Jessica Chartrand : il n’est jamais trop tard

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Par Chloé-Anne Touma | Initiative de journalisme local
Jessica Chartrand : il n’est jamais trop tard
Avant la pandémie, l’humoriste de la relève Jessica Chartrand avait le vent dans les voiles. Aujourd’hui, elle entend continuer de profiter de la brise. (Photo : courtoisie)

Jessica Chartrand n’est pas seulement une fille de la région. C’est aussi l’artiste de la relève qui s’est lancée en humour à l’âge de 30 ans et qui a reçu une ovation pour sa performance lors de la soirée Carte blanche, pilotée par Simon Gouache, le 22 juillet dernier.

L’humoriste de 34 ans, originaire de Chambly et maintenant Grandbasiloise, connaît beaucoup de succès depuis son passage aux soirées Open Mic, en 2019. Malgré la pandémie qui a freiné ses ardeurs, elle produit son propre balado, intitulé Un peu plus, dans lequel elle échange avec d’autres humoristes dans un studio qu’elle loue près de Montréal. « J’aime tellement les podcasts d’entrevue que je me suis dit pourquoi ne pas faire le mien? » Le journal s’est entretenu avec l’artiste pour aborder ses défis de carrière.

« Je suis probablement la critique la plus dure envers moi-même (…) » – Jessica Chartrand

Pour Jessica, « Il n’y a vraiment pas d’âge pour commencer. Yvon Deschamps a commencé sa carrière dans la trentaine et c’est encore le plus grand humoriste au Québec. Il n’est jamais trop tard. J’ai toujours voulu être humoriste. Je me disais que ce n’était pas accessible et je remettais toujours le saut à plus tard. Puis, à 30 ans, je me suis dit qu’il était temps de me lancer, ne serait-ce que pour ne plus y penser », nous raconte celle qui se décrit comme ayant l’air d’une « serveuse qui suggère agressivement de prendre le bar à salade chez Scores », dans l’un de ses sketchs mémorables de l’Open Mic. « À l’époque, j’étais livreuse pour la chaîne de restaurants St-Hubert. D’ailleurs, je travaille toujours dans la restauration rapide à Chambly en attendant que les affaires en humour reprennent, car la pandémie a contrecarré mes plans », nous confie la sympathique Jessica.

Refusée à l’École nationale de l’humour il y a quelques années, elle s’est plutôt formée dans les bars et dans les cours récréatifs de soir offerts par l’École. « C’est un bon moyen d’apprendre à écrire un numéro et de répéter devant le public. Il est très possible de faire son chemin en faisant le chemin des bars; c’est juste plus difficile, car on commence directement devant le public et non pas devant les collègues de classe. L’humour est un art qui est très près de soi. Lorsqu’on monte sur scène, on parle de soi, de ses travers, alors quand ça ne fonctionne pas, c’est d’autant plus difficile. On puise souvent notre énergie de la passion et de l’ouverture d’esprit du public, mais ce n’est pas toujours au rendez-vous dans la salle. »

Un humour d’observation

Inspirée par tout, qu’il s’agisse de ce qu’elle vit personnellement, de l’actualité ou de ce qui se passe autour d’elle, Jessica qualifie ce qu’elle fait d’ « humour d’observation. Il m’arrive de faire des numéros autour d’enjeux comme le mouvement ‘‘Mes poils’’, sur lequel j’ai fait tout un segment au gala. Mais je ne suis pas du genre à me ranger obligatoirement d’un côté du débat ou à prendre une autre position que la mienne, qui est plus personnelle. J’essaie de parler de moi le plus possible; je trouve que c’est ce qui rend les spectacles solo intéressants ».

Selon Jessica, trouver ses marques et son personnage en tant qu’humoriste est un long processus. « Je pense que j’ai encore du travail à faire en ce sens. C’est à ça que sert l’expérience acquise dans les bars en début de carrière. On fait des performances très inégales d’un soir à l’autre, parfois même avec le même numéro. Il faut faire attention aux subtilités de jeu, à la manière de livrer le texte, à son débit, et il y a l’attitude aussi. On peut avoir un ton arrogant en se plaçant un peu au-dessus du public; tout ça compte et fait partie d’un apprentissage de longue haleine. Apprendre à être un bon humoriste ne se résume pas à savoir mémoriser son texte, mais ça implique aussi de savoir se remettre en question et de reconnaître les points forts et faibles de ses performances afin de s’améliorer. C’est du cassement de tête. Je suis probablement la critique la plus dure envers moi-même et je pense que c’est bien de l’être. »

Être humoriste, c’est savoir tout faire

Jessica estime que le paysage culturel sera toujours parsemé d’artistes polyvalents, tel que « Pierre-Yves Roy-Desmarais. On a l’impression que ce gars-là peut faire n’importe quoi. J’ai l’impression qu’à travers les époques, on a toujours une poignée d’humoristes polyvalents pour chaque génération qui finissent par être partout ».

Des sujets plus tabous

Quant aux débats sur la censure, qui secouent encore le milieu de l’humour, Jessica se montre prudente. « Je pense que je ne me censurerai jamais, mais je ferai attention à ne me prononcer sur un sujet que si je m’y connais et si je suis en contrôle de mon discours. Il est important d’avoir une tribune et de prendre position pour changer les choses, d’avoir un cheval de combat, comme Mike Ward pour la liberté d’expression, mais parfois, il faut savoir accepter que l’on n’est pas le cheval de combat quand on ne maîtrise pas autant la question et savoir laisser passer le train. Ce que l’on dit, il faut l’assumer, car ça peut nous suivre longtemps! »

En ce qui a trait à l’égalité hommes-femmes, Jessica ne se voile pas la face. « Le milieu de l’humour n’est pas paritaire. Les nominations aux galas ne sont pas représentatives de l’échantillon d’humoristes féminines qui composent le paysage culturel, et ces dernières ne sont pas toujours considérées pour les productions télé d’envergure. Il y a encore du travail à faire, mais le changement est bien entamé. Je dois dire que l’on a hâte d’être sollicitées pour nos qualités d’humoristes et pas que pour être la femme dans le show! »

La captation du gala Juste pour Rire de Simon Gouache auquel Jessica a participé sera diffusée ultérieurement sur Noovo cet automne. D’ici là, elle entend se produire sur scène un peu partout dans la région. « J’ai grandi à Chambly et y ai vécu jusqu’à mes 18 ans, avant de vivre en appartement un peu partout dans le coin, à Marieville, à Carignan, etc. Juste avant la pandémie, j’ai vendu ma maison pour emménager à Saint-Basile-le-Grand. J’ai toujours vécu dans la région. Je fais des démarches aussi auprès des bars locaux pour pouvoir m’y produire. J’aime beaucoup La Croisée des chemins à Chambly, par exemple, et j’aimerais bien y donner un show », lance-t-elle dans l’univers.

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