La fracture sociale de demain

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Par Jean-Christophe Noël
La fracture sociale de demain
Les réseaux sociaux sont un lieu de débat où tous peuvent déposer librement leur opinion, enflammant parfois les échanges. (Photo : courtoisie)

Les blessures causées par les divergences d’opinions entourant la polarisante COVID-19 pourraient ne jamais cicatriser entre humains qui, pourtant, nourrissaient des liens d’amitié ou familiaux.

L’ambiance d’une Grande Guerre moderne, dont les réseaux sociaux sont les nouveaux champs de bataille, règne entre opposants étiquetés ‘’complotistes’’ et ceux baptisés ‘’complicistes’’. Massimo Gallizi est Chamblyen. Sa position en regard de la pandémie, il l’a partagée et assumée sur les réseaux sociaux assez tôt lors de la première vague. « Je pense que les médias ont gonflé la dangerosité du coronavirus et que le gouvernement improvise depuis ce temps […] Je suis convaincu que les mesures sont politiques et non médicales. » Ce regard sur l’état des choses lui a valu des confrontations sur les plateformes Web. « Une grande purge a eu lieu sur les réseaux sociaux, c’est-à-dire ceux qui m’insultent, et j’ai rencontré plein de gens ouverts d’esprit qui, comme moi, questionnent le narratif poussé par le gouvernement et les médias […] ma famille au Québec est aussi dans la peur et ne me parle plus […] la conséquence est que le tissu social s’effrite, comme mes relations familiales. J’évite d’en parler pour éviter la chicane. Ça donne des conversations vides de sens et superficielles », ajoute l’homme qui a grandi à Saint-Bruno-de-Montarville.

Éric Daoust a été un acteur visible au sein de la crise sanitaire. Se définissant comme un « libre penseur, lanceur d’alerte qui remet en question », il s’est exposé à de virulentes critiques, insultes, allant même à ce qu’on lui souhaite de ne plus être de cette terre. Sa position affichée lui aura coûté le prix de relations humaines. « Dans les débuts de la crise, j’ai perdu un ami très proche. Sa photo de profil affichait le fameux Stay the Fuck Home (mouvement incitant les gens à respecter le confinement). Je me suis demandé comment aborder le sujet avec nos divergences d’opinions, mais il m’a tout simplement effacé, deleté de sa vie sans prendre la peine d’en parler. J’en ai pleuré pendant deux jours. Je crois que certaines relations ne seront pas réparables », confie-t-il en réclamant qu’on lui accorde le droit à une opinion différente.

« C’est comme si l’on démonisait l’un au profit de l’autre, alors que, pour moi, le problème est le même des deux côtés. La plupart des gens veulent faire le bien à la base », exprime d’entrée de jeu Joël Monzé, docteur en neurosciences, auteur, conférencier et psychothérapeute.

« On est en train de leur faire croire que le camarade scolaire est leur ennemi, car il pourrait t’infecter et tuer ta grand-mère. » – Joël Monzé

Il identifie deux besoins fondamentaux chez l’humain : un besoin de liens pour arriver à se développer, la qualité du lien faisant en sorte que le cerveau privilégiera des stratégies pour prendre soin de l’autre en empathie, facilitant le bien commun. L’autre besoin fondamental est d’être une personne à part entière et d’être respectée en tant qu’individualité. Ces deux besoins sont contradictoires.

« Devant le virus, des gens vont fonctionner en se disant ‘’Je dois prendre soin de moi pour m’assurer de survivre’’. Ils seront répondants aux mesures sanitaires. Plus l’angoisse envers le virus est forte, plus le besoin d’être protégé par l’autre sera fort.
De l’autre côté, ceux dont le besoin est de faire leurs choses à leur manière, eux, se sentiront coincés par le trop de règles et se sentiront en danger de se faire dicter ce qu’ils doivent faire. Ils se sentiront envahis aussi, menacés. Ce que je vois, c’est que dans les deux polarités, ce sont des gens qui ont peur, soit de la cause, soit de l’effet », décortique M. Monzé.

Peur du viking qui coupe la tête

Évoquant la peur, le docteur d’origine belge développe sur le sujet et sur l’effet qu’elle peut avoir sur l’humain. « Je pense que la stratégie du gouvernement était d’utiliser la peur à travers les médias, stratégie gagnante à court terme. La peur de quelque chose qui peut nous tuer, c’est très délicat […] quand je suis pris dans l’anxiété, le stress, l’angoisse, je n’ai plus accès à mes fonctions humaines. J’ai accès à mes fonctions de survie. Quand on est trop pris par nos peurs et nos angoisses, notre cerveau détermine que l’autre est l’ennemi à abattre. Je ne vois plus l’autre comme ami, frère, collègue ou citoyen. Je vois l’autre comme un viking qui veut me couper la tête. »

Le spécialiste en fonctionnement du cerveau se dit aussi inquiet « que les informations que nous avons proviennent principalement des microbiologistes. Rarement entendons-nous les naturopathes, les acupuncteurs, les chiropracteurs, les kinésiologues, les nutritionnistes qui voient l’immunologie autrement que les microbiologistes qui, eux, ne jurent que par le vaccin alors qu’il y a d’autres façons de développer un système immunitaire adéquat. Je ne dis pas que le vaccin n’est pas bon, mais quand on défend un par rapport au reste, on doit se questionner. Le vaccin fait partie de la panoplie mais n’est pas la panacée. »

Des enfants coupables

La crise est trop neuve pour constater les répercussions qu’elle léguera à la société. Avec le recul, une analyse exhaustive se voudra révélatrice. « C’est pour les enfants que j’ai le plus peur, avoue le docteur. Ils sont en train de souffrir pour l’instant. Ils sont contraints à des mesures sanitaires et on leur fait porter le blâme alors qu’ils ont des comportements normaux pour des enfants et adolescents. On est en train de leur faire croire que le camarade scolaire est leur ennemi, car il pourrait t’infecter et tuer ta grand-mère. Un cerveau en développement qui grandit dans l’idée que l’autre représente un danger crée stress, anxiété et angoisse. À terme, cela minera le développement du cerveau. Ils seront plus fragiles et plus sensibles à développer des maladie mentales », suppute Joël Monzé, qui travaille à un comité consultatif mis en place par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. La démarche vise à diminuer les effets collatéraux chez les jeunes en difficulté d’apprentissage. « Parfois, on met des solutions en place que le ministre embrasse mais qui sont défaites par la CNESST ou la santé publique pour protéger les adultes. Et c’est leur rôle, au détriment des besoins de l’enfant », complète l’homme qui avait participé à la réflexion, à titre de spécialiste du développement de l’enfant, pour les maternelles 4 ans.

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