Produits d’hygiène féminine payés par l’État

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Par Jean-Christophe Noël
Produits d’hygiène féminine payés par l’État
Les femmes et les familles se tournent de plus en plus vers les serviettes hygiéniques et les couches réutilisables. (Photo : courtoisie - Tante Flo)

La Ville de Chambly défraie désormais à moitié les produits hygiéniques féminins, les sous-vêtements absorbants ainsi que les couches réutilisables.

La subvention existe depuis 2009 déjà. Auparavant, elle incluait les couches réutilisables, les barils de pluie et les composteurs. N’englobant plus les barils ni les composteurs, elle se tourne et s’élargit dorénavant en intégrant serviettes sanitaires lavables, coupes menstruelles, protège-dessous absorbants et toute la variété de produits qui se développe à cet égard, jusqu’à concurrence de 100 $ par personne.

« La principale raison est de réduire à la source tout ce qui est envoyé vers les sites d’enfouissement, déclare d’entrée de jeu Amélie Roy, conseillère en environnement à la Ville. On vise le zéro déchet. C’est une belle vibe qui court à toutes les sauces. On évite le produit qui n’est utilisé qu’une seule fois et on intègre tout ce qui diminuera la quantité de tonnage qu’on enfouit. »

Impact économique

Autres qu’environnementales, les répercussions de cette action se veulent également économiques.

« En ce qui a trait à la gestion de matières résiduelles, moins une municipalité a de tonnage à enfouissement, plus elle “ performe “. L’amélioration des performances fera bénéficier l’ensemble de la population par rapport au retour des redevances à l’enfouissement en lien direct avec la performance. Moins une ville envoie en enfouissement, plus grand est le retour. »

Chaque tonne de matière enfouie coûte 23 $ à la Ville. Ce montant est déposé dans un fonds, au gouvernement. Celui-ci considère ensuite les villes les plus performantes et redonne à celles qui ont les meilleurs résultats.

Danielle Pillette est professeure associée au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM.

« Les municipalités sont responsables des matières résiduelles (cueillette, transport et disposition). L’enfouissement coûte cher à la Ville et à l’environnement, puisque notamment les couches sont lourdes et très peu dégradables. De plus, non seulement l’enfouissement est facturé au poids à la Ville, mais il y aura des limites de plus en plus sévères à l’enfouissement. Il faut donc trouver des alternatives, vite, comme le compostage ou la réutilisation de couches et de produits d’hygiène féminine », dit la professeure, qui mentionne qu’une ville de la taille moyenne de Chambly dépense environ 1800 $ par année, par habitant, pour le total des matières résiduelles.

« On ne voit pas ça comme un geste d’équité-égalité. C’est un geste ciblé vers l’environnement. » – Amélie Roy

Selon les recherches de l’équipe Naître et grandir, un enfant utiliserait de 4 500 à 6 000 couches jetables pendant les premières années de sa vie.

Pas vers l’équité?

Il y a un an, pratiquement jour pour jour, Irene, activiste française, avait pris le métro vêtue d’une paire de leggings clairs, sans protection hygiénique, en plein cycle menstruel. Elle avait « laissé couler » son sang dans la capitale française afin de faire passer son message visant à dénoncer « le prix des inégalités » et à exiger que l’État assume les dépenses liées aux protections périodiques.

En mai 2019, le gouvernement Trudeau songeait à modifier le Code canadien du travail pour forcer les employeurs sous juridiction fédérale à fournir gratuitement des produits menstruels à leurs employées.

Patty Hajdu, ministre de l’Emploi, du Développement de la Main-d’œuvre et du Travail à l’époque, était l’initiatrice de la proposition. Elle avait soulevé, à ce moment, l’importance de bouger si l’on voulait parler d’un traitement réellement équitable pour les femmes en milieu de travail.

Quant à elle, Amélie Roy dit que « ce n’est pas vraiment une déclaration en cette direction. Ça touche toutes les familles, toutes les générations. On ne voit pas ça comme un geste d’équité-égalité. C’est un geste ciblé vers l’environnement qui est bon pour toute la population ».

Rythme de vie fou

Dans une vie au tourbillon qui se veut mouvementé, il va de soi que jeter une couche ou une serviette sanitaire, c’est plus simple que les laver.

« C’est moins compliqué que l’on pense. Pour chaque produit, il y a des alternatives aidant l’intégration à la routine. Ça se fait bien. Ce sont des choix de vie, ce sont des changements d’habitudes et des façons de faire à prendre », complète la femme qui gère les contrats en collecte des matières résiduelles de Chambly.

Anna-Gina Bazinet, propriétaire de Mme & Co, basé à Chambly, a vu ses ventes prendre une ampleur impressionnante dans cette gamme de produits.

« En une année, j’estime avoir vendu 5 000 serviettes réutilisables, soit environ 50 % d’augmentation. Pour les couches, je dirais en avoir vendu approximativement 15 000, soit 30 % de hausse. Certaines sont hésitantes initialement et nous questionnent sur le lavage. Maintenant, c’est très simple, le lavage de ce matériel. Oui, pour les couches, tu enlèves le plus gros des selles, mais c’est maintenant conçu pour le mode de vie actuel », décrit la propriétaire qui distribue au Canada, aux États-Unis et au Mexique.

La résolution du projet a été présentée à 6 000 $, incluant couches, produits hygiéniques et sous-vêtements absorbants.

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