Les retombées d’un feu d’artifice

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Par Jean-Christophe Noël
Les retombées d’un feu d’artifice
La Ville de Carignan utilisera le terrain remblayé de l’Île Goyer pour y faire éclater des feux d’artifice lors de la Fête des citoyens du 7 septembre. (Photo : Jean-Christophe Noël)

CARIGNAN. Lors de la séance du conseil de la Municipalité de Carignan du 3 juillet, les élus ont autorisé majoritairement l’utilisation du terrain remblayé de l’Île Goyer, aux abords de la rivière Richelieu, pour y faire éclater des feux d’artifice lors de la Fête des citoyens du 7 septembre.

Le feu d’artifice, ce procédé pyrotechnique utilisant des explosifs déflagrants et visant à produire du son, de la lumière et de la fumée, réjouit et éblouit l’œil des petits et des plus grands. Or, ce règlement ne fait pas l’unanimité au sein du conseil alors que deux conseillères s’y sont opposées. C’est le cas d’Anne Poussard et de Stéphanie Lefebvre qui, de concert, ont voté contre.

« Des études ont démontré que les feux d’artifice entraînent la relâche de plusieurs substances toxiques dans l’environnement, ce qui nuit à la qualité de l’air », déclare Stéphanie Lefebvre. « Ainsi, les citoyens vulnérables sont plus à risque de développer des crises d’asthme et d’autres problèmes respiratoires. Des conséquences sont également à prévoir sur les milieux aquatiques d’eau douce qu’est la rivière Richelieu », enchaîne la conseillère du district 3.

Étude, Université de Sherbrooke

Cette étude dont parle Mme Lefebvre est le mémoire de maîtrise sur les impacts environnementaux des feux d’artifice, d’environ une centaine de pages, écrit de la main de Gabrielle L. Lajoie, en 2018, à l’Université de Sherbrooke. L’objectif de cet essai est d’évaluer les impacts générés par les feux d’artifice sur l’environnement et de proposer des recommandations en lien avec les résultats formulés.

Dans le sommaire de l’étude est écrit que « Des recherches ont ainsi permis l’identification des substances rejetées lors de l’explosion d’artifice et, de là, plusieurs conséquences environnementales et sanitaires probantes ont pu être détaillées. Des constats ont ensuite été explicités pour finalement conclure que les activités pyrotechniques représentent un réel risque et qu’il est nécessaire de contrôler davantage ce secteur ».

Sont aussi expliquées par l’auteure les conséquences atmosphériques des émissions polluantes, les conséquences des retombées polluantes sur les sols ainsi que les conséquences des retombées polluantes sur les milieux aquatiques d’eau douce.

Royal Pyrotechnie

Artisane du ciel depuis 1966, la compagnie saint-pienne Royal Pyrotechnie est parmi les plus grandes importatrices de produits pyrotechniques au pays et distribue des pièces au grand public et aux professionnels d’un océan à l’autre. Annuellement, c’est plus de 500 feux d’artifice qu’elle réalise.

« Les activités pyrotechniques représentent un réel risque et il est nécessaire de contrôler davantage ce secteur. » – Essai de Gabrielle L. Lajoie

« Tous les produits que nous importons doivent respecter les critères établis par Ressources naturelles Canada. Il y a une liste de produits dans la fabrication des feux, des tests de hauteur, des quantités de poudre à respecter, etc. Nous nous plions aux normes canadiennes », expose Yanick Roy, président et directeur artistique de la compagnie Royal Pyrotechnie.

Air comprimé

Les parcs d’attractions de Walt Disney ont décidé de s’attaquer de front au problème de la pollution de l’air. Depuis quelques années, les bombes des feux d’artifice sont projetées grâce à un système de compression d’air plutôt que par de la poudre à canon.

Artificier depuis près de 50 ans, le Marievillois Ghislain Théberge a présenté un spectacle de feux d’artifice plus tôt cette année à Pohang, en Corée du Sud. « Les feux d’artifice à air comprimé coûtent beaucoup plus cher. Disney peut se permettre ce type de technologie, mais c’est un système beaucoup trop dispendieux pour le Canada. Il en coûterait des millions de dollars pour informatiser, robotiser et créer des plateaux rotatifs. Cela demande des installations permanentes cadrant moins avec la réalité du climat canadien », fait miroiter l’homme, pour qui la pyrotechnie n’a plus de secrets.

Michel Tardif est formateur accrédité par la Division de la réglementation des explosifs (DRE) et le fondateur de la compagnie monfeudartifice.com. Il a plusieurs centaines de feux d’artifice à son actif et sera l’artificier responsable de l’événement qui se déroulera à Carignan le 7 septembre. Il s’approvisionne chez Royal Pyrotechnie.

« L’état des choses a grandement évolué. On ne voit plus beaucoup de bleu brillant dans les feux, car cela nécessitait de l’arsenic. Plusieurs produits ont été bannis désormais, ce qui limite les effets de couleur » nuance l’homme, qui cumule vingt années d’expérience dans la pyrotechnie. « C’est bien beau l’air comprimé, on élimine la fumée au sol, mais le feu qui explose dans les airs nécessite des composants électroniques qui s’éparpillent un peu partout. Qu’est-ce qui est le mieux? », questionne-t-il.

Maire de Carignan

À Carignan, le maire Patrick Marquès réplique à la conseillère Stéphanie Lefebvre : « Madame Lefebvre aurait pu nous faire part de sa vision lors des plénières. Nous avons tenu des discussions préalables à l’adoption du règlement. Il est étonnant qu’elle soulève ces points à cette étape du cheminement. » Le maire ajoute « qu’il n’y a jamais eu de feux d’artifice en 65 ans à Carignan. Entre-temps, ça pète de partout, à Montréal et dernièrement à Chambly. Assurément, s’il y avait des correctifs à apporter, nous prendrions les mesures ».

Stéphanie Lefebvre, quant à elle, est d’avis qu’un spectacle sons et lumières aurait été plus adéquat pour souligner la Fête des citoyens.

Afin de consulter l’étude sur l’Évaluation de l’impact des feux d’artifice sur l’environnement : https://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/11871

 

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