Les Rose : un film de Félix Rose

Par Chloé-Anne Touma
Les Rose : un film de Félix Rose
50 ans après l’enlèvement et l’assassinat de Pierre Laporte par le FLQ, le fils de Paul Rose, Félix Rose, présente le film qu’il a réalisé sur son père et le reste de sa famille. (Photo : courtoisie)

Le documentaire biographique québécois Les Rose, sorti en août dernier, continue de faire beaucoup jaser. Du réalisateur Félix Rose, le film porte sur sa famille et l’enlèvement de Pierre Laporte sous un nouvel angle.

En octobre 1970, des membres du Front de libération du Québec (FLQ) enlèvent le ministre Pierre Laporte, et déclenchant la crise d’Octobre au Québec. 50 ans plus tard, et après dix ans de recherche, Félix Rose nous présente son film Les Rose, le fruit d’une longue démarche à tenter de comprendre comment son père et son oncle, Paul et Jacques Rose, en sont venus à commettre l’irréparable. Grâce à des archives audiovisuelles et à de poignants témoignages, il dresse un portrait cinématographique de son père et des siens.

Il était une fois Paul Rose

D’une perspective toute autre que celle des films et documentaires réalisés sur le sujet, Les Rose nous est introduit d’abord comme un portrait familial intimiste, qui s’étend sur 4 générations, et qui met volontairement l’accent sur la douceur presque banale d’un père aimant, plutôt que sur le crime felquiste qui en a fait une figure politique et terroriste, sans toutefois éviter de l’aborder sous toutes ses coutures.

« Les Rose est l’aboutissement d’une quête personnelle. En racontant l’histoire de ma famille de classe ouvrière, je tente d’apporter un nouvel éclairage sur une période effervescente de l’histoire du Québec. », explique Félix Rose.

« Les Rose est l’aboutissement d’une quête personnelle. » – Félix Rose

Le long-métrage de 2 heures débute avec un portrait de recherche de l’homme qu’est Paul Rose à 27 ans, soit l’âge qu’il avait lorsqu’il a enlevé Pierre Laporte avec le reste de la cellule Chénier. Défilent ensuite des images de Paul Rose âgé, pendant lesquelles on entend son fils de 13 ans exiger « des affaires exclusives sur (sa) vie ». Déjà à cet âge, et même s’il avait été préservé par son entourage de tous les reproches habituellement dirigés contre son père, Félix Rose développait la curiosité d’un cinéaste et d’un documentariste, mais pour un sujet bien établi, son paternel, « qui ne pouvait pas faire de mal à une mouche », à ses yeux.

Ces vidéos d’archives rétro montrant Paul Rose fixer la caméra, doublées d’une narration au ton clinique, entament le film dans un format presque scientifique, comme si Félix Rose voulait nous convaincre d’une réalité aussi valide que personnelle. La première trame musicale, composée par Philippe Brach et La Controverse, est ironique car elle semble inspirée des polars. Des témoignages de la mère de Félix, de son oncle Jacques Rose, condamné en 1973 pour avoir participé à l’enlèvement, et des militants du FLQ Lise Balcer et Jacques Lanctôt, ont été inclus au montage pour mieux servir l’intention de la trame narrative puisque tous sont du même clan.

La subjectivité du film est complètement assumée par son réalisateur, d’autant plus qu’elle ne déforme rien du passé et que l’on tombe vite dans le vif du sujet : la démocratie bafouée, les indépendantistes traités comme une sous-classe, la soif de changement des nouvelles générations, et les actions posées par le FLQ.

La Gaspésie

Malgré la pertinence du montage intégral des archives et de l’histoire politique relatée, l’un des moments marquants du film est probablement celui qui succède les premières 25 minutes. On y entend les paroles de Paul Rose, enregistrées clandestinement dans sa cellule : « On laisse couler nos fleuves, de Montréal jusqu’à Gaspé ». Sa poésie accompagne des images gaspésiennes datant de 1969.

Puis on parle de l’auberge de jeunesse à Percé, connue sous le nom de la Maison du Pêcheur, que Lise Balcer appelle « une école où l’on discutait toute la journée des enjeux politiques. » C’est là que l’on est transportés et qu’on absorbe l’état d’esprit des jeunes, des francophones et des felquistes désireux de faire et d’assister à la révolution, de s’affranchir non pas seulement d’un colonialisme anglais, mais d’une oppression politique.

« Ce qui se passait là, je pense que tout le monde devrait vivre ça au moins une fois dans sa vie. C’était un cours d’une rapidité, c’était incroyable. On apprenait tellement de choses, sur la politique et sur la Gaspésie (…) et il y avait des artistes qui venaient, alors on apprenait à connaître aussi les arts du Québec. »

Jacques Rose, qui se confie publiquement pour la première fois sur la crise d’Octobre dans ce film, évoque cette période avec la même animation : « À Percé, c’était le début d’un rêve (…) d’avoir, au Québec, des auberges de jeunesse. La municipalité a refusé de nous accorder des permis. » Devant la fermeture dont la ville et ses commerçants faisaient preuve, et qui était justifiée par une priorisation du tourisme américain, les jeunes, dont les frères Rose, continuaient de se rassembler et de festoyer avec les pêcheurs « de l’arrière-pays ». « C’est ça la contradiction de Percé », indique Jacques Rose. On peut aussi l’entendre reprocher aux gouvernements le fait de ne pas avoir négocié avec les kidnappeurs.

Le film se clôt sur la fin de Paul Rose en 2013, racontée par son frère, qui l’a vu pour la dernière fois à l’hôpital. « Quand il m’a serré la main, je le sentais fort. Je ne sentais pas qu’il s’en allait. Je ne comprenais pas tout ce qu’il me disait. Il a disparu et je ne sais pas où il est. Il est où ?» C’est une question qui fait écho à celle qu’a dû se poser le fils de Pierre Laporte, Jean, lorsqu’on a interrompu sa partie de ballon chasseur pour lui annoncer l’enlèvement de son père.

Des blessures rouvertes

À  Tout le monde en parle, on apprenait que Jean Laporte avait décliné l’invitation à participer à l’émission en présence de M Rose. Il ne verra pas non plus le film. Rose a pour sa part affirmé qu’il ne souhaitait en rien minimiser le geste commis par son père, mais que l’intention qu’il avait en faisant le film était de montrer Paul Rose tel qu’il le connaît, d’offrir une autre perspective sur l’homme souvent démonisé. Avec le succès que connaît le film, on se dit que les blessures des uns et des autres ne seront peut-être jamais fermées, et que la discussion entourant la crise d’Octobre continuera d’être alimentée.

Le film, qui a connu beaucoup de succès en salles, est offert gratuitement sur le site de l’Office National du Film pour permettre à tous les Québécois de le visionner malgré la pandémie.

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