zagora renchérit, prétextant ne pouvoir faire qu’un transfert par jour ouvrable. « Il y a autour de trois personnes qui ont déménagé avant vos parents qui n’ont pas été indemnisées », écrit l’entreprise.

Le 15 septembre, une autre relance s’effectue. Gestion Zagora répond que « selon notre comptable, oui, c’est supposé être fait demain ».

Le 16 septembre, le frère de Sophie témoigne son inquiétude à Gestion Zagora, car l’argent n’a toujours pas été déposé. L’entreprise dit essayer d’envoyer l’argent à tout le monde le plus rapidement possible. « Vous n’avez pas à vous inquiéter, vous allez recevoir le montant », assure-t-elle.

Le 20 septembre, Gestion Zagora écrit au frère de Sophie que « le transfert devrait être reçu aujourd’hui ».

Le 21 septembre, exaspéré, le frère de Sophie emprunte un autre ton. « Je vois que vous ne faites qu’étirer le temps. J’ai un fort pressentiment que je n’aurai jamais cet argent par voie naturelle. » Il pointe que ceci est le dernier courriel qu’il enverra. Sans paiement dans la journée même, des procédures judiciaires suivront.

Menaces payantes

Après avoir parlé au Journal de Chambly, Sophie a contacté une fois de plus Gestion Zagora. Encore, la réceptionniste a pris en note son nom et son numéro de téléphone en assurant un retour d’appel dans la journée. Cette fois-ci, Sophie a ajouté avoir beaucoup d’amis qui travaillent pour TVA. « Dix minutes après, mon frère a reçu un courriel et l’argent a été déposé le soir même », témoigne celle qui confie avoir utilisé cette formule pour faire bouger le dossier. « Quand j’ai nommé TVA, je vous jure, il y a eu un grand silence », termine à ce sujet Sophie.

Contrat bâclé

Sophie décrit le contrat reçu comme en étant un « bâclé, écrit sur le coin d’une table ». Elle y relève l’absence de nom de compagnie ainsi que d’entête. Elle y décèle une faute dans le prénom d’un parent ainsi qu’une erreur dans le prix du loyer. Après avoir signifié les erreurs à Gestion Zagora, l’entreprise retourne le document officiel hachuré au crayon en guise de correction. « En partant, ça m’allumait une lumière », s’était méfiée Sophie. Respectant la volonté de ses parents, le processus va tout de même de l’avant. « Tout du contexte dans lequel ça s’est passé était drôle », ajoute Sophie. Elle fait notamment référence à la visite de la personne qui incitait les locataires à quitter en frappant à la porte du domicile à 19 h sans s’annoncer. « Bizarrement, mes parents sont les dernières personnes à voir, et elle avait passé tout le monde », remet-elle en question. Du moment où la suggestion de quitter avait été faite, la gestionnaire du bâtiment exigeait une réponse pour le lendemain. « Une autre grosse lumière rouge qui allume », admet Sophie.

Lorsque contactée, Gestion Zagora a ardemment signifié sa volonté de ne pas répondre aux questions du journal.

Nouvelle vie

La femme de 80 ans était en perte d’autonomie relativement à ses jambes. Avant l’offre de Gestion Zagora, le couple d’octogénaires envisageait de se diriger, en juillet 2023, vers une résidence pour aînés. La proposition de Gestion Zagora a accéléré le processus. Ils se disent très bien où ils sont actuellement. Ils n’ont aucun regret, bien qu’ils conviennent s’être sentis « bousculés » à prendre des décisions rapidement. « Ils ont vécu beaucoup d’anxiété qui, heureusement, semble vouloir s’estomper tranquillement. Il faudra prendre le temps qu’il faut », termine Sophie.

Partager cet article