Le temps d’une Étincelle

Photo de Jean-Christophe Noël
Par Jean-Christophe Noël
Le temps d’une Étincelle
Une famille tenant dans ses bras son bébé décédé. (Photo : courtoisie - Fondation Portraits d’Étincelles)

Karine Brunelle, de Sainte-Angèle-de-Monnoir, photographie le décès périnatal à la Fondation Portraits d’étincelles.

Le décès périnatal renvoie à la mort d’un bébé qui survient au cours de la grossesse, lors de l’accouchement ou dans sa première année de vie. Sur appel, la Fondation Portraits d’Étincelles offre gratuitement les services de photographes professionnels pour prendre des photos d’un petit bébé décédé avant la naissance ou après celle-ci. « Avec le temps, les détails peuvent devenir flous. Ces photos traversent le temps et représentent un souvenir de ce membre de la famille malheureusement parti trop tôt », fait part Karine Brunelle, qui a elle-même fait une fausse couche dans le passé.

Ces services sont offerts en tout temps. Toutes les photographies prises par les photographes sont délicatement retouchées afin de donner de la douceur à la photo. La Fondation Portraits d’Étincelles peut aussi retoucher des photographies qui auraient été prises par les parents eux-mêmes ou le personnel infirmier.

Présence délicate

Quand Mme Brunelle reçoit un appel pour aller prendre une photo, c’est qu’une maman est en train d’accoucher, ou qu’elle le fera dans les heures à venir, d’un bébé qui ne grandira jamais. « Parfois, la maman ne sent pas son bébé bouger depuis un moment ou elle a constaté, après un examen chez le médecin, que le cœur ne battait pas », explique-t-elle. La mère endeuillée, qui devra tout de même accoucher, reçoit de l’hôpital la mention de l’existence de la Fondation et lui sera proposé ce service de photographie. « On essaie d’être très discrets. On communique avec les parents s’ils sont réceptifs, car chaque parent réagit différemment. On ne les brusque pas, on prend notre temps et on est à l’écoute de ce qu’ils souhaitent. On tombe dans un moment où les gens sont vulnérables, on ne veut pas les envahir », exprime avec compassion la photographe, qui est avec la Fondation depuis environ quatre ans.

Moment marquant

Ces séances photos peu communes que vit Mme Brunelle sont chargées émotivement. Une en particulier ressort du lot. En entrant dans la chambre d’une maman qui devait faire le deuil de sa fille de 21 semaines, elle a reconnu le visage de la femme alitée. C’était l’enseignante de la fille de Mme Brunelle. « Quand j’ai compris qui elle était, j’ai déposé mon appareil photo et je l’ai prise dans mes bras. J’ai parlé plus longtemps et pris plus de temps avec eux. Ça m’a marquée », convient-elle.

Lancement de livre

Aujourd’hui, Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal, la Fondation lance son premier livre, un ouvrage regroupant des histoires d’étincelles qu’elle a publiées au fil des années. En effet, la Fondation Portraits d’Étincelles a pu constater que raconter l’histoire de leur étincelle, la faire vivre à travers des mots, permet aux parents vivant un deuil périnatal de repasser le fil des événements, de mettre les émotions ressenties en mots et d’y revenir autant de fois que nécessaire. Écrire permet de laisser une trace additionnelle tangible de cette petite étincelle et, souvent, d’accepter cette histoire et même parfois de lui donner un sens. « Jamais il ne sera oublié. Édouard fait partie de nos vies, de notre famille, de notre histoire. Il a fait de nous des parents », est-il possible de lire dans le livre de la main de Nadia Quirion, maman d’Édouard.

« Pour certains parents, l’écriture permet aussi de prendre du recul afin de se déculpabiliser par rapport à ce drame. Mettre des mots sur le deuil périnatal aide à une meilleure compréhension, voire une acceptation plus grande de ce qui est inacceptable ou irrationnel », mentionne de son côté Isabelle L’Italien, photographe bénévole et membre du C.A de la Fondation Portraits d’Étincelles.

La Fondation Portraits d’Étincelles en chiffres

• La Fondation a 6 ans d’existence
• Près de 147 bénévoles s’affairent à la Fondation (membres du C.A., photographes, retoucheurs et centre d’appels)
• Le Fondation couvre plus de 30 hôpitaux à travers le Québec
• La Fondation a traité plus de 1 100 demandes
• La Fondation a retouché plus de 2 200 photos
• Au Canada, entre 15 et 25 % des grossesses se terminent par une fausse couche
• En 2014, au Canada, le taux de mortalité fœtale était de 8,1 pour 1 000 naissances
• En 2017, au Québec, le taux de mortinatalité était de 8, 3 pour 1 000 naissances.

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