Chambly : « Gastronocratie » au menu avec le Parti culinaire du Québec
François Pellerin, cuisinier bien connu dans la communauté chamblyenne, a annoncé sa candidature au sein du Parti culinaire du Québec, dans la circonscription de Chambly, en vue des élections générales du 5 octobre prochain.
« En ce moment, l’intérêt est faible pour les élections, car les gens ne se retrouvent plus. C’est redondant. C’est toujours la même histoire, peu importe le parti. On tourne en rond », considère François Pellerin. Il fait désormais partie de la course pour devenir député de la circonscription de Chambly, sous la bannière du Parti culinaire du Québec. L’annonce a été faite devant quelques invités du milieu communautaire local, à son commerce de l’avenue Bourgogne.
L’idée a été semée il y a quatre ans, sur la terrasse de ce qui était alors Le Garde-Manger de François. Le chef cuisinier Jean-Louis Thémis, chef et fondateur du Parti culinaire du Québec, voulait que François Pellerin devienne son « député de Chambly ». « Je lui ai dit : t’es fou! », avait répondu François Pellerin. C’est après avoir lu le Manifeste pour une gastronocratie que le chef propriétaire de la Boulangerie du Vieux-Chambly a reconnu des valeurs qui le rejoignaient. « Ce sont ces valeurs que je veux transmettre. Ce n’est pas un parti pour faire de la politique. C’est un parti pour sensibiliser les citoyens sur où on s’en va », mentionne le candidat culinairiste.
Autour d’une bonne tablée
Jean-Louis Thémis connaît François Pellerin depuis 1972, alors qu’ils travaillaient ensemble à l’immense domaine de La Sapinière de Val-David. Le parti qui ne se prend pas au sérieux, s’est même dit « loufoque initialement », aborde tout de même des enjeux sociétaux. « Il va falloir prendre un pas de recul et savoir ce qu’on veut faire en tant que société, et ce qu’on veut laisser aux futures générations », observe François Pellerin. Il renchérit que la table/alimentation est l’endroit idéal pour discuter et développer positivement sur le sujet. « On réglerait bien des guerres et des dossiers autour d’une tablée », estime l’homme de 70 ans. « La nourriture atténue beaucoup de tensions », complète M. Thémis. L’agenda de François Pellerin ne changera pas en cette campagne électorale. Il le nomme en riant, il ne s’attend pas à être élu. « C’est une partie de plaisir. Pour moi, c’est ma contribution à faire évoluer la société tout simplement. Je pense que ça apporte un peu de gaieté dans cette campagne que je trouve très grise », observe-t-il.
Fort de plus de 50 ans d’expérience dans le domaine de la cuisine et de la restauration et engagé dans le milieu communautaire, François Pellerin est une figure bien connue de la région. Bien que le Parti culinaire du Québec ne jouisse pas d’une grande popularité.
Le Parti du bonheur
Dérangés par la pauvreté, Jean-Louis Thémis et sa femme, Lucie Carrier, ont créé Cuisiniers sans frontières (CSF) en 2003. CSF est né d’un constat simple : la professionnalisation de la cuisine est un outil pour lutter contre la pauvreté et peut contribuer à soulager la misère. Avec l’aide de différents conseils d’administration, d’amis, de bénévoles, de donateurs privés, plus de 400 familles sont sorties de la dépendance et de la pauvreté à Montréal, à Madagascar, au Bénin et en Haïti. « Dans un monde où la politique nous laisse souvent sur notre faim, je propose une recette de vivre ensemble originale : la création d’une société nouvelle que je nomme gastronocratie », définit le cuisinier malgache. Il se dépeint comme le parti du bonheur. « La gastronocratie est une société agraire et gourmande où la gastronomie est la référence qui régit tout, tout, tout : le bonheur, le vivre ensemble, la bonne gouvernance, les lois, les règlements, l’environnement, la justice, l’éducation, la santé, l’économie (il faut manger exclusivement québécois dans la mesure du possible) et tous les sujets qui concernent la société », énumère M. Thémis. Il voit en la gastronomie une force unificatrice, un moyen diplomatique, un prétexte de socialisation et de bonne entente, un catalyseur de la créativité ainsi qu’une façon d’encourager le tourisme et l’économie. « Si vous adhérez à cette philosophie, vous êtes un gastronocrate », conclut-il.
Il s’agira d’une troisième élection pour le Parti culinaire du Québec. En 2018, Thémis, seul candidat, avait amassé 169 votes. En 2022, à deux représentants, ils ont recueilli 356 voix. Cette fois, ils sont désormais quatre candidats au parti pour le moment. Jean-Louis Thémis n’écarte pas l’idée de faire monter le nombre à près de dix. Lors de l’émission Tout le monde en parle, en septembre 2022, les chefs des partis politiques ont dû nommer un deuxième parti qu’ils favorisaient. Gabriel Nadeau-Dubois et Éric Duhaime ont tous les deux choisi le Parti culinaire du Québec. « C’était gratifiant », termine Jean-Louis Thémis, bien souriant.


