Quand économie rime avec démographie

Quand économie rime avec démographie

Les problèmes de rareté de main-d’œuvre font partie des grands défis auxquels le prochain premier ministre devra faire face.

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Avec la croissance de la population active, les gens qui travaillent et ceux qui cherchent un emploi diminuent considérablement. Les problèmes de rareté de main-d’œuvre font partie des grands défis auxquels le prochain premier ministre devra faire face.

L’hécatombe démographique est interreliée aux nombreuses difficultés que rencontrent les entreprises en pénurie de main-d’œuvre. En mai dernier, le ministre de l’Emploi, François Blais, a déclaré « qu’au cours des dix prochaines années, le marché du travail québécois devra combler plus de 1,3 million d’emplois, dont plus de 90 000 emplois déjà vacants en ce moment, aujourd’hui, au Québec. »

Pour pallier ce manque, le gouvernement Couillard mise fortement sur l’immigration et l’éducation en région. Dans l’ensemble du Québec, 55 % des emplois disponibles se trouvent en région et 86 % des personnes immigrantes habitent le territoire montréalais, avec un taux de chômage deux fois plus important que pour les natifs du Québec.

Les cégeps en région pourront dorénavant offrir certains programmes de formation dans des domaines où les besoins sont particulièrement flagrants, même si le nombre d’élèves inscrits est inférieur aux normes prescrites.

L’exode des jeunes et la faiblesse relative à l’immigration

L’exode des jeunes a contribué à la pénurie actuelle de main-d’œuvre au Québec. La province a perdu beaucoup de citoyens âgés de 45 ans et moins au cours de 35 dernières années au profit des autres provinces.

Une étude publiée par l’Institut économique de Montréal (IÉDM) et compilée à partir de données de Statistique Canada signale que de 1981 à l’an dernier, 229 700 personnes de 45 ans et moins ont déménagé dans une autre province.

*En 25 ans, la population âgée de 15 ans et moins a diminué de 11,8 % au Québec alors qu’elle a augmenté de 6,8 % dans le reste du Canada. La perte de 166 000 jeunes de 1981 à 2006 s’est ajoutée à une diminution de près de 400 000 jeunes entre 1971 et 1981 pour un total de 558 000 (une baisse de 31 %). Le reste du Canada a perdu sur la même période 230 000 jeunes de 15 ans et moins, soit 5 %.

*Au cours des 25 dernières années, la population de 15 à 64 ans a augmenté de 16,8 % au Québec comparativement à 40,4 % dans le reste du Canada. Ainsi, les données sur le PIB par habitant cachent une réalité complexe et troublante: en termes relatifs, le Québec perd sa population.

Le vieillissement de la population québécoise

Un autre facteur important relié au manque de travailleurs est le vieillissement de la population québécoise.

Selon l’INSPQ (Institut national de santé publique du Québec), en 2011, la proportion d’aînés âgés de 85 ans et plus était de 12 %, alors qu’elle frôlera les 25 % en 2061. En 2011, environ 1 personne sur 6 était âgée de 65 ans et plus. Si la tendance se maintient, ce sera le cas de 1 personne sur 4 en 2031.

La majorité des aînés vit à domicile de manière relativement autonome dans la gestion quotidienne de leurs activités. 96 % des 65 à 76 ans vivent à domicile et c’est 88 % pour les 75 à 84 ans. Même si la proportion baisse chez les 85 ans et plus, elle demeure élevée, à 62 %.

Au niveau du marché de l’habitation, les chiffres indiquent que les changements démographiques engendreront d’importantes transformations au cours des prochaines années et que le nombre d’acheteurs sera toujours supérieur au nombre de vendeurs d’ici 2030 au Québec.

*Source : Marcel Boyer, vice-président et économiste en chef de l’IEDM et titulaire de la chaire Bell Canada en économie industrielle de l’Université de Montréal.