« Jour de la marmotte »

Photo de Jean-Christophe Noël
Par Jean-Christophe Noël
« Jour de la marmotte »
Selon une représentation fictive de ce que sera le projet Lumicité, le bâtiment de 6 étages sera devant les constructions de 4 étages afin de camoufler les toits en guise de vue pour les passants. (Photo : (Photo : courtoisie))

Lors de la séance du conseil municipal, la Ville de Chambly retirera le projet de résolution autorisant le projet Lumicité. Subséquemment, lors de la même séance, elle remettra un nouveau processus en marche.

C’est ce que dit au journal Mario Gisondi, cofondateur de Groupe Lumicité. « On recommence la procédure : c’est le jour de la marmotte », exprime le promoteur. Le projet implique la construction de cinq habitations multifamiliales (4 de 4 étages et 1 de 6 étages) totalisant 206 logements et l’aménagement d’un local commercial de restauration, le tout sur le terrain situé à l’angle du chemin du Canal et du boulevard De Périgny. La clientèle attendue serait les personnes semi-retraitées. Procédant ainsi, le promoteur, qui a investi approximativement 1,5 M$ jusqu’à présent dans le projet, prévoit de 6 à 12 mois de retard sur sa concrétisation. « On va jouer le jeu. Il y aura une consultation publique le 18 octobre et la Ville réexpliquera le projet », ajoute M. Gisondi.

Retour en arrière

En avril dernier, le projet de construction Lumicité sur le site de l’ancienne usine Agrico avait reçu le feu vert de la Ville de Chambly. Le 7 juin, lors de l’assemblée ordinaire, le conseil municipal de Chambly avait voté pour l’annulation de la résolution qui autorisait la construction. Cette action avait permis aux citoyens de s’opposer par voie de registre. Plus tard en juin, un nombre suffisant de signatures (10) avait été obtenu lors de la tenue des registres concernant le projet, ce qui a permis aux signataires de le bloquer sous sa forme actuelle. « Ils avaient jusqu’à 19 h le 15 juin. À 19 h moins une, la dixième personne est venue signer », se rappelle Mario Gisondi. Depuis, il est entré en contact avec neuf de ces dix personnes afin de développer sur le projet Lumicité. Sept d’entre elles sont maintenant en faveur du projet. Entre-temps, sans l’intervention du promoteur, un citoyen a mis en branle une pétition se voulant favorable au projet Lumicité. Lors de la dernière séance du conseil de Ville, l’initiateur y a d’ailleurs déposé 60 signatures.

Poursuite

Pour protéger les droits de M. Gisondi, ses avocats ont institué une poursuite à la Cour supérieure contre la Municipalité, stipulant que la Ville a erré en retirant une résolution qu’elle avait préalablement adoptée. « La Ville renonce à ses propres dossiers. Ce n’est pas légal », convient-il. Une fois la poursuite déposée, l’entrepreneur l’a tout de suite suspendue. La démarche se veut purement légale, sans animosité. « On est des promoteurs immobiliers, on n’est pas des guerriers. »

1,5 M$ C’est le montant approximatif qu’a investi jusqu’à maintenant Groupe Lumicité dans le projet

De 350 logements à 206

Initialement, le terrain avait été vendu à un autre promoteur qui avait présenté un projet de 350 logements concentrés en un bâtiment. Le Comité consultatif d’urbanisme (CCU) avait refusé le projet. Le promoteur s’est retiré. Groupe Lumicité a fait son entrée. À son tour, il a présenté à la Ville un projet de 300 appartements, « mieux répartis ». Après avoir écouté les recommandations du CCU et de divers spécialistes, M. Gisondi a diminué son projet à 206 logements. Des citoyens ont formulé la demande de retirer le bâtiment de six étages, faisant diminuer le nombre d’appartements de 206 à environ 160. « Deux cent six portes, c’est le minimum pour que ce soit rentabilisé et que je puisse offrir des logements abordables. C’est la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) qui contribue au financement du projet. « En bas de 206 logements, la SCHL débarque », justifie le promoteur.

De ces 206 habitations, 30 % seront mises en vente alors que 70 % seront des logements locatifs. De ces 70 %, 10 % seront « classés abordables, affichés à 25 % moins chers que les autres condos », explique Mario Gisondi. Le promoteur parle du projet comme en étant un local, répondant à un besoin chamblyen. « On offre une solution à des travailleurs qui ont vécu à Chambly et qui, à la fin, sont tannés de prendre soin de la maison ou qui voudraient même la léguer aux enfants. Ils pourront rester dans l’environnement qu’ils ont connu, près de leur famille », met en reflet M. Gisondi, qui s’est dit surpris de voir que des gens se sont opposés au projet. Il précise que le projet est publicisé « aux alentours. On ne vise pas Montréal, Candiac, etc. ». En terminant, l’homme d’affaires revient sur la pétition de 60 noms. « Ils l’attendent, eux, le projet. Ils veulent les vendre, leurs maisons, et continuer de profiter des mêmes habitudes de vie qu’ils connaissent. »

Difficile de passer un projet

Dans les dernières années, plusieurs projets se sont fait mettre des bâtons dans les roues. Le Centre de services funéraires pour animaux de compagnie, le projet immobilier entourant l’usine Bennett Fleet et, maintenant, le projet Lumicité en sont quelques exemples. Est-ce plus difficile de faire passer des projets à Chambly que dans d’autres municipalités? « Ce n’est pas unique à Chambly. Les citoyens connaissent les mécanismes pour s’opposer aux projets et les utilisent. On ne se mettra pas la tête dans le sable : Chambly, c’est plus difficile qu’ailleurs parce que l’on a un historique. On a eu un plan d’urbanisme bloqué pendant près de cinq ans. Ça a laissé des traces. C’est pour ça que de la méfiance, il y en a énormément. Plus qu’ailleurs, probablement », répond Alexandra Labbé, mairesse de Chambly.

Partager cet article