L’application « Turf » pour remplacer le fax en médecine

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Par Chloé-Anne Touma (Initiative de journalisme local)
L’application « Turf » pour remplacer le fax en médecine
Turf vise à remplacer le fax. (Photo : courtoisie et réseaux sociaux)

Des médecins de Québec font parler d’eux pour l’outil qu’ils viennent de lancer. Utilisée depuis plus d’un mois, leur application, Turf, pourrait révolutionner la manière de communiquer entre médecins, tout en facilitant le travail du personnel administratif. Du moins, c’est ce que ses concepteurs avancent.

En 2022, les prises de rendez-vous, les envois de dossier à un spécialiste et les transferts de résultats n’échappent pas au fax, un moyen de communication jugé archaïque par le milieu. C’est pourquoi les chirurgiens François Letarte et Alexandre Bouchard, de l’hôpital Saint-François d’Assise à Québec, ont développé l’application Turf. Son objectif : permettre aux médecins et à leur équipe administrative de se débarrasser du fax et de tous les inconvénients qui viennent avec.

« (…) vous pourrez créer votre profil de manière parfaitement sécuritaire et confidentielle (…) Vous pourrez également référer vos patients et communiquer de façon rapide et transparente avec vos collègues pour discuter des problèmes et des besoins. Et, finalement, vous pourrez confirmer la prise en charge des patients et suivre leur progression tout au long du processus. » C’est ce que promettent les concepteurs de Turf.

« Avec le fax, ça finit par se perdre, et tu n’as pas de traçabilité. » – Isabelle Bourassa

Des avis mitigés

Le Journal de Chambly a souhaité connaître l’avis de la clientèle visée par le produit. Nous avons montré la solution à la Chamblyenne Isabelle Bourassa, secrétaire médicale dans une clinique, pour savoir ce qu’elle pensait du nouvel outil. Cette dernière confirme qu’il y a un intérêt pour une gestion plus centralisée et simplifiée des communications.

« Avec le fax, ça finit par se perdre, et tu n’as pas de traçabilité. Quand j’envoie un fax à un professionnel ou à une pharmacie, s’il n’est pas passé, je vois un X rouge et je sais que je dois le renvoyer. Si j’utilise un fax physique, j’ai la confirmation physique que ça s’est rendu, sans garantie qu’il a été remis au destinataire ou qu’il ne s’est pas perdu, d’où l’idée qu’il est possible de se rendre compte, au bout d’un an, qu’un fax que l’on croyait bien envoyé n’a en fait jamais été reçu, ce qui peut avoir des conséquences dramatiques. »

Toutefois, même si elle reconnaît que le fax comporte son lot de risques, Isabelle considère que la solution proposée en Turf n’est peut-être pas encore la réponse à tous les problèmes. « À la clinique, on utilise déjà une solution de gestion de dossiers des patients qui s’appelle Medesync. Lorsqu’on a une demande à référer à un spécialiste, on utilise le Centre de répartition des demandes de service (CRDS), qui nous tiendra au courant lorsqu’il aura trouvé un gynécologue, un ORL ou un autre spécialiste. On fonctionne avec des codes pour établir les délais et les échéances. » Selon Isabelle, pour être vraiment pratique, il faudrait que Turf s’intègre aux solutions comme Medesync, où des renseignements sont déjà enregistrés, pour éviter d’avoir plusieurs plateformes à gérer et devoir tout entrer en double. « Turf est un outil qui peut être utile, mais il serait davantage pratique s’il s’intégrait à la solution informatique que l’on utilise déjà, comme Medesync. »

Elle émet aussi quelques réserves quant à la sécurité. « Si Turf prend le soin de préciser que l’informaticien derrière la conception de l’application est spécialisé en sécurité, c’est que la première chose qu’un médecin voudra, c’est l’assurance que l’outil ne se fera pas pirater. » Mais, selon elle, avec l’informatique, il y a toujours un risque de piratage ou de panne.

 

Le verdict

Finalement, Isabelle pense que bien que l’idée de Turf soit « bonne », « il faudrait que la solution soit annexée à une plateforme gouvernementale, telle que Clic Santé, pour qu’il y ait un volet pour les médecins et un autre pour les patients ». Ainsi, il serait trop tôt pour crier victoire. « Même la télémédecine s’est installée ici plus vite qu’elle ne l’aurait dû, sans être vraiment au point, en raison de la pandémie, alors que la transition avait déjà été enclenchée dans l’Ouest canadien », conclut-elle. Prématurée ou pas, la proposition ambitieuse de Turf lance la réflexion quant à la voie à emprunter pour moderniser ce que le fax malmène.

Une infirmière clinicienne de l’hôpital Charles-Le Moyne a également témoigné auprès du journal, souhaitant garder l’anonymat pour ne pas se compromettre au travail. « J’ai un système informatique qui s’appelle Logibec. Il peut arriver que j’y vois qu’un patient, qui devait avoir sa consultation en externe, il y a deux mois de ça pour quelque chose de sérieux relativement à sa santé cardiaque, n’ait pas eu son rendez-vous. Je fais alors des pieds et des mains pour que ma demande se rende à un cardiologue, et la faxe à d’autres cliniques. J’apprends finalement, en appelant le patient, qu’il avait eu sa consultation telle que prévue avec un cardiologue dans une clinique affiliée à l’hôpital, mais que ça n’apparaît pas dans le système. Si la clinique et l’Hôpital Charles-Le Moyne sont affiliés, pourquoi ne communiquent-ils pas? » Selon elle, espérer une évolution en ce sens implique de s’armer de patience, car « Changer le système ne se fera pas du jour au lendemain ».

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