Les médecins omnipraticiens s’opposent au projet de loi 11

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Par Chloé-Anne Touma (Initiative de journalisme local)
Les médecins omnipraticiens s’opposent au projet de loi 11
(Photo : archives)

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a promis cet automne de s’attaquer à la liste d’attente des 800 000 Québécois sans médecin de famille, en allant de l’avant avec son projet de loi 11, une solution qui ne fait pas l’affaire de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Pour faire le point sur ce qu’impliquerait ce projet de loi pour les médecins, le journal s’est entretenu avec le Dr Claude Rivard, président de l’association Richelieu-Haut St-Laurent au sein de la FMOQ, médecin en soins palliatifs à l’Hôpital Pierre Boucher et médecin de famille à Sainte-Julie.

Une pression sur les médecins

Selon le gouvernement, la loi 11 permettra d’augmenter l’offre de services de première ligne par les médecins omnipraticiens, et d’améliorer la gestion de cette offre. Mais pour le Dr Rivard, « Le projet de loi n’est là que pour donner légalement le droit au ministre d’utiliser les données de facturation transmises à la RAMQ (Régie de l’assurance maladie du Québec) et de faire littéralement des bulletins pour évaluer la productivité des médecins selon des critères établis par le ministère, et appliquer des pénalités ».

« Le projet de loi 11 ne pourrait arriver à un pire moment. » – Dr Claude Rivard

Il ajoute que « Le projet de loi 11 ne pourrait arriver à un pire moment. Cela fait deux ans que l’on travaille dans un contexte de pandémie, et que l’on doit mener des activités en parallèle des services que l’on offre habituellement. Et, ce qui s’est aussi passé, malheureusement, c’est qu’en deux ans, on a perdu des docteurs. Plusieurs ont pris leur retraite durant cette période. Avant, les GMF (Groupes de médecine familiale) reprenaient les patients des médecins qui quittaient leur clinique. Mais en raison de la COVID et de la mobilisation des ressources ailleurs, les nouveau médecins n’ont pu récupérer les patients de ceux qui quittaient. Or, ce contexte n’a pas l’air d’être pris en considération par le gouvernement », déplore l’omnipraticien.

Un désengagement de la relève

Le Dr Rivard craint que l’exode de la relève soit la conséquence de telles mesures gouvernementales. « Les docteurs vont se camper dans leur position, les jeunes d’ici vont arrêter de choisir la médecine générale, et ne vont plus vouloir pratiquer au Québec. Les médecins sont formés ici mais ils vont travailler dans une autre province. » Cette réalité se constate, notamment, lorsque l’on consulte les rapports publiés par le CaRMS (Canadian Resident Matching Service) concernant le nombre de postes de médecins vacants au Canada. Selon un récent rapport, après le jumelage de médecine familiale/compétences avancées de 2022, 26 des 43 postes vacants à combler au Canada l’étaient  au Québec.

Dr. Claude Rivard. (Photo : FMOQ)

Un retour en arrière pour la FMOQ

L’année dernière, une entente avait pourtant été conclue entre la FMOQ et le ministère, selon laquelle les médecins des GMF consentaient à se brancher à l’orchestrateur (hub), un outil Web de gestion dans lequel ils indiqueraient toutes leurs plages de consultation, à condition de gérer leurs propres horaires, « car le gouvernement n’a aucune idée du type de patient que l’on a. Un médecin qui fait beaucoup de psychiatrie verra ses patients aux demi-heures. Ce ne sera pas le cas d’un médecin en pédiatrie, qui pourra voir ses patients plus vite parce qu’ils auront moins de problèmes de santé. »

Or, à la suite de l’entente, le ministre Dubé a changé son fusil d’épaule, lançant un ultimatum aux omnipraticiens. Si d’ici le mois d’octobre, les deux parties ne parviennent pas à trouver une solution convenable pour réduire la liste d’attente, il ira de l’avant avec son projet de loi. Selon le Dr Rivard, il en va, pour le gouvernement, d’une « question d’image », et d’une volonté de tenir ses promesses avant les élections. « Notre priorité à nous, c’est de donner aux patients, non pas seulement à ceux inscrits, mais à la population générale, cet accès aux soins de première ligne, sans moyen de coercition. »

Ce que propose la FMOQ

Mais si le projet de loi n’est pas la solution miracle, que propose, à la place, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec? « De façon générale, la Fédération est favorable à toute mesure visant un meilleur accès aux soins. Nous travaillons déjà en partenariat avec le MSSS et les autres acteurs du système de santé pour augmenter l’accès aux soins spécialisés (…) Les efforts de tous devraient être consacrés, selon nous, à améliorer les outils technologiques mis à la disposition des professionnels de la santé, à accentuer la pénétration des services du Conseil numérique, à officialiser, tout en l’encadrant, l’utilisation accrue de la télémédecine et à travailler à l’élimination des actes médicaux inutiles ou n’ayant aucune valeur ajoutée pour les patients (pertinence des soins) ».

Actuellement, lorsque des patients non pris en charge par un médecin de famille ont besoin d’une consultation d’urgence, ils sont généralement orientés vers un CLSC, ou une clinique médicale, où la possibilité de prendre rendez-vous n’est pas garantie, ou encore vers le service Info-Santé 811, pour finalement s’en remettre aux urgences, réputées pour leur achalandage incomparable à celui des urgences du reste du Canada.

Question aux lecteurs :

Êtes-vous dans l‘attente d’un jumelage avec un médecin de famille?

 

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