Pouvoir parrainer des Ukrainiens

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Par Chloé-Anne Touma | Initiative de journalisme local
Pouvoir parrainer des Ukrainiens
(Photo : archives)

Une Chamblyenne veut devenir famille d’accueil pour des Ukrainiens fuyant la guerre mais déplore le manque de ressources gouvernementales offertes en ce sens.

La Chamblyenne Sandra Grosjean souhaiterait accueillir une famille ukrainienne qui aurait fui la guerre. « Présentement, je suis à nouveau à la recherche d’un parrainage avec des Ukrainiens, car la famille que je pensais accueillir a finalement décidé d’aller à Toronto », explique-t-elle au journal.

Aucun dispositif officiel

Pour l’instant, comme d’autres Canadiens, Sandra se tourne vers les réseaux sociaux ou des sites Web conçus par des développeurs à l’étranger pour être jumelée à une famille ukrainienne, faute de dispositif officiel au Canada.

« Malheureusement, il n’y a aucune démarche officielle proposée par le gouvernement pour être famille d’accueil d’Ukrainiens. » – Sandra Grosjean

« Malheureusement, il n’y a aucune démarche officielle proposée par le gouvernement pour être famille d’accueil d’Ukrainiens. Un avocat a créé un groupe, au début de la guerre, sur lequel nous pouvions remplir un formulaire en vue des démarches officielles, mais le gouvernement n’y a pas donné suite. Maintenant, plusieurs Ukrainiens publient des messages dans ce groupe et certains jumelages s’y concrétisent. Par contre, tout est inquiétant, car, tant de leur côté que du nôtre, personne n’est à l’abri des fraudeurs. Il existe aussi des sites Internet, dont une plateforme créée par deux étudiants de Harvard sur laquelle on peut s’inscrire. Une vérification de notre identité s’y fait. Ensuite, on décrit le type d’hébergement et d’aide que l’on peut offrir, et un moyen de communication pour que les Ukrainiens intéressés puissent nous contacter. »

Le journal a interrogé le ministère de l’Immigration du Canada quant au processus d’accueil des réfugiés et quant aux ressources déployées pour leur venir en aide. Le gouvernement a répondu qu’à défaut de pouvoir s’inscrire sur une liste officielle de familles d’accueil, il vaut mieux donner de l’argent aux organisations humanitaires expérimentées.

Le processus d’accueil

« Le Canada offre un refuge sûr pour les personnes fuyant l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie. Tel qu’annoncé le 17 mars, l’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU) est le moyen le plus rapide et le plus efficace pour les Ukrainiens et leurs familles de venir au Canada, car cette nouvelle mesure simplifie les exigences actuelles en matière de visa et de voyage, élimine la plupart des frais de demande et de traitement, et offre un traitement accéléré et prioritaire », explique Béatrice Fénelon, porte-parole au Ministère.

Elle précise toutefois que « L’AVUCU est une voie offerte pour obtenir la résidence temporaire et non un volet pour les réfugiés. Entre le 17 mars et le 6 avril 2022, nous avions approuvé 31,895 demandes dans le cadre du programme de l’AVUCU ».

La disponibilité de l’AVUCU, en plus des voies déjà existantes pour obtenir la résidence permanente (y compris le parrainage familial), permettra au Canada d’accueillir un plus grand nombre d’Ukrainiens fuyant la violence, et ce, « dans un délai plus court, car il n’y a en effet pas de limite au nombre de demandes que nous accepterons dans le cadre de l’AVUCU ».

Dans le cadre de l’AVUCU, les Ukrainiens et les membres de leurs familles peuvent séjourner au Canada en tant que résidents temporaires pendant trois ans, quitter le Canada et y retourner en tout temps lorsque leur visa est valide, obtenir un permis de travail ouvert et gratuit, et étudier au Canada.

On indique que le nouveau processus de demande simplifié permettra aux demandeurs de visa de « demander un permis de travail ouvert en même temps, sans frais supplémentaires. Les enfants de niveaux scolaire primaire et secondaire peuvent commencer à aller à l’école dès leur arrivée au Canada, et toute personne qui souhaite étudier au niveau postsecondaire peut faire une demande gratuite de permis d’études une fois qu’elle se trouve en territoire canadien. »

Aider en tant qu’employeur

Le gouvernement du Canada demande également aux employeurs qui désirent apporter leur soutien aux Ukrainiens d’inscrire leurs offres d’emploi sur la page Web Emplois pour l’Ukraine du Guichet-Emplois. Le Guichet-Emplois travaillera ensuite avec les organisations et les employeurs locaux pour les mettre en relation avec les travailleurs ukrainiens de leurs communautés. « Nous travaillons avec nos partenaires, notamment les provinces et les territoires, le milieu des affaires, la communauté ukraino-canadienne et les organismes d’aide à l’établissement, afin de déterminer la meilleure façon de soutenir les personnes qui arrivent d’Ukraine. »

On précise que l’élargissement de l’admissibilité au Programme d’établissement fédéral d’IRCC permettra aux fournisseurs de services d’établissement d’offrir « des services clés tels que la formation linguistique, l’orientation, l’aide à l’emploi et d’autres services aux Ukrainiens lors de leur installation dans leurs nouvelles communautés ».

Attention aux arnaques

En attendant, pour mener à bien son projet d’accueillir des Ukrainiens, Sandra a choisi de s’en remettre aux annonces, qu’elle publie sur le Web, notamment sur le site ukrainetakeshelter.com 

Elle souhaite tout de même mettre les Canadiens et les Ukrainiens en garde contre les utilisateurs mal intentionnés. « Il y a plusieurs choses qui sont suggérées pour s’assurer de la crédibilité de la personne. Malheureusement, plusieurs se sont déjà fait avoir, tant d’un côté que de l’autre. J’ai lu des histoires d’Ukrainiens qui se sont fait demander de l’argent pour réserver leur lieu d’hébergement. L’inverse existe aussi. Des Canadiens se font demander de l’argent pour payer les billets d’avion. Je trouve déplorable que notre gouvernement ne mette pas en place un système centralisé pour accueillir et héberger ces gens. »

« Lorsqu’on consulte les publications des groupes où l’on tente de se jumeler, on constate qu’il y a plein de gens pour qui les démarches et les demandes biométriques sont extrêmement compliquées. C’est vraiment dommage. Ce qui est le plus choquant, c’est d’entendre le premier ministre Trudeau se vanter, en entrevue, d’avoir mis en place toutes sortes de procédures pour recevoir les immigrants ukrainiens », exprime finalement Sandra.

Question aux lecteurs :

Comptez-vous héberger des Ukrainiens qui fuient la guerre?

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