L’appel irrésistible à la terre

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Par Frédéric Khalkhal
L’appel irrésistible à la terre
Claude Carmel fera paître Jericho dans l’attente de recevoir une trentaine de brebis. (Photo : Frédéric Khalkhal)

Carignan. La brebis, un animal rare à Carignan, viendra conquérir les prés de Claude Carmel.

Diplômé en génie industriel et diplômé des HEC, il a décidé de tourner les talons à son champ de compétence dans lequel il travaillait depuis près de 20 ans pour acheter une terre afin de proposer de la viande d’agneau. Pourquoi? « Si ce n’était pas maintenant que j’effectuais ce changement, je ne l’aurais jamais fait. »

L’homme de 44 ans, qui a une trentaine de brebis en pension chez ses fournisseurs pour l’instant, compte bien ouvrir les portes de son petit magasin le 15 juin, à proximité de l’hôtel de ville de Carignan.

Le 2241, chemin Bellevue est signalé pour l’instant de manière furtive sur une pancarte peinte à la main à l’entrée du chemin de la propriété. Au bout, un hangar en construction servira de boutique au propriétaire afin qu’il y vende ses produits. La viande d’agneau sera à l’honneur. Le poulailler, à proximité, permettra aux acheteurs de se procurer des œufs et d’observer des poules de différentes espèces.

Un peu plus loin, un enclos de fortune est prêt à accueillir les premières brebis dans les prochains jours, en attendant de mettre en place des installations définitives. L’endroit abrite cependant un premier locataire, un âne de Jérusalem appelé Jericho.

Réunir quelques cailles, des dindes, des poules, un âne, des brebis sur trois hectares de terre, c’est la reconversion « soit folle, soit courageuse », comme on lui a déjà dit, que M. Carmel a décidé d’entreprendre avec une très grande motivation et beaucoup de sérieux.

« J’ai encore beaucoup à apprendre. Jusqu’à présent, j’avais un travail intellectuel, j’avais envie de travailler de mes mains. »

Les débuts

Rien ne prédestinait le professionnel en génie industriel à devenir éleveur et producteur.

Tout a commencé le jour où il a eu des poules alors qu’il habitait en banlieue de Laval. Quelques années plus tard, il s’est intéressé à l’élevage de cochons. « Le jour où j’ai assisté à un agnelage difficile et que l’éleveur m’a dit que je venais d’assister au pic du métier, je me suis dit que j’étais prêt. »

Entre sa première expérience en agriculture et aujourd’hui, huit ans se sont écoulés. Quant à l’idée de diriger sa ferme, cela faisait cinq ans qu’elle germait. Beaucoup de personnes ont répondu aux nombreuses questions du nouvel éleveur. « J’ai interrogé tout d’abord les producteurs locaux pour savoir s’il y avait de la place ici pour ce que je voulais faire. »

Un pari financier

Les infrastructures de la fermette sont encore à achever, mais même si le producteur ne cache pas son euphorie dans cette aventure, il la partage avec sa panique. « Il est déconseillé de mettre tous les œufs dans le même panier. On peut dire que j’ai fait tout l’inverse. C’est beaucoup d’argent d’investi, mais c’est un beau projet. »

M. Carmel ne compte pas vivre richement dans les premières années d’exploitation, « mais son rêve s’est réalisé. Cela fait des années qu’il se prépare. C’est un très bel exemple de persévérance et de compétence. » Ça, c’est un ami de la famille, Paul Pellerin, qui le dit avec une touche d’admiration pour l’homme souriant de 44 ans. Il vient régulièrement aider le fermier à la remise en état du hangar qui abritera le magasin.

Déjà plein de projets

Les produits proposés dès le 15 juin n’auront pas la certification bio, mais il est facile d’imaginer, en rencontrant le propriétaire des lieux, que les animaux seront très bien traités. Il aime regarder ses poules, « ça me relaxe », et il n’hésite pas à répondre aux appels de Jericho pour le promener jusqu’au pâturage tout en lui faisant un brin de jasette.

« À l’automne, j’aurai une trentaine de brebis. Avec les années, je vais augmenter mon cheptel de 100 à 200. » Trois hectares, ce ne sera pas beaucoup pour nourrir un tel troupeau. C’est pour cela qu’il compte déjà avoir affaire à un producteur voisin de foin. « C’est une manière écoresponsable de procéder. Avec plusieurs autres producteurs, ici nous sommes complémentaires. Nous pourrions proposer un circuit aux visiteurs. »

L’endroit isolé, dans un boisé, serait aussi une belle occasion de mettre en place un projet éducatif autour des animaux de la ferme. « C’est un projet, mais nous n’en sommes pas encore là. »

Comme son terrain, qui était abandonné depuis plusieurs années, M. Carmel vient de se donner une deuxième vie qu’il sera possible de partager avec lui à partir de son ouverture le 15 juin, sur le chemin Bellevue à Carignan, dans Le Pré du Mouton Noir, le nom de son entreprise.

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