La vie avant tout

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Par Jean-Christophe Noël
La vie avant tout
Cynthia Trottier, Micheline Potvin et Julia Rizzi sont en rémission de leur cancer du sein. (Photo : courtoisie)

En ce Mois de la sensibilisation au cancer du sein, trois femmes en rémission de leur cancer du sein se livrent au Journal de Chambly.

Faisant partie intégrante de la féminité, les seins n’ont pas la vie de tout repos. Cynthia Trottier, 38 ans, a reçu le diagnostic du cancer du sein à l’âge de 33 ans; Micheline Potvin, 64 ans, et Julia Rizzi, 46 ans, ont respectivement hérité de ce diagnostic à 53 et 40 ans. Toutes trois ont en commun d’avoir témoigné ou joué dans la pièce Groupe seins, écrite et mise en scène par la Chamblyenne Catherine Papineau. Quand le diagnostic est tombé, les trois femmes l’ont accueilli chacune à leur façon.

« J’étais encore innocente devant le processus de guérison et je ne croyais pas que ça allait être si difficile », reconnaît Mme Trottier, qui a vécu de la chimiothérapie toutes les trois semaines, échelonnée sur six mois.

Micheline Potvin s’est doutée que le cancer l’habitait avant le diagnostic, dès le processus de biopsie, quand les spécialistes ont décidé de pousser plus loin l’intervention. « À partir de ce moment, j’étais sûre que c’était un cancer. Ça m’a permis d’avancer à l’étape suivante. Donc, quand on m’a annoncé le diagnostic, j’étais prête à savoir où l’on s’en va et qu’est-ce qu’on fait », dit celle qui a entamé sa chimiothérapie deux semaines après l’annonce du cancer, en l’occurrence à huit reprises toutes les trois semaines. S’en sont ensuivies une opération et la radiothérapie. Une semaine avant de débuter sa chimio, Mme Potvin a tenu chez elle ce qu’elle nomme un party rose pour que « les gens gardent une image et qu’ils m’envoient leur énergie ». Devant apporter un objet rose, les convives ont savouré un souper accompagné de champagne.

« J’ai tout de suite pensé à mon garçon, qui avait sept ans à l’époque, lance spontanément Mme Rizzi. J’ai eu peur de mourir et j’ai pensé à mon fils qui n’aurait plus de mère. Ça ne peut pas être comme ça », ajoute celle dont la mère avait eu un cancer du sein sept ans auparavant. Un ou deux mois après le diagnostic, elle subissait deux chirurgies. Une mastectomie partielle a ensuite été nécessaire avant 6 traitements de chimio et 24 traitements de radio.

Se sentir femme

Certaines femmes vont jusqu’à « se définir à travers leur poitrine ». Quand une femme est porteuse du gène du cancer du sein,  l’ablation des deux seins peut lui être proposée. « À l’étape du résultat du gène, j’ai réfléchi à ce qui concerne la féminité. Je ne voulais absolument pas me les faire enlever », exprime Mme Trottier, qui entamait la trentaine à ce moment.

« À l’âge que j’avais, j’ai avisé ma chirurgienne que si jamais en m’ouvrant il fallait qu’elle le fasse (l’ablation), tu fais ce que tu as à faire. Je n’ai pas à avoir des enfants, j’en suis à mon deuxième conjoint. C’est différent de quand j’avais 30 ans. Si je n’ai plus ça, bien j’ai d’autres choses », révèle Mme Potvin, qui a participé au Relais pour la vie de Chambly comme photographe.

« Sur le coup, j’ai eu tellement peur de mourir que j’avais dit de tout m’enlever. La chirurgienne m’a dit que l’on pouvait éviter la mastectomie totale. Maintenant, je suis très contente avec ma petite cicatrice », nuance Mme Rizzi, qui compare avec d’autres réalités de femmes qui « vivent parfois sans leurs deux seins ».

« J’ai pu constater que l’image du sein est plus importante à l’adolescence et comme jeune adulte que lorsqu’on approche la soixantaine », renchérit Catherine Papineau, l’autrice de Groupe seins.

La présence de l’homme

À travers le soutien, la présence du conjoint pèse dans la balance. Si certaines se considèrent bien accompagnées, ce n’est pas le cas de toutes, comme le dépeint Mme Rizzi. « Mon conjoint de l’époque était centré sur l’image. Il aimait que je sois bien mise, maquillée, avec de beaux cheveux. Mais j’ai perdu mes cheveux, j’étais malade, etc. Il n’a jamais voulu me voir sans ma perruque. C’est ce qui a été le plus dur dans tout ça, car, si l’on souhaite qu’une personne soit là et qu’elle nous accepte, c’est bien notre conjoint. »

« Le mien (conjoint) m’a dit ‘’ça n’a aucune importance. Avec ou sans seins, tu resteras la même », résume la sexagénaire qui a joué son propre rôle dans la pièce Groupe seins. Cynthia Trottier, quant à elle, n’avait ni conjoint ni enfant lorsqu’elle a franchi cette étape de sa vie.

« Ce que je retiens de ce processus, c’est qu’il faut apprendre à demander de l’aide. D’un côté, on n’ose pas demander, et de l’autre, les gens veulent aider : ils ne savent juste pas comment », termine Cynthia Trottier. De leur côté, Mesdames Potvin et Rizzi encouragent à « ne pas attendre avant de passer une mammographie, car ça fait la différence ».

Groupe seins

La pièce Groupe seins, de Catherine Papineau, a été jouée sur les planches du Café-Théâtre de Chambly. Ayant vécu de l’intimidation dans son adolescence concernant le volume de sa poitrine, elle a voulu comprendre le point de vue de chaque personne sur le sujet. Elle a donc demandé aux gens de son entourage leur vision du sujet. Elle a eu droit à plusieurs histoires drôles entourant les seins, mais aussi à des témoignages remplis de souvenirs douloureux en raison de leur volume et de témoignages émouvants de femmes ayant traversé un cancer du sein. « Pour la pièce en général, c’était important pour moi d’être sans jugement, mais aussi de dénoncer ce que l’on peut s’imposer comme critère de perfection. La perfection de l’image du sein, finalement, c’est un mythe. Il faut être bien avec soi-même avant tout », termine la metteuse en scène.

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