Il retarde son voyage humanitaire en Haïti

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Par Martine Veillette
Il retarde son voyage humanitaire en Haïti
(Photo : courtoisie)

Jean-Paul Bergeron a reporté son voyage d’aide en Haïti en raison des manifestations qui y ont cours. C’est la première fois en vingt-trois voyages dans ce pays.
« Quand j’ai réservé mon billet, ça brassait, mais moins. La semaine qu’on vient de passer a été la pire. Les routes sont bloquées », indique M. Bergeron. Il précise n’avoir jamais eu de problème lors de ses vingt-deux autres séjours.
Affaires mondiales Canada signale d’éviter tout voyage dans ce pays « en raison des troubles civils qui y sévissent. La situation en matière de sécurité pourrait se détériorer rapidement » peut-on lire sur le site de l’organisme. On indique également que l’accès à l’aéroport est difficile et pourrait être bloqué sans préavis. « Aller là, je ne donne pas cher de notre existence. Il y a un dicton qui dit : ventre affamé n’a point d’oreilles », souligne M. Bergeron.
Le résidant de Sainte-Angèle-de-Monnoir coordonne depuis plusieurs années le parrainage d’enfants haïtiens de Grand-Goâve par des Québécois pour leur permettre d’aller à l’école. Lors de ses voyages en février, il valide la réussite des jeunes pour donner le financement. Il apporte aussi des vêtements, des accessoires scolaires et d’autres biens. Il devrait y aller à la mi-mars « si le ciel s’éclaircit ».
Des Québécois l’accompagnent dans ces voyages. C’est le cas de Nicole Marsan. Elle y est allée l’an dernier, mais a annulé son voyage cette année à cause de ce qui s’y passe. « Ça me fait de la peine parce qu’on avait des valises de vêtements et de biens à leur apporter. On s’attache à ces gens. »

« J’ai vu le désespoir de ce peuple. Il y a une immense partie de la population qui crie son désespoir pour obtenir un minimum de dignité » – Jean-Paul Bergeron

Désespoir d’un peuple

Au cours de ses nombreuses visites, M. Bergeron a été témoin de plusieurs situations et comprend les Haïtiens de se révolter. « J’ai vu le désespoir de ce peuple. Il y a une immense partie de la population qui crie son désespoir pour obtenir un minimum de dignité », affirme-t-il.
L’homme trouve « absolument légitimes » leurs revendications. « Depuis toujours, les dictateurs se succèdent et s’en mettent plein les poches, dit-il. C’est difficile de changer cette mentalité. Celui qui prend le pouvoir et qui est plus blanc que blanc se fait corrompe par l’entourage. »
Il ajoute que l’éducation des jeunes est importante. « Instruire les enfants leur fait prendre conscience de tout ça, croit-il. On ne peut pas blâmer un peuple de se révolter parce que certains s’en mettent plein les poches. »

Pauvreté

L’homme précise que la majorité de la population est analphabète et sans emploi. Souvent, les hommes ne trouvent pas de travail et jouent aux cartes. Les femmes doivent subvenir aux besoins de plusieurs enfants. « Les femmes mettent au monde plusieurs enfants. Ils ne survivent pas tous », explique-t-il.
M. Bergeron ajoute que les femmes et les enfants vivent aussi de la violence de la part des hommes.
Il mentionne que souvent, il apporte du matériel scolaire à des gens qu’il ne revoit pas le voyage suivant. M. Bergeron soutient qu’il s’agit d’une question d’éducation et a espoir qu’avec le temps, ça changera.
L’homme informe les parrains et les marraines de ne pas envoyer d’articles ayant de la valeur parce que les parents les revendent. « Quand tu n’as pas d’argent pour donner à manger à tes enfants que tu chéris, ça doit être une situation intenable », s’exclame-t-il.
Mme Marsan mentionne pour sa part qu’ils laissent les valises là-bas et que les gens s’en servent comme commodes, puisqu’ils n’en ont pas.

Parrainage

S’il a décidé d’aider le peuple haïtien, c’est pour donner au suivant. « Quand on a reçu de la vie, il faut le remettre. Haïti est le pays le plus pauvre d’Amérique », soutient-il.
M. Bergeron aide une centaine d’enfants annuellement, et ce, pour tout leur parcours scolaire de treize ans. En échange, ils doivent mettre les efforts pour réussir.
L’homme s’est associé au regroupement l’Amie, l’Aide internationale à l’enfance, qui existe depuis 1969. Il peut ainsi remettre des reçus et ça atteste sa démarche.
L’Angèloirien espère que les revendications des Haïtiens ne nuisent pas à l’aide humanitaire et sensibilisent plutôt les gens à aider ce peuple. « Certains pourraient se demander si ça vaut la peine de leur donner de l’argent, dit-il. Moi, je les connais. Je sais que c’est du bon monde. Les organismes comme le nôtre donnent directement aux enfants. C’est une goutte d’eau dans un océan de misère, mais ça donne de l’espoir. Les familles d’enfants parrainés voient leur avenir avec plus d’optimisme. »
Durant les deux semaines qu’il passe là-bas, il invite des Haïtiens à partager son repas chaque jour.

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