Marché du lait : la gestion de l’offre menacée

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Par Chloé-Anne Touma | Initiative de journalisme local
Marché du lait : la gestion de l’offre menacée
Les producteurs laitiers du territoire s’inquiètent pour la gestion de l'offre. (Photo : archives)

Les temps sont durs pour les producteurs laitiers qui, face à la compétition et à une baisse de la demande, doivent composer avec un surplus de production et des pertes irrécupérables.

Pour Olivier Ostiguy, copropriétaire de la ferme Myosotis à Marieville, « Si l’on observait une croissance et un engouement pour le lait depuis l’année passée, le portrait s’est nettement assombri. On souffre présentement d’un ralentissement post-COVID qui affecte le marché du lait de consommation et du fromage, et les dernières statistiques de la Commission canadienne du lait en attestent. Il faut savoir qu’il y a plusieurs classes de lait, celle du lait de consommation est la plus payante », explique-t-il.

Moins de journées de production

Rappelons qu’en raison d’une baisse de la consommation, les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et leurs homologues des autres provinces canadiennes se sont entendus pour soustraire de leur production trois journées additionnelles qui étaient prévues en août et en septembre. « Les journées additionnelles de l’automne ont été coupées. Mais puisque ça aurait dû être prévu un an à l’avance, nous nous retrouvons avec un surplus de lait sur les bras qui ne sera pas payé. Pour nous, les journées additionnelles sont normalement source de revenu supplémentaire à l’automne », a déploré Christine Aubin, productrice laitière de la Ferme Daignault à Saint-Mathias-sur-Richelieu, et ambassadrice pour les PLQ.

« Le consommateur doit se questionner quand il achète un produit. » – Olivier Ostiguy

Protéger la gestion de l’offre

Au Canada, le système de gestion de l’offre permet de maintenir un prix de marché stable, évitant ainsi la pénurie et/ou le surplus du produit. Aujourd’hui, les producteurs agricoles craignent que cet équilibre soit menacé par les accords de libre-échange, notamment avec le beurre américain et le fromage européen, qui gagnent du terrain au Canada.

« Si le prix du lait a chuté, c’est à cause des surplus de poudre de lait, causés par le plafond d’exportation imposé par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) », d’indiquer Mme Aubin. « Dans le contexte des élections fédérales, les PLQ tentent de ramener à l’avant-scène les compensations promises à la suite de la dernière signature de l’ACEUM, mais nous avons seulement des promesses de compensations et rien de concret en ce sens. »

Pour ajouter aux retombées négatives de l’ACEUM, « en raison de l’Accord économique et commercial global (AECG) signé entre le Canada et l’Union européenne, nous avons perdu les parts du marché concédées aux fromages européens. Les concessions des accords commerciaux vont à l’encontre de notre système de gestion de l’offre. Le consommateur doit se questionner quand il achète un produit. Il doit être conscient du fait que s’il achète local, l’argent reste ici et fait rouler notre économie. Mais s’il achète un produit d’importation, l’argent ne revient pas, tout simplement », de compléter M. Ostiguy.

L’inflation aussi mise en cause

« Ce qui fait aussi très mal aux producteurs de lait, c’est l’augmentation du coût des intrants, tel que le supplément que l’on donne aux vaches. Ça nous affecte beaucoup. Certains producteurs ont perdu tous leurs profits de grande culture pour cette raison. Et c’est sans compter l’inflation importante relative aux coûts de rénovation ou de construction de nouvelles structures, telles que les étables, les remises, etc., qui ont presque doublé et qui nuisent aux efforts visant à améliorer le confort animal. »

Un enjeu électoral

Quoi qu’il en soit, au vu des récentes sorties politiques des candidats aux élections du territoire, allant de la circonscription de Shefford à celle de Beloeil-Chambly, la relance économique et l’agriculture promettent d’être des enjeux de campagne fédérale et matière à réflexion pour tous les partis.

Rappelons que dans un récent message diffusé par l’Union des producteurs agricoles (UPA), son président, Marcel Groleau, a exprimé son désir de voir les enjeux agricoles et forestiers occuper une place importante dans les discussions menées au courant de la campagne électorale. « L’agriculture a traversé la pandémie avec certaines difficultés, comme tous les autres secteurs, mais étant un service et un besoin essentiels, les citoyens ont réalisé, au cours des derniers mois, à quel point l’agriculture et le secteur agro-alimentaire étaient importants au Canada. J’espère que cette révélation pour certains aura une influence lors de la campagne électorale et qu’elle fera en sorte que les candidats s’engagent à mieux soutenir l’agriculture du Canada et à mieux assurer notre sécurité alimentaire », a-t-il déclaré.

Rester positif malgré tout

Quant au rôle du climat, Mme Aubin souligne qu’il s’est montré clément « avec les pluies de juillet et août », et que « le foin a bien poussé pour la troisième coupe. Nous avons eu de bons rendements. Le maïs et le soya en ont aussi bien profité. Nous verrons bien quels en seront les rendements lors de la récolte de cet automne. »

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