Les patins du Rocket à Chambly

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Par Jean-Christophe Noël
Les patins du  Rocket à Chambly
Ce sont les patins que le Rocket aurait portés peu de temps avant l’historique émeute. (Photo : courtoisie - Mathieu Pratte)

C’est un trésor que chérirait tout grand amateur de sport que possède Simon Voisard-Malbeuf, soit une paire de patins ayant appartenu à Maurice « Le Rocket » Richard.

Ce vestige du passé de grande valeur, le Chamblyen Simon Voisard-Malbeuf l’a transféré dans une place sécurisée hors de son domicile.

« Je ne peux le garantir mais ce serait les patins qu’il (Maurice Richard) portait lorsqu’il s’est blessé au tendon d’Achille, menant à la suspension qu’il avait reçue », mentionne le propriétaire de la précieuse paire. Cette suspension, elle avait mené à la grande émeute que certains identifient comme étant le début de la Révolution tranquille.

Pour les fins collectionneurs, les reliques ayant appartenu à Maurice Richard se font rares sur le marché. Cette paire de patins, bien que M. Voisard-Malbeuf ait préféré en taire le prix payé, a une valeur dépassant l’aspect pécuniaire.

« Mon grand-père travaillait à l’oratoire Saint-Joseph. Un frère qui lui donnait de l’ouvrage l’a payé avec cette paire de patins », explique le Chamblyen quant à l’origine des patins dans la famille.

« Un jour, ma grand-mère les a fait authentifier avec un oncle. Ils ont parlé avec Maurice Richard et il se souvenait exactement de la paire », ajoute-t-il.

Au décès de sa grand-mère, Simon Voisard-Malbeuf a entamé les démarches afin de devenir propriétaire de ce rare vestige du passé.

« Mon intention n’était pas de les acheter pour les mettre à l’encan. Même si l’on m’offrait un gros montant, je n’ai pas besoin de l’argent. Ça a une valeur sentimentale pour moi », conclut le trentenaire.

L’héritage de Maurice Richard

Plusieurs faits et statistiques marquent la légende qu’est Maurice Richard, membre de la redoutable Punch Line, ajoutant à l’aspect mythique qu’il représente :

Le 28 décembre 1944, alors qu’il avait passé la journée à déménager, il marque cinq buts et ajoute trois aides lors d’une victoire 9-1 face aux Red Wings de Detroit;

le 18 mars 1945, il devient le tout premier joueur de l’histoire à marquer 50 buts en 50 rencontres après avoir eu un but refusé la veille au Forum de Montréal;

il a remporté 8 fois la Coupe Stanley et a été sélectionné 14 fois dans une équipe d’étoiles;

le 13 mars 1955 à Boston, Hal Laycoe, des Bruins de Boston, lui assène un coup au visage et les deux joueurs en viennent aux mains. Le juge de ligne Cliff Thompson tente de maîtriser Richard, tandis que son adversaire continue à le frapper. Richard est retenu par les épaules et le cou pendant qu’il reçoit des coups au visage. Il se retourne et frappe l’arbitre au visage.

Trois jours plus tard, le président de la LNH, Clarence Campbell, suspend le joueur des Canadiens pour le reste de la saison, trois parties, mais également pour toute la durée des séries éliminatoires; Campbell affirme alors qu’il y a une différence entre se battre contre un joueur adverse et s’en prendre à un arbitre, donc à la LNH. Les partisans des Canadiens ressentent cette sanction comme une injustice flagrante.

De nombreux Québécois, indignés, sont alors persuadés que le joueur vedette est puni plus sévèrement parce qu’il est un Franco-canadien jugé par un lord anglophone. De plus, deux jours avant d’entendre le témoignage de Richard et d’écouter ses arguments, Campbell rencontre, au cours d’une réunion à New York, les dirigeants des Red Wings et également Conn Smythe. Smythe et les dirigeants de Detroit demandent à Campbell de punir lourdement Richard. En dehors du monde du sport, dans le contexte de l’époque, les Franco-canadiens peinent à faire leur place.

La rencontre suivante des Canadiens a lieu le 17 mars 1955, au Forum de Montréal contre les Red Wings. La police de Montréal déconseille à Campbell de se rendre au match tant la foule est en colère contre lui. Des milliers de Montréalais se dirigent vers le Forum, certains pour assister à la rencontre et d’autres pour manifester à l’extérieur de l’immeuble. Campbell fait fi des conseils de la police et se rend au Forum accompagné de sa secrétaire, sous les huées du public. Alors que les Red Wings mènent 4-1, les spectateurs du match jettent tout ce qu’ils peuvent en direction de Campbell, puis sur sa secrétaire. Le président est agressé par des mécontents et finalement, une bombe artisanale explose sur la glace, forçant l’évacuation de l’enceinte. L’émeute débute au Forum, puis se propage dans les rues de la ville.

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