Insémination artificielle : mère en solo assumée

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Par Jean-Christophe Noël
Insémination artificielle : mère en solo assumée
Geneviève Breton lors de son échographie après sept semaines de grossesse. (Photo : courtoisie)

Le modèle d’une famille n’ayant volontairement que pour unique parent une mère est ce que met à exécution Geneviève Breton.

« Mais qui a décidé qu’il fallait être en couple? », avait questionné en mai dernier la Carignanoise Geneviève Breton relativement à l’idée de devenir parent. En elle germait à ce moment, depuis plusieurs années déjà, le projet de devenir maman sans la présence obligatoire d’un conjoint dans sa vie; le projet d’être une mère en solo. Huit mois plus tard, la trentenaire en est à sa douzième semaine et demie de grossesse.

Malgré la basse réserve ovarienne de Geneviève Breton, c’est l’insémination qui a été priorisée à la fécondation in vitro (FIV), plus intrusive et contrôlée. La FIV est davantage utilisée lorsque les conditions de fertilité sont plus faibles. Une médication visant à la stimulation ovarienne a mené à maturation ses ovules, prêts à être inséminés. Ladite insémination a eu lieu le 22 novembre dernier. Indolore dans le cas de Mme Breton, l’intervention n’a duré que quelques secondes. Tout comme dans le cas d’une grossesse issue d’une relation sexuelle, c’est environ deux semaines plus tard que la future mère a validé officiellement qu’elle était enceinte à l’aide d’un test d’urine. « C’est le plus long 14 jours que j’ai attendu de toute ma vie! », avoue la principale intéressée.  

Le taux de succès d’une première insémination est d’environ 15 %. Dans le cas de Geneviève Breton, le destin a frappé du premier coup, la situant dans la minorité. « J’étais incrédule, mais reconnaissante. Je ne le croyais pas durant les semaines devançant ma première échographie. Je me disais que ça ne se pouvait pas que ça ait marché du premier coup », se replonge la maman en devenir. Essoufflements et nausées sont les premiers symptômes qu’elle a vécus. Selon ses dires, les nausées s’estompent peu à peu, désormais. 

6 – C’est le nombre d’inséminations artificielles que couvre le programme du gouvernement.

Appréhensions

Élever un enfant en couple permet un travail d’équipe. Élever seule un enfant limite cette possibilité. « J’aurai besoin d’un CPE à grandes heures d’ouverture étant donné que je devrai y emmener mon enfant le matin et aller le chercher le soir. C’est plus ça qui va me stresser. Même de trouver une garderie, en soi, est stressant », dépeint Mme Breton. Elle contextualise également en parlant de l’importance des beaux-grands-parents, entités dont elle ne pourra bénéficier. « Je n’ai pas de chum avec des parents qui pourront dépanner, et mes parents, plutôt âgés, ne pourront pas toujours être présents. » Le proverbe dit que ‘’ça prend un village pour élever un enfant’’. Dans son cas, elle part avec un demi-village familial en moins. Toutefois, c’est au sein de son entourage immédiat qu’elle puisera ses ressources aidantes. Autour de Mme Breton, un réseau d’amis et de connaissances se façonne et pourra jouer le rôle d’une famille, au besoin. 

Pénurie de donneurs

L’un des mots populaires que la pandémie aura légués est le terme « pénurie ». Les banques de donneurs de sperme ne font pas exception à la règle. La rareté de cette denrée masculine peut avoir pour effet de baisser les critères de sélection lorsqu’une femme souhaite être inséminée. « Étant donné qu’il n’y a pas beaucoup de choix, tu abandonnes certains critères en cours de route », convient la Carignanoise. Il y a cependant des critères sur lesquels il n’a pas été question d’abdiquer : voir une photo à l’âge adulte du donneur, s’assurer qu’il est caucasien par souci de ressemblance physique et connaître ses conditions de santé ainsi que celles de sa famille ont été les requêtes auxquelles elle n’a pas dérogé. Dans ce cas, le donneur s’est avéré un infirmier sportif, caractéristiques qui bonifient le choix de celle qui a reçu sa semence. 

Le critère le plus notable parmi ce qu’énumère la femme de 32 ans est celui du donneur ouvert. Cela fait en sorte qu’à 18 ans, l’enfant aura le choix d’entrer ou non en contact avec le donneur. Cette ouverture permet d’apaiser la recherche identitaire pouvant naître au fil du temps. Simplement de savoir qu’il a la possibilité de connaître l’identité du géniteur suffit parfois à l’enfant pour ne pas aller plus loin dans la démarche. Ici, le père est un Américain caucasien, un quart Taïwanais. 

Dans le cadre d’une piñata contenant des bonbons roses ou bleus, le sexe du bébé à venir a été révélé le 19 février dernier. C’est une petite fille qui évolue dans l’utérus de Mme Breton.

Couverture plus élargie

Depuis le 15 novembre 2021, la couverture offerte en matière de procréation médicalement assistée (PMA) pour les personnes de 40 ans et moins s’est élargie. Les nouveaux services couverts dans le cadre d’un projet de procréation sont les suivants :

– un cycle de FIV, incluant notamment deux stimulations ovariennes, une ponction ovarienne, le transfert des embryons, une paillette de sperme et l’entreposage des embryons pendant un an;

– la stimulation ovarienne;

– les services requis pour l’infertilité masculine;

– six inséminations artificielles;

– les paillettes de sperme (jusqu’aux montants maximaux payables de 850 $ pour l’achat et de 100 $ pour la livraison);

– la préservation de la fertilité lors de traitements gonadotoxiques (par exemple : chimiothérapie, traitement de maladies auto-immunes) et de l’ablation des ovaires et des testicules jusqu’à 25 ans ou pour 5 ans, selon la première occurrence.

Sans ces couvertures, une insémination coûte environ 1 000 $ et le coût des paillettes de spermes oscille aussi approximativement autour de 1 000 $.

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