Non-voyant et élu municipal

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Par Chloé-Anne Touma (Initiative de journalisme local)
Non-voyant et élu municipal
Serge Savoie, conseiller du district Antoine-Louis-Fréchette (#5). (Photo : courtoisie)

Élu conseiller dans le cinquième district de Chambly, Serge Savoie est la preuve vivante du fait qu’un handicap n’est pas un obstacle insurmontable dans la poursuite d’un engagement politique ou social.

Lorsqu’il s’est présenté aux élections pour une première fois, en 2017, dans un autre district, M. Savoie n’a obtenu qu’un très petit pourcentage des voix. Malgré sa déception, c’est le désir d’avancer sans avoir de regrets qui l’a poussé à se porter candidat aux élections de novembre dernier. Plus sûr de lui, et reposant sur ce qu’il qualifie de « meilleurs appuis », M. Savoie a ainsi remporté son pari, une victoire doublement significative en raison de son handicap.

On estime à au moins 3 % le pourcentage de la population canadienne atteinte d’une déficience visuelle. « Dans cette proportion, on compte 70 % de malvoyants et 30 % de non-voyants comme moi », indique M. Savoie, qui a perdu la vue à l’âge de 38 ans en raison du glaucome congénital, une maladie héréditaire et dégénérative qui lui a fait perdre l’usage d’un œil à l’adolescence. « Perdre la vue est probablement l’une des plus grandes peurs des gens. Dans ma trentaine, je ne pensais pas que c’est ce qui m’arriverait. C’est une maladie dont on ne peut prévoir les répercussions ou les poussées. On ne sait jamais comment elle progressera d’une personne à l’autre », explique M. Savoie, en entrevue.

« Perdre la vue est probablement l’une des plus grandes peurs des gens. » Serge Savoie

Une longue phase de réadaptation

Pour redevenir fonctionnel, il a dû passer par une longue phase de réadaptation et se doter de divers outils. « Pendant les premières semaines, voire les premiers mois de ma cécité, je n’étais pas vraiment fonctionnel. Je ne comprenais pas trop ce qui m’arrivait. Une fois que j’ai accepté ma situation et que je me suis pris en main, j’ai pu commencer ma réadaptation avec l’Institut Nazareth et Louis-Braille. Et aujourd’hui, 12 ans plus tard, je peux dire que je suis toujours en apprentissage! » 

M. Savoie se dit maintenant très autonome et ne sollicite l’aide de son entourage que pour très peu de tâches au quotidien. « Cet hiver, par exemple, je me suis laissé pousser la barbe. Eh bien, disons que pour la raser, après, j’avais besoin de ma femme pour la finition », de reconnaître le conseiller, qui emploie une canne blanche pour se déplacer. Ayant perdu le dernier chien MIRA qui lui servait de compagnon lors de ses promenades, il attend de s’en voir attribuer un autre. 

Il admet que, depuis le début de son mandat à titre de conseiller, la plupart des tâches et des réunions s’exercent de façon virtuelle, sollicitant le matériel auquel il est déjà familier. « Mais lors des séances du conseil en présentiel, je suis aidé de certains collègues. Et lorsque le conseil municipal est invité à un événement, tel qu’un colloque, dans un endroit que je n’ai jamais visité de ma vie, j’ai besoin de quelqu’un pour me guider, m’aider à trouver ma place ou à me rendre à la salle de bain. »

Si les défis de mobilité ne sont pas moindres, la première chose qu’il a souhaité apprendre à maîtriser au cours de sa réadaptation est l’utilisation d’une revue d’écran avec synthèse vocale, un logiciel d’assistance technique pour ordinateur. « En ce moment, j’utilise le logiciel JAWS (Job Access With Speech), qui me lit les textes apparaissant à l’écran. Mais lorsqu’un document comporte des visuels, tels que des tableaux, par exemple, eh bien ça se complique. » Pour s’en servir, M. Savoie a dû réapprendre à taper sur un clavier de manière plus efficace. « Il est bien important de bien maîtriser la dactylographie. Avant de perdre la vue, je tapais à deux doigts, en regardant ce que je faisais, comme tout le monde. Maintenant, je m’aide des repères en relief, que j’ajoute en plus de ceux déjà présents sur les touches de mon clavier, pour en reconnaître la configuration », explique le conseiller et père de famille, qui s’estime chanceux de disposer d’une technologie adaptée. « Je me considère chanceux de vivre ma cécité à notre époque », ajoute M. Savoie.

Et son ouïe? 

S’il a toujours été mélomane, il précise que le fait d’avoir perdu la vue ne l’a pas pour autant mené à développer une ouïe supérieure à la moyenne. « Lorsqu’on perd la vue à un âge avancé, on ne développe pas ses autres sens tel un surdoué. À 38 ans, le cerveau est déjà arrivé au bout de sa maturité. Mais il a été démontré que quelqu’un qui naît aveugle développe une meilleure audition. Cependant, en ce qui me concerne, les sons me sont très importants en ce qu’ils m’apportent énormément d’information sur mon environnement et sur ce qui s’y passe, surtout lorsque je me déplace. »

M. Savoie donne aussi des conférences à travers la région pour aider les personnes qui passent par un chemin similaire à accepter plus facilement leur condition. « Le 5 mai prochain, dans le Haut-Richelieu, je donnerai une conférence sur le fait de vivre avec une déficience visuelle depuis tout jeune, la réadaptation et la persévérance. » Lorsqu’il en connaîtra les détails, M. Savoie annoncera la tenue d’une conférence qu’il donnera à Chambly, vers la fin de l’été. « Il suffit d’être intéressé, soit par les enjeux qui se rapportent à la déficience visuelle, soit par Chambly, ou encore par la spiritualité pour y trouver son compte », indique celui qui se considère comme étant un « chrétien croyant mais pas très pratiquant! ».

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