Le député de Chambly décédait il y a cinq décennies

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Par Jean-Christophe Noël
Le député de Chambly  décédait il y a cinq décennies
Pierre Laporte exposé devant le premier ministre du Québec du moment, Robert Bourassa. (Photo : courtoisie - capture d’écran du film Les ordres de Michel Brault)

Octobre 2020 marque le 50e anniversaire du décès de Pierre Laporte, député de la circonscription de Chambly de 1961 à 1970 pour le Parti libéral. Le Journal de Chambly s’est entretenu avec l’historien Réal Fortin, ancien vice-président de la Société d’histoire de Chambly.

C’est un climat tendu que connaissait le Québec il y a cinq décennies. Coincée sous une forme joug depuis 1763, soit l’acte de cession qui accordait à la Couronne britannique le nord des territoires de la Nouvelle-France, la voix d’un mouvement nationaliste souhaitait se faire entendre plus que jamais.

« Les francophones n’avaient pas eu leur mot à dire. Quand a eu lieu la Révolution tranquille dans les années soixante, les gens se sont conscientisés. Certains rêvaient d’indépendance alors que d’autres pensaient que l’on pouvait l’obtenir à l’intérieur du Canada », relate Réal Fortin. C’est d’ailleurs à cette époque que le terme ‘’Québécois’’, préalablement connu sous ‘’Canadiens français’’ ou simplement ‘’Canadiens’’, est né.

C’est pendant près d’une décennie, sous Jean Lesage et Robert Bourassa, que Pierre Laporte a œuvré à titre de député de Chambly. Le 10 octobre, il a été séquestré par le Front de libération du Québec, cellules autonomes qui prônaient l’action directe pour réaliser l’indépendance du Québec.

« Ce qui est entendu de Pierre Laporte, c’est qu’il était un homme extrêmement ferme et dur. Il a toutefois été choisi par hasard par les felquistes. Il était au mauvais endroit, au mauvais moment. Selon ce que Paul rose a dit (felquiste impliqué dans l’enlèvement), Pierre Laporte n’a pas été sélectionné spécifiquement, mais bien parce qu’il demeurait à proximité », nuance l’historien johannais.

Il n’en fallait pas moins pour que Pierre Elliot Trudeau, premier ministre canadien du moment, mette en place la Loi sur les mesures de guerre pour contrer la menace du FLQ.

« Un silence régnait en raison de la présence de l’armée. Les camions circulaient à Saint-Jean, point d’ancrage en raison du collège militaire, et il en était de même à Chambly. Il ne fallait par parler fort. Avec la mort de Pierre Laporte et la présence des soldats, nous avons cru que le mouvement felquiste était fini », se remémore l’homme de 75 ans.

La mort de Pierre Laporte est survenue une semaine après son enlèvement, soit le 17 octobre. Les circonstances entourant sa mort demeurent à ce jour nébuleuses. Une version fréquemment écrite dépeint que « la veille de sa mort, lors de sa tentative d’évasion, Pierre Laporte aurait perdu beaucoup de sang. Ses ravisseurs, désespérés, décident d’emmener le ministre à l’hôpital le plus proche. Les séquestreurs prévoient de faire monter le ministre dans une voiture puis de laisser la voiture près de l’hôpital, qu’ils alerteront ensuite par téléphone. Cependant, avant qu’ils ne puissent réaliser leur projet, M. Laporte aurait paniqué et aurait été la proie d’une crise d’agitation très violente. Il se met à crier de toutes ses forces, risquant d’alerter le voisinage. Ses ravisseurs sont incapables de le maîtriser. Empoignant le ministre pour l’empêcher de crier, un des ravisseurs dirige un brusque mouvement de tourniquet au col roulé de son chandail. Ce faisant, il se trouve à étrangler M. Laporte avec la chaînette qu’il porte autour du cou. Quand il relâche sa prise, le ministre est mort ».

« Je me souviens de l’annonce de sa mort. Je recevais chez moi des amis à souper. La nouvelle est tombée. Disons que ça avait cassé l’ambiance de la soirée », témoigne Réal Fortin.

Héritage

« Plusieurs opinions existent quant à l’héritage de cette crise. Mon observation est que ça a donné un gros élan au Parti québécois. Les Québécois se sont peut-être dits qu’il valait mieux voter pour un parti qui est contre la violence, mais qui est démocratique, que de se rallier à un groupe qui pose des gestes violents », termine l’historien, qui offre des conférences à Chambly et qui sortira sous peu un livre dont la trame de fond est la rivière Richelieu.

Bien que la crise sanitaire ait pris le dessus sur la crise identitaire, il est permis de se questionner à savoir si, cinquante ans plus tard, les francophones ont trouvé leur place dans ce pays majoritairement anglophone.

À Chambly, le nom de Pierre Laporte est peu visible à travers l’histoire du comté.

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