La résilience d’une proche aidante

La résilience d’une proche aidante

Myriam Sévigny au Relais pour la vie de Chambly.

Crédit photo : courtoisie

Lorsque le cancer frappe, l’accent est résolument placé sur l’être humain qui reçoit le diagnostic, et ce, avec raison. Le rôle que doit jouer un proche aidant est plus méconnu, voire mis de côté. C’est dignement ce que Myriam Sévigny a fait, mettre sa vie de côté tout en restant résiliente face aux cancers de son mari et celui de sa mère.

La vie de Myriam Sévigny a été chamboulée par un violent coup de vent, en 2013. Elle apprenait alors que son mari, Régis, était atteint d’un cancer à l’âge de 46 ans, seulement. À ce moment, elle a pris la décision de laisser tomber son emploi d’enseignante. On peut dire sans se tromper que ce choix était d’une nécessité absolue pour le bien-être de son mari.

« J’étais enseignante et je travaillais avec des élèves en difficultés. À un moment donné, la cour est pleine. Moi, j’ai décidé de prendre une grande place en ce qui concerne les nombreux rendez-vous de mon mari. En plus de mon soutien émotionnel, je suis devenue sa secrétaire médicale, en quelque sorte », indique Mme Sévigny.

Prendre les choses en main

Si on devait choisir un seul mot pour décrire notre système de santé, ATTENTE arriverait probablement en tête de liste. Mme Sévigny ne voulait absolument pas que son mari soit traité comme un patient, elle tenait à ce qu’il conserve sa dignité et qu’il soit accueilli comme un être humain. Elle a pris le taureau par les cornes et les membres du personnel des hôpitaux n’avaient jamais vu ce qu’elle était capable d’accomplir, sans avoir à attendre et attendre encore.

« J’ai pris le dossier de mon mari et j’ai fait des photocopies. J’ai pris les noms et les numéros de téléphone des professionnels qui le suivaient. Quand j’arrivais à un rendez-vous avec Régis, évidemment, ils n’avaient pas tels ou tels documents de son dossier, c’est moi qui leur donnais », souligne-t-elle.

«Accompagner un humain ce n’est pas de lui imposer des limites. C’est d’aller vite et de travailler fort physiquement s’il en a envie même si c’est souffrant. C’est de se reposer avec lui s’il en a envie. La vie va tellement vite, ceux qu’on aime méritent de mourir dignement. » – Myriam Sévigny

Myriam Sévigny se souvient d’un moment précis où elle a su faire preuve de créativité.

« Un jour, la pneumologue regarde mon mari et il lui dit qu’elle ne peut plus rien faire pour lui. Elle nous dit qu’elle devra transférer son dossier à un autre spécialiste pour que Régis le voie dans quelques mois. Je lui demande pourquoi dans quelques mois? Cette fois-là, le dossier ne suffisait pas. La pneumologue nous dit que l’autre spécialiste allait avoir besoin d’un CD. Je suis allé le chercher dans un autre hôpital. J’ai rencontré deux autres spécialistes dans la même journée par la suite et j’ai réussi à faire ce qui aurait normalement pris des mois.

Lorsque Mme Sévigny a quitté le dernier hôpital durant cette journée mémorable, les deux secrétaires lui ont demandé qui elle était. Un nouveau membre du personnel ? Elles étaient sans mot devant ce qu’elle venait d’accomplir. Les gens qui étaient dans la salle attendaient depuis des mois pour obtenir un rendez-vous. Elles ne comprenaient pas comment Mme Sévigny avait réussi à voir trois spécialistes dans la même journée.

Souvenirs douloureux

Le 23 mai 2015, Régis est décédé. Il avait 49 ans. Il aura eu le temps de bâtir un gazebo avec Myriam et de se marier avec elle à l’intérieur même de celui-ci. Mme Sévigny a vécu comme un « zombie » pendant et après les funérailles. Une autre nouvelle dévastatrice est venue assombrir sa vie un an plus tard. Cette fois-ci, c’est sa mère qui a reçu le diagnostic de cancer. Elle était mieux outillée que la première fois, mais elle a dû prendre les bouchées doubles puisque sa sœur était enceinte de son deuxième enfant durant cette période de vie difficile.

« J’ai été présente pendant les derniers moments de vie de mon mari et de ma mère. Je leur ai tenu la main tout juste avant qu’ils quittent ce monde. Pour moi, c’est un privilège, un honneur d’avoir vécu ces moments avec eux », souligne Mme Sévigny.

Comment s’en sortir ?

Lorsqu’elle a appris pour son mari, Myriam a choisi d’utiliser une ressource de la Société canadienne du cancer. Elle a décidé de converser avec un homme qui vivait une situation semblable à la sienne, puisque la femme de ce dernier était atteinte d’un cancer. Un jumelage pour discuter des problématiques, sans tabous. Après la mort de Régis, elle a décidé d’entreprendre une nouvelle activité, la plongée sous-marine. Des suggestions qui se sont avérées positives. Faire une nouvelle activité qui n’a pas de lien avec l’être perdu peut aider à se reconstruire. L’aidante n’a pas tout changé dans sa vie non plus. Elle chante lors du Tour des luminaires et lors du Tour des survivants depuis 5 ans lors du Relais pour la vie, à Chambly.

Mme Sévigny avait tellement à raconter sur le sujet. Certains passages lui appartiennent, d’autres vous ont été dévoilés. Ces derniers mots lors de notre conversation représentent bien ce qu’est le rôle d’un proche aidant : «Accompagner un humain ce n’est pas de lui imposer des limites. C’est d’aller vite et de travailler fort physiquement s’il en a envie même si c’est souffrant. C’est de se reposer avec lui s’il en a envie. La vie va tellement vite, ceux qu’on aime méritent de mourir dignement. »