Noël d’antan : il était une fois 1940…

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Par Jean-Christophe Noël
Noël d’antan : il était une fois 1940…
Résidante dans un lieu pour aînés. (Photo : archives)

Yvonnie Tremblay avait 13 ans en 1940. Elle s’est établie à la Résidence des Bâtisseurs Chambly, où elle soigne des fractures, au bras et à la hanche. Paisiblement, elle raconte au Journal de Chambly son Noël d’antan.

Une neige légère mais régulière tombait du ciel à Petite-Rivière-Saint-François, dans la région de Charlevoix. La chute amplifiait l’épaisse accumulation sur les infatigables bras hérissés d’épines des sapins majestueux. C’est l’un de ces piliers de la forêt, enracinés près de la demeure familiale, que les quatre sœurs et neuf frères fendront avec leurs parents et à qui ils feront une place temporairement entre leurs murs. Les Noël d’enfance d’Yvonnie Tremblay étaient religieux. À l’école comme à la maison, elle récitait les mille Ave Maria. Ce n’était pas le père Noël qui déposait les cadeaux sous l’arbre, mais plutôt le « p’tit Jésus. Il ne fallait pas croire au père Noël, c’était païen », se rappelle la femme de 94 ans.

Si, aujourd’hui, certaines chaumières sont visibles de la stratosphère de par leurs scintillantes lumières, ce sont des décorations plus sobres qu’a connues Mme Tremblay. Façonnées de papier crêpé, les guirlandes remplissaient avec humilité leur rôle. « Nous n’avions pas de beau matériel comme aujourd’hui. C’était pauvre. Malgré la pauvreté, ça fêtait. Tout le monde était heureux : c’était les Fêtes. »

« Malgré la pauvreté, ça fêtait. Tout le monde était heureux : c’était les Fêtes. » – Yvonnie Tremblay

Si les décorations étaient modestes, il en allait de même pour les cadeaux. Il n’était pas question de déposer d’offrandes sous le sapin, mais, bien au contraire, de faire montre de sacrifices. « Nous faisions ces sacrifices pour la venue du p’tit Jésus. C’était important. On avait hâte. » Par sacrifices, la nonagénaire fait principalement référence à la privation alimentaire.

C’était plutôt dans les bas de Noël tendus derrière le poêle à bois, bas que les enfants portaient au quotidien, qu’étaient déposées les « surprises ». Orange, pomme et poignée de sucre à la crème, cuisiné par la matriarche et enveloppé dans un papier cellophane, en constituaient le contenu. C’est le 24 décembre, au coucher des enfants, que les bas se remplissaient. Au réveil, à minuit, les enfants en découvraient la teneur, ravis malgré cette simplicité.

Les messes débutant, les familles de la paroisse se réunissaient à l’église. La grande messe solennelle de minuit était suivie de la messe de l’aurore et de la messe du jour. Les voix les plus douées du village chantaient, entre autres, Minuit, chrétiens. Au retour, le réveillon prenait vie dans les maisons, agrémenté d’une tablée de salivants pâtés de viande et d’une dinde joufflue. Les traditionnels Les Anges dans nos campagnes, Sainte nuit et D’où viens-tu bergère faisaient écho, résonnant dans les tympans et les cœurs. « Ma mère se mettait au piano et on chantait. On avait un gramophone et on faisait jouer des disques de Noël toute la journée du 25 », ressasse l’avant-dernière de la famille de 13 enfants.

Au village, l’ambiance était à la joie et à la fête. À partir du 25 décembre, le voisinage se côtoyait, se recevait à tour de rôle et célébrait dans le canton pendant les 8 à 10 jours subséquents. À l’époque, une communauté d’environ 1000 têtes peuplait les lieux.

La carriole et le cheval étaient mis à la cause pour l’occasion. « On sortait la belle peau et on embarquait tous dans la carriole. On faisait un tour de ville avec des grelots et des guirlandes. Le cheval était décoré avec des pendants rouges. » Le nouveau linge confectionné par les parents, manteaux, bas et souliers, était alors étrenné.

Noël en 2021

« Le Noël d’aujourd’hui est très commercial, alors qu’en vieillissant, on se défait de toutes nos affaires » conçoit Mme Yvonnie Tremblay. Elle ne sait pas comment elle soulignera le temps des Fêtes cette année. Peut-être que des membres de la famille viendront lui offrir du temps à la résidence. « Rendue à mon âge, les sorties puis aller rider, je n’ai plus le goût de ça », termine la femme avec un regard traversé par un éclair de sagesse malicieux.

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