Lutter contre le décrochage malgré la COVID-19

Par Chloé-Anne Touma
Lutter contre le décrochage malgré la COVID-19
Le CSSP affiche un taux de diplomation et de qualification record de 83,7 % (Photo : archives)

La lutte contre le décrochage aura été un casse-tête pour plusieurs écoles dû au manque de motivation causé par le confinement. Grâce à leur réactivité, les centres de formation alternative et pour adultes de la région sont montrés en exemple.

La Commission scolaire des Patriotes a annoncé le 21 septembre dernier que ses élèves « sont plus nombreux que jamais à obtenir un diplôme d’études secondaires », malgré la tendance à la hausse des cas de décrochage au Québec.

La Fédération québécoise de direction des établissements d’enseignement indiquait qu’environ la moitié des élèves de l’éducation aux adultes avaient déserté leur formation depuis le confinement et la fermeture des centres à la mi-mars.

Un modèle de réussite

Si le scénario en est bien différent pour les MRC de Marguerite-D’Youville, de la Vallée-du-Richelieu et de l’agglomération de Longueuil en partie, c’est que les centres de formation qui collaborent avec les écoles secondaires afin de lutter contre le décrochage, ont agi rapidement en été :

« Ce qui fait en sorte qu’on a été épargnés à ce niveau, c’est probablement le fait d’avoir eu les cours d’été en guise de période de transition pour faire des essais et ajustements auprès d’une plus petite clientèle, ce qui a fait qu’on était vraiment prêts pour l’automne. », explique Annie Pontbriand, Directrice du Centre d’éducation des adultes des Patriotes de Saint-Bruno-de-Montarville. « On avait plus d’élèves que l’année dernière en été, et ils ont bien réussi. La tendance se maintient même en automne, et nous en sommes très heureux. On a une équipe qui travaille fort et en collaboration, et c’est ce qui a fait la différence. »

La formation aux adultes à Chambly

Du côté de Chambly, c’est moins évident car les centres de formation pour adultes n’existent plus de jour. Les élèves qui veulent en suivre doivent se rendre jusqu’à Saint-Bruno ou à McMasterville. Heureusement, l’École du Fort de Chambly, créée par le centre de formation alternative Intégration Compétences, offre une aide complémentaire aux écoles secondaires et aux services des centres pour adultes, afin d’aider les élèves en difficulté et en décrochage à se responsabiliser et à développer une certaine autonomie. Les élèves y reçoivent un accompagnement dans de petits groupes de 5, quand ils ne sont pas sur la plateforme « Challenge Youth » du centre pour recevoir de l’aide en ligne.

Stéphanie Verriest, Coordonnatrice du Créneau carrefour jeunesse du centre de formation Intégration Compétences, s’occupe notamment de la coordination du programme «Autonomie personnelle et sociale» dans la Vallée-du-Richelieu. « L’École du Fort est un milieu alternatif de scolarisation destiné aux jeunes de 16 ans et plus qui ont décroché et qui veulent compléter les crédits requis des cours du secondaire en formation aux adultes. » Elle priorise les élèves de Chambly, Carignan et Richelieu, mais accepte souvent des élèves refusés de centre de formation aux adultes qui n’avaient pas de place pour les accueillir vu la réduction des groupes de classe afin de respecter les normes sanitaires, et le manque de professeurs.

Plus qu’un apprentissage académique

« En parallèle des apprentissages académiques, les élèves qui viennent chez nous viennent surtout développer de saines habitudes de vie et la discipline de se lever le matin pour venir à l’école, parce que des fois ils ont d’autres problématiques. C’est sûr que l’école aux adultes, ce n’est pas évident pendant la pandémie parce que beaucoup d’élèves ont des troubles d’apprentissage, et l’école à distance requiert une certaine autonomie. Le manque d’encadrement est un facteur qui favorise malheureusement le décrochage. Avec la formule en ligne, c’est sûr qu’on les perdait. Donc on se doit de leur offrir le soutien en classe, tout en appliquant les mesures de distanciation sociale et le port du masque dès qu’ils se lèvent de leur bureau, mais il faut savoir qu’on se limite à 3 ou 4 jeune en classe. »

Une lutte collaborative contre le décrochage

« On ne veut voler ses élèves à la Commission scolaire. On est vraiment dans la complémentarité. Certains acteurs du milieu scolaire l’ont compris, tandis que d’autres nous mettent toujours des bâtons dans les roues. Mais lorsque les jeunes décrochent, ils décrochent. »

Une portion d’élèves victimes de leur anxiété

Stéphanie Verriest affirme que des jeunes ont rapporté au personnel leurs inquiétudes liées au stress et à l’anxiété occasionnés par la pandémie. « Des jeunes du programme Autonomie personnelle et sociale, qui ne sont ni à l’emploi, ni aux études, et qui vivaient déjà avec des troubles anxieux sans la COVID-19, voient leur anxiété amplifiée par le fait d’avoir à s’adapter à autant de nouvelles mesures et consignes à suivre. On offre des ateliers d’arts et relaxation en ligne et dans les écoles, afin d’aider les élèves à mieux gérer leur stress, et pour une meilleure conciliation travail-études car c’est un enjeu connu du décrochage. On met en place des stratégies en collaboration avec les écoles, dont le Mont-Bruno et l’École secondaire de Chambly. »

« J’ai des jeunes qui avaient décroché, puis ‘raccroché’ à l’École du Fort, mais qui malheureusement ont de nouveau tout lâché à cause du confinement. » – Julie Martel

Julie Martel, éducatrice à l’École du Fort, raconte que malgré tous les efforts et les résultats encourageants, elle a malheureusement perdu des jeunes qui se sont démotivés lors du confinement : « J’ai des jeunes qui avaient décroché, puis ‘raccroché’ à l’École du Fort, mais qui malheureusement ont de nouveau tout lâché à cause du confinement. »

D’autres programmes à distance, telle que la cuisine collective pour développer l’autonomie alimentaire des jeunes en difficulté, seront mis en place pour mieux répondre à leurs besoins.

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