Sanctionnée par le Collège des médecins: la docteure donne sa version

Sanctionnée par le Collège des médecins: la docteure donne sa version

Marion Dumais a ouvert sa clinique privée à Chambly en 2012.

Crédit photo : Martine Veillette

Dre Marion Dumais, qui a ouvert sa clinique privée à Chambly, a reçu une amende du Collège des médecins et écopera d’une radiation temporaire de trois mois. Elle a accepté de raconter son histoire au Journal.

Les faits reprochés se sont déroulés entre 2012 et 2014. Elle a contrevenu au Code de déontologie des médecins parce qu’elle a accepté des commissions provenant de la vente de produits amaigrissants à deux compagnies différentes et qu’elle a divulgué des informations. Dre Dumais a plaidé coupable aux deux chefs d’accusation qui pesaient contre elle, un par compagnie de produits. Par contre, elle affirme qu’au moment des faits, elle « ne croyait pas que c’était une offense ».

Si elle a commencé à offrir ce type de produits, c’est parce qu’elle voulait aider ses patients à perdre du poids afin de leur éviter de prendre des médicaments. « Si je suis allée au privé, c’est parce que je suis passionnée par la prévention et le fait de prendre sa santé en main, affirme la propriétaire de MD signature. Je voulais prendre le temps avec mes patients, ce qu’on peut moins faire au public. » Ces rendez-vous durent en moyenne une heure et demie.

Elle et son infirmière ont décidé de créer un programme qui permettrait à ses patients de perdre du poids. Elles s’étaient affiliées à d’autres professionnels tels naturopathe, kinésiologue, travailleur social et psychologue. « Les produits, c’était une façon de débuter et d’aider certains patients à se défaire de leurs anciennes habitudes pour ensuite en intégrer de bonnes. Le but n’était pas qu’ils en prennent tout le temps», explique la médecin. Elle précise qu’ils étaient une trentaine à les utiliser.

« Si je suis allée au privé, c’est parce que je suis passionnée par la prévention et le fait de prendre sa santé en main. Je voulais prendre le temps avec mes patients, ce qu’on peut moins faire au public. » – Marion Dumais

Projet de recherche

Elle dit avoir découvert la compagnie PronoKal, qui vend des produits pour une diète cétogène, lors d’un congrès de médecins. L’entreprise était associée à un médecin du Centre hospitalier de Montréal pour une recherche sur le taux de réussite d’une telle diète. « Comment j’aurais pu penser que c’était illégal? », s’exclame-t-elle. Dre Dumais ajoute qu’elle n’était pas la seule professionnelle de la santé à participer à cette étude.

Pour participer à la recherche, elle devait fournir des formulaires et des suivis des personnes qui y participaient. Elle recevait une contribution de PronoKal pour ces documents. Le Collège des médecins lui a donc reproché d’avoir échangé des informations sur ses patients. « C’était l’âge, le sexe, le poids, combien de poids il avait perdu et en combien de temps. Le patient complétait le reste et allait chercher ses produits avec le document », indique-t-elle.

L’entreprise espagnole a fermé sa division canadienne en 2013. Dre Dumais s’est donc tournée vers la société Pro Energy, qui lui avait été suggérée. Elle a finalement mis fin à cette entente puisqu’elle n’avait pas la même vision que la présidente de la compagnie. « Elle veut un suivi approprié de ses patients et non pas basé sur le profit d’une entreprise commerciale », peut-on lire dans le jugement. À la suite de cette décision, la présidente de Pro Energy a déposé une plainte au syndic de l’ordre contre elle.

La médecin de Chambly a reçu 5180 $ de la première compagnie et 6876 $ de la seconde sur une période de trois ans. Mme Dumais assure que l’argent a servi à payer une partie du salaire de son infirmière. « Je croyais que ce serait toléré, puisque je l’utilisais pour payer mon infirmière. C’est mon erreur », dit-elle.

Dans le jugement, on reproche que Dre Dumais n’ait pas conservé son indépendance professionnelle en se plaçant en conflit d’intérêts. De son côté, elle assure ne jamais avoir présenté les produits comme des produits miracles.

Elle soutient qu’elle ne recommencera pas et que si c’était à refaire, jamais elle n’aurait adhéré à ce projet de recherche. « Je ne veux pas risquer de perdre ma réputation et ma clinique », affirme la médecin.

Suspension

Elle sera suspendue trois mois à partir de la fin décembre. « J’aurais préféré avoir une amende importante plutôt qu’être suspendue, indique-t-elle. Mes patients n’auraient pas été touchés ». Les 1500 clients de sa clinique ne seront pas en reste; une autre médecin a été engagée à temps plein et assurera le service durant son absence.

Dre Dumais affirme ne jamais avoir eu de plaintes de patients ni avoir commis de fautes professionnelles mettant en danger une personne. « Je suis au privé, les patients paient pour venir me voir. Si mon service était “ poche “ et qu’ils n’étaient pas contents, ils ne reviendraient pas me voir », conclut-elle.

Question aux lecteurs :

Les compagnies pharmaceutiques sont-elles trop proche des médecins?