La popularité du crime

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Par Jean-Christophe Noël
La popularité du crime
Alexandre Philipps et Kevin Labelle coaniment le balado Du crime à mes oreilles. (Photo : Jean-Christophe Noël)

Le Chamblyen Alexandre Philipps et son comparse marievillois Kevin Labelle lancent leur baladodiffusion Du crime à mes oreilles, une thématique populaire comme en témoigne l’offre de service.

Les séries de true crime jouissent d’une popularité en ascension. Parfois journalistique, parfois à saveur plutôt sensationnaliste, elles sont en essor et massivement produites. Bien que certains récits soient sordides, des spectateurs sont fascinés par ceux-ci, qu’ils boivent comme du petit lait chaud. Le balado Du crime à mes oreilles (DCAMO) découle de la première mouture du balado Du bruit à mes oreilles (DBAMO). Cette fois, complémentaires, l’univers musical chevauche celui du crime. Par exemple, dans le premier épisode, Alexandre Philipps et Kevin Labelle racontent l’histoire de Dimebag Darrell, ancien guitariste du légendaire groupe Pantera. Il avait été tué sur scène, lors d’un concert en 2004, par un ex-marine de 25 ans nommé Nathan Gale. Gale, aux prises avec des antécédents de maladie mentale, avait alors tué trois autres personnes avant d’être lui-même abattu par un policier. Gale en aurait voulu à Darrell pour la rupture du groupe Pantera en 2002. « Je pense que c’est l’incompréhension derrière le geste. On veut comprendre la psychologie, c’est quelque chose que les gens aiment », explique Alexandre Phillipps, à la barre du baladodiffusion, quant à savoir d’où vient l’attrait pour le genre.

« Ça peut être une forme de divertissement pour échapper à un quotidien qui peut être moins exotique et épicé. » – Guillaume Louis

Guillaume Louis est titulaire d’un diplôme universitaire en Sciences criminelles et d’une maîtrise en Droit pénal et sciences criminelles de l’Université de Poitiers, en France, ainsi que d’une maîtrise en criminologie de l’Université de Montréal. Ayant coécrit le livre intitulé L’art de l’enquête criminelle et, plus récemment, ayant agi à titre d’expert au contenu dans la série télévisée Sur les traces d’un tueur en série, il connaît le genre. « L’intérêt est dans l’enquête. C’est la compréhension d’un événement qui échappe. Le true crime offre aussi la possibilité à la participation au public à élucider des dossiers non résolus », établit-il d’entrée de jeu en faisant refléter l’aspect ludique de l’exercice.

Une passion pour le genre

Certains auditeurs vouent une réelle passion pour ce type de documentaires. « Ça peut être une forme de divertissement pour échapper à un quotidien qui peut être moins exotique et épicé », mentionne Guillaume Louis, qui a participé pendant de nombreuses années à la formation des enquêteurs de police du Québec, où il a développé un savoir-faire en enquête touchant les crimes sériels. « Certains individus sortent de leur dimension sociale en dévorant ce genre de série. Mais l’attrait principal demeure l’enquête », ne déroge pas M. Louis. Il confirme que le genre permet à l’auditoire une forme d’immersion en suivant la progression de réels développements d’enquête jusqu’à l’éventuelle arrestation d’un suspect.

Glorifier le crime

Y a-t-il un risque sociétal à faire ce genre de ‘’promotion’’? « Les médias ne rapportent pas les suicides en raison notamment de l’effet Werther », installe M. Louis. L’effet Werther, ou suicide mimétique, est un phénomène mis en évidence dans les années 80 par le sociologue américain David Philipps, qui a étudié la hausse du nombre de suicides suivant la parution dans les médias d’un cas de suicide. En ce qui a trait au true crime, il nuance. « Les indicateurs de la criminalité demeurent au vert, c’est-à-dire qu’elle continue de diminuer. L’indice de gravité des crimes continue de diminuer également », dit le spécialiste. Il compare la situation avec la hausse de la violence conjugale, qui « n’est pas nourrie par une relation véhiculée par les œuvres fictives ». Il souligne toutefois qu’il faut demeurer vigilant par rapport à ce qu’il nomme « la représentation de la violence dans les médias ». Par exemple, le partage de vidéos sur le Web de jeunes faisant partie de gangs de rue s’affichant avec une arme de poing « pourrait faciliter une actualisation de la violence autour de la construction d’une identité ».

Il y a moins d’un mois, un tueur enlevait la vie à 21 personnes dans une école primaire du Texas. L’histoire du tueur a circulé partout sur le Web, lui conférant une forme de moment de gloire. « Les représentations peuvent effectivement influencer le commun, la mise en scène, les éléments contextuels, les degrés de préparation, les armes qui seront utilisées. Toutefois, on répond au comment mais on ne répond pas au pourquoi l’individu en est rendu à cette volonté d’enlever la vie à d’autres personnes », termine Guillaume Louis.

Toutes les deux semaines, Alexandre Philipps et Kevin Labelle sortent un épisode de DCAMO. C’est sous une teinte d’humour que le duo répand sa complicité. De son côté, DBAMO approche de son 300e épisode.

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