H2GO: un poisson d’avril qui a bon dos

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Par Chloé-Anne Touma (Initiative de journalisme local)
H2GO: un poisson d’avril qui a bon dos
Jusqu'où peut aller le poisson d'avril pour une campagne marketing? (Photo : Chloé-Anne Touma)

Au début du mois, l’entreprise HGrégoire a lancé une campagne publicitaire, pour ensuite annoncer qu’il s’agissait d’un poisson d’avril. Elle pourrait ainsi avoir collecté les données de plusieurs intéressés dupés.

Dans un communiqué envoyé au Journal de Chambly, le 4 avril dernier, HGrégoire se félicitait d’avoir joint pas moins de 230 000 personnes en faisant la promotion d’un produit qui n’a en réalité jamais existé. En leur proposant de s’inscrire sur une liste d’attente pour recevoir un cadeau, l’entreprise invitait les intéressés à remplir un formulaire sur son site Web, qui est toujours accessible au moment de la rédaction de l’article, plus d’une semaine plus tard, à https://www.hgregoire.com/h2go. Sous la couverture du poisson d’avril, elle pourrait ainsi avoir soutiré des données personnelles à des fins de marketing, soit le nom complet, l’adresse courriel et le numéro de téléphone des répondants, une technique qui pourrait être considérée comme douteuse au regard de la Loi sur la protection du consommateur.

HGrégoire, qui dit s’appuyer notamment sur la « transparence », a pour seule succursale de la Rive-Sud celle de Carignan. Elle exploite 30 concessions en Amérique du Nord, dont 20 au Québec, offrant des véhicules neufs et d’occasion.

« On amenait juste les clients à une page qui leur expliquait que c’était un poisson d’avril. » – Dalia Esposito

« Cette année, HGrégoire a de nouveau misé gros pour le poisson d’avril, en annonçant un tout nouveau produit, les souliers H2GO. Ces souliers, qui promettaient une récompense à chaque utilisation, en plus d’offrir des technologies avant-gardistes, ont fait l’objet d’une vidéo partagée dans l’ensemble des réseaux sociaux de la compagnie, qui invitait les intéressés à s’inscrire à la liste d’attente (…) Cette campagne a suscité un grand intérêt avec la vidéo sur les réseaux sociaux de HGrégoire (…) Plusieurs ont même été déçus d’apprendre que ce n’était qu’un simple poisson d’avril, car des dizaines d’entre eux se sont inscrits sur la liste d’attente pour en obtenir une paire », a commenté HGrégoire dans son communiqué.

« Le concept a grandement plu aux consommateurs. Nous sommes heureux d’avoir pu constater l’engouement qu’ils avaient envers ce produit et notre marque », a déclaré Harry Kasparian, vice-président marketing de l’entreprise.

Une pratique douteuse

Or, si le concept du faux produit a effectivement trouvé preneur auprès d’un large bassin de consommateurs, ces derniers n’ont toutefois pas consenti à ce que leurs données soient utilisées à d’autres fins que celles véhiculées, le cas échéant.

Le journal a questionné HGrégoire afin de savoir si des données avaient été collectées. « On amenait juste les clients à une page qui leur expliquait que c’était un poisson d’avril. Aucune information n’a été collectée », a affirmé Dalia Esposito, de la firme Torchia Communications représentant HGrégoire. Le journal a pourtant testé le formulaire et constaté qu’il fallait impérativement remplir toutes ses entrées, en utilisant le symbole arobase (@) dans la case courriel pour valider l’envoi. L’entreprise a par ailleurs été en mesure de dénombrer les répondants, ce qui ne peut être mesuré qu’en enregistrant une action.

Ce qu’en pense l’OPC

Du côté de l’Office de la protection du consommateur (OPC), on explique que « La Loi sur la protection du consommateur contient plusieurs dispositions interdisant les représentations fausses ou trompeuses, dont l’article 219, de portée générale, et d’autres qui le suivent sur des aspects plus spécifiques. Il n’y a pas d’exception pour le 1er avril. Il faudrait toutefois distinguer des fausses représentations qui sont manifestement faites à la blague et suite auxquelles le consommateur n’est pas susceptible de subir aucun préjudice, celles qui, sous couvert de blague, viseraient malgré tout à tromper le consommateur », de nuancer Charles Tanguay, porte-parole de l’OPC.

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