« On est chez eux ! »

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Par Julien Dubois (Initiative de Journalisme Local)
« On est chez eux ! »
L'espace derrière la rue Timothée-Kimber propose une faune et une flore peu communes. (Photo : Julien Dubois)

La Ville de Chambly souhaite installer un parc à côté de la rue Timothée-Kimber. Une initiative malvenue chez certains riverains qui souhaitent garder l’espace en l’état.

Karl St-Jean aime les soirs d’été où il peut profiter de la vue derrière son jardin avec ses enfants : « C’est notre paysage. On peut y voir les lucioles s’éclairer et l’espace grouille de bruits. On peut y voir des canards, des lièvres ou encore des loutres. Dans un jardin voisin, des tortues pondent ! Le terrain absorbe aussi les eaux des fortes pluies. Le petit étang voit son niveau d’eau monter significativement. »

« Tous les riverains ne veulent pas de ce parc. Nous avons émis notre avis lors de la réunion de consultation en septembre. » – Karl St-Jean

Établi sur la rue Thimothée-Kimber, du côté ouest de la ville, depuis 2015, le Chamblyen a vu rouge lorsqu’il a appris le projet municipal d’installation d’un parc à quelques mètres derrière son jardin. « C’est criminel ! La vie est apparue dans cet espace et si l’homme intervient, les animaux s’en iront tout simplement ! On est chez eux ! Tous les riverains ne veulent pas de ce parc. Nous avons émis notre avis lors de la réunion de consultation publique en septembre. Mais nous avons la nette impression que nous n’avons pas été écoutés. On nous dit que les bancs et la piste cyclable ne dérangeront pas, mais c’est faux. »

Outre la biodiversité, l’autre argument que prévaut Karl St-Jean est la conformité. « Il faut dix mètres entre les jardins et la piste cyclable. Or, cette distance n’est pas plausible dans certains endroits. » Durant la consultation publique, Stéphane Bisson, habitant de la rue, évoque aussi son inquiétude. « On a emménagé ici pour avoir la paix. Or, certains adolescents viennent le soir dans les parcs et l’endroit devient peu fréquentable. La proximité des sentiers derrière les jardins dérangent. » Une habitante ajoute : « La rivière Acadie est déjà polluée. Elle a besoin d’amour. Je ne suis pas convaincue qu’en ajoutant du monde, cela ira mieux. »

La Ville convaincue de son projet

Autre argument : la présence du parc des Patriotes à quelques minutes de marche. « C’est juste à côté !, surenchérit Karl St-Jean. On ne comprend pas l’intérêt de cette initiative. Pour moi, c’est un non-sens puisque la ville prône la biodiversité. » Le projet de parc de la ville implique aussi un aménagement à proximité de la rue Bernadette-Laflamme, de l’autre côté de la rue. « Et c’est bien correct, souligne Karl St-Jean. La zone est sèche et les habitants le réclament. Pour le coup, c’est justifié. »

La Ville de Chambly, qui assure que la faune et la flore resteront intactes, a présenté les conclusions de la consultation publique. Si les grandes lignes restent les mêmes, certaines modifications auront lieu pour un début de travaux en 2023.

Dans un communiqué, la municipalité précise son plan. « Le parc Timothée-Kimber sera réalisé en deux phases, puisque la municipalité doit solliciter le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) pour l’obtention de certificats d’autorisation liés au respect des zones inondables et des limites du bassin de rétention. Voilà pourquoi la phase I est prévue dès 2023; la phase II sera réalisée en 2024, selon les délais d’attribution du Ministère. »

Concernant l’agencement du côté de la rue Bernadette-Laflamme, des modifications au plan de départ auront lieu : « Cette portion du parc aura davantage la vocation d’un parc de voisinage, avec l’intégration de clientèles multigénérationnelles. Pour ce faire, on y intégrera des aires de jeux polyvalents, actifs et accessibles pour les 2 à 5 ans, les 5 à 12 ans et les adolescents. À la suite des commentaires des citoyens, l’agencement des espaces de jeux sera bonifié, afin que leur dimension et leur disposition contribuent à limiter les nuisances sonores pour les propriétés privées. » Ces adaptations seront-elles suffisantes pour calmer l’inquiétude des riverains ?

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