Les hygiéniste dentaire, une solution abordable

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Par Frederic Khalkhal
Les hygiéniste dentaire, une solution abordable
Hygiéniste dentaire (Photo : (Photo : courtoisie))

L’autonomie des hygiénistes dentaires est passé inaperçue en 2020 alors que la pandémie de COVID-19 était déclarée au Québec. Ces derniers rappel qu’ils ne sont plus sous la tutelle des dentistes.

Depuis la pandémie, le prix des cabinets de dentistes a explosé. Il n’est plus rare de devoir payer plus de 200 $ pour un détartrage et une examen du dentiste.

La Clinique d’hygiène dentaire HDK, qui a pignon sur rue à Chambly, est l’un des rares cabinets exclusivement destinés aux soins prodigués par des hygiénistes. Karine St-Onge, la propriétaire, y est hygiéniste dentaire indépendante depuis 16 mois. Elle chapeaute aussi le groupe d’hygiénistes dentaires indépendants au Québec et elle est également ambassadrice pour l’Association d’hygiénistes dentaires au Québec.

Dans cette clinique, il en coûtera au client presque 100 $ de moins pour un détartrage, mais sans examen du dentiste.

« Les cabinets de dentistes sont des entreprises privées. Si le client n’est pas satisfait, il a toujours la possibilité d’en changer. » – Jean-François Lortie

Autonome

En septembre 2020, le gouvernement reconnaissait l’autonomie de la profession des hygiénistes dentaires, les soustrayant à la tutelle des dentistes. Depuis, les hygiénistes peuvent exercer à leur compte soit dans leur cabinet, soit en proposant des services mobiles, sans la supervision d’un dentiste. « Beaucoup d’hygiénistes dentaires sont mobiles. Les cabinets fixes se mettent en place tranquillement », précise Mme St-Onge.

La Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions, notamment dans le domaine buccodentaire et celui des sciences appliquées (Loi 15), qui remplace le projet de loi 29, est en vigueur depuis le 24 septembre 2020. Cette loi n’a pas connu la visibilité qu’elle souhaitait en raison de la pandémie de COVID-19 qui frappait aux portes du Québec en mars 2020. « On ne devenait plus une priorité. Au moment de l’évaluation, après un détartrage, si l’hygiéniste estime qu’il n’y a aucun problème, la visite peu s’arrêter là. Si l’hygiéniste détecte un soin propre au dentiste, c’est alors au dentiste d’intervenir pour guérir la maladie. Malheureusement, lorsqu’on entre dans un cabinet dentaire, c’est encore le flou le plus total », explique au journal Jean-François Lortie, président de l’Ordre des hygiénistes dentaires du Québec.

Pas connue

Dans de nombreux cabinets de dentistes, il n’est pas rare de n’avoir besoin que d’un détartrage, validé par la suite par un dentiste, sans savoir que cette dernière étape est facultative. Nous avons posé la question aux citoyens de Chambly à savoir s’ils étaient au courant que les hygiénistes dentaires étaient désormais autonomes. « Je ne savais pas que l’on pouvait demander seulement un détartrage sans la validation du dentiste dans un cabinet et avoir une facture moins élevée. » « Je ne savais pas qu’il existait des cabinets d’hygiénistes sans dentistes et que ça coûtait moins cher. » « Il n’y a pas très longtemps, je n’avais pas beaucoup de temps pour un détartrage. On m’a quasiment forcé à attendre le dentiste à la fin pour qu’il vérifie alors que tout allait bien. Je pensais que ça fonctionnait comme ça. »

« Les cabinets de dentistes sont des entreprises privées. Si le client n’est pas satisfait, il a toujours la possibilité d’en changer », rappelle M. Lortie.

Pour Mme St-Onge, « Beaucoup d’hygiénistes dentaires ont du mal à comprendre le concept de la nouvelle loi, qui indique que même si les hygiénistes dentaires travaillent comme employés chez un dentiste, on est considérés comme autonomes. On peut prendre en charge le patient et faire un plan de soins pour lui. Est-ce accepté quand on est employé? Je dois dire que, dans la plupart des cas, non. Certains hygiénistes dentaires ont la latitude pour le faire, mais c’est quelque chose qui n’est pas beaucoup suivi. »

L’hygiéniste dentaire a la compétence de faire des évaluations complètes, des détartrages, d’établir des plans de soins de façon préventive, incluant polissage, protecteurs buccaux et blanchiment, de procéder à un détartrage supra et sous-gingival. « Les hygiénistes peuvent se spécialiser et donner ainsi plus de soins », précise Mme St Onge. Au moment où sa compétence s’arrête, c’est là qu’elle redirige son client vers son dentiste traitant. « Si le client n’en a pas, on en trouve un de confiance dans l’entourage. »

M. Lortie compare les relations dentistes-hygiénistes à celles entre les docteurs et les infirmières. « L’infirmière sera en première ligne, elle s’assurera que son patient va bien de façon préventive. Quand cela ne fonctionne plus, on va voir le médecin. C’est la même chose pour l’hygiéniste et le dentiste. »

Un besoin

Pour l’Ordre des hygiénistes, il faut encourager la population à prendre soin de sa santé buccodentaire. « Il y a toujours entre 30 et 40 % de la population québécoise qui ne consulte pas un cabinet dentaire régulièrement », mentionne M. Lortie. L’Ordre estime que pour avoir un cabinet d’hygiénistes dentaires, il en coûte 75 % moins cher qu’un cabinet de dentistes. « C’est normal que la facture soit moins élevée. »

Pour Mme St-Onge, l’hygiéniste est une solution abordable. « Si le patient n’a pas d’assurance, pourquoi ne pas miser sur l’hygiène dentaire? Il y a plein de dentistes qui l’ont compris. Un dentiste qui suggère un hygiéniste dentaire pour les soins préventifs serait le meilleur des mondes. Malheureusement, un dentiste veut garder parfois ses patients. Je comprends, mais il y a des délais énormes pour l’hygiène dentaire. Moi, je n’ai aucun mal à travailler avec un médecin traitant lorsque c’est nécessaire. »

En plus de la reconnaissance de la profession par le gouvernement en septembre 2020, à partir de juin, les personnes sous l’aide sociale pourront se faire rembourser leurs visites chez l’hygiéniste par la RAMQ. « Il faut que le gouvernement continue dans cette voie afin d’aider les plus vulnérables, comme les enfants et les personnes âgées. Actuellement, il y a au Québec 42 hygiénistes dentaires qui travaillent dans les CHSLD, pour le gouvernement. Pour la Montérégie-Est, cela représente deux hygiénistes », constate M. Lortie, qui espère voir ce chiffre augmenter.

Au 1er novembre, ce sont 80 hygiénistes dentaires qui travaillaient en service mobile ou dans leur cabinet. Il y a seulement deux ans, ils étaient 40. « Il y a une demande de plus en plus grande », constate l’Ordre.

Prudence des dentistes

L’Ordre des hygiénistes et l’Ordre des dentistes disent mutuellement avoir de très bonnes relations. « Les dentistes et les hygiénistes travaillent ensemble depuis très longtemps, toujours dans le respect. Nos relations sont très bonnes », d’indiquer au journal Sandra Verdon, vice-présidente de l’Ordre des dentistes. Un avis partagé par M. Lortie. 

Le journal a tenté de contacter plusieurs dentistes, qui n’ont pas souhaité s’exprimer sur la relation qu’ils ont avec les hygiénistes dentaires depuis la loi de 2020. Mme Verdon nous a précisé cependant que « Depuis deux ans, nous continuons les travaux avec l’Ordre des hygiénistes afin que les paramètres de la loi soient compris par tous et qu’il n’y ait pas d’ambigüité. La loi est en vigueur, mais il y a encore quelques modalités à mettre en place ». Mme Verdon ajoute : « Il est quand même recommandé de voir de façon régulière un dentiste, qui doit faire un diagnostic. Chaque situation est différente, ensuite, c’est le libre marché. » Cette dernière n’a cependant pas voulu commenter les prix élevés dans les cabinets de dentistes. « Ce n’est pas à nous de nous prononcer sur le coût des dentistes. »

La santé buccodentaire est en ce moment sur toutes les lèvres. « Le projet de loi fédéral C31 qui devrait permettre aux enfants de 12 ans et moins d’avoir la prise en charge de la prévention et des traitements dentaires est une très bonne chose. C’est aussi une bonne nouvelle de savoir que dans une deuxième phase, cette mesure sera élargie aux enfants jusqu’à 18 ans », de conclure M. Lortie.

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